PÉCHÉS CAPITAUX. - LE PÉCHÉ EN GÉNÉRAL
Par suite de cette croissance funeste, la concupis-
cence revêt des formes toujours plus précises,
selon les biens apparents vers lesquels elle se
porte. De là les sept péchés capitaux, sept têtes monstrueuses dont la malignité égale la laideur. Mais pour les combattre et mortifier ainsi la sais
concupiscence, il importe de concevoir une idée juste de la grande malice renfermée dans tout péché actuel, surtout s’il est grave. Un examen préliminaire sur ce dernier sujet réclame donc -” d’abord ici sa place, et il nous aidera à mieux nous examiner ensuite sur les sept espèces de
péchés, qui en sont les formes les plus habituelles. 1.° Pour nous détourner plus efficacement du péché, l’'avons-nous considéré attentivement dans sa notion essentielle, qui est de constituer une désobéissance à la loi de Dieu? Et dans ce but avonsnous médité l’excellence de cette loi, considérée du côté de l'autorité divine qui l’a gravée dans nos cœurs, puis édictée et publiée dans le monde? En avons-nous aussi considéré la beauté austère, sainte, pure et douce, qui devrait suffire pour la préserver de toute insulte de notre part, füt-elle même moins strictement imposée à notre obéissance ? 2° Avons-nous approfondi les tristes suites de cette infraction à la loi, soit par rapport à Dieu que le pécheur crucifie de nouveau *, autant qu'il est en son pouvoir, soit par rapport à la loi elle-
1 HEBR. Vi, 6.
même, dont le péché, en outre du précepte spécial qu'il viole, dépare la beauté d'ensemble, trouble l'harmonie, brise l'équilibre et compromet les bienfaits? Avons-nous considéré aussi le mal de la violation par rapport à l’âme, dont le péché fait une révoltée, une ingrate, une ennemie de Dieu, une malheureuse, et d’autant plus à plaindre qu’elle comprend moins son état? | 3.° Nous sommes-nous considérés comme étant, en notre qualité de prêtres, les adversaires-nés du péché sur toute la terre, et avons-nous développé en nous toutes les convictions, tous les senti- ï ments, tous les instincts qui peuvent enraciner … cette disposition, nous rendre plus perspicaces à découvrir l'ennemi, plus opiniâtres à lutter contre lui, plus empressés à nous emparer de ses dépouilles pour les offrir à Dieu? :
4.° Pour nous confirmer dans cette aversion, avons-nous considéré les peines établies par Dieu comme sanction de sa loi; non seulement les peines et tribulations de ce monde, qui font. gémir et pleurer tant d’âmes, non seulement les peines du purgatoire, dont la rigueur fait trembler, mais les peines éternelles ?
5. Avons-nous compris par là tout ce qu’aurait d'insensé, d’impie, de cruel pour les âmes, la prétention de travestir la bonté de Dieu en une débonnaireté apathique, qui laisserait les notions du devoir flotter au gré de notre mobilité d'esprit, et fermerait les yeux sur les infractions :
de toute sorte, par une tolérance sans règle, sans bornes, sans fin?
6° Avons-nous mis notre sollicitude à prévenir l'invasion et les ravages du péché, en tà- # chant d’affaiblir, soit en nous, soit dans les autres, la racine et le foyer de la concupiscence, et en combattant les causes spéciales des offenses de’ __ Dieu que nous sommes plus exposés à commettre?
Avons-nous aussi usé de circonspection pour discerner les occasions du péché, soit éloignées, soit prochaines, afin de nous prémunir contre elles en temps opportun? Mais, simultanément, avons-nous eu le soin et l’art de développer l'attrait du bien dans notré cœur, convaincus que cet attrait offre, contre le péché, un remède préventif des plus radicaux et des plus agréables ?
| 7° Avons-nous mis l'application voulue au grand devoir de la réparation du péché? réparation pour notre propre compte, du temps perdu, de nos omissions sans nombre, des taches affreuses qui ont déparé le bien en nous, des injures faites à la saintété de Dieu? à l'égard du prochain, réparation pour tout ce qui, dans nos rapports extérieurs et surtout dans nos devoirs d'état, a été contraire au zéle, à la prudence, à la justice, à la charité et à la bonne édification?
7 , Conclusion.
Vierge Immaculée, je vous salue, je vous vé- nére et j'aime à contempler les étoiles de votre
front, le sourire de vos lévres, la pureté de votre regard, la paix de tout votre être. Mais si vous avez tout cela, c’est que d'un pied ferme vous. savez tenir impuissant le péché, écraser le serpent, déjouer ses embüches. O Marie, de grâce, inspirezmoi la crainte et l’ horreur du péché: l’horreur, à la
vue de sa malice, la crainte au souvenir de ma fragilité. À Dieu ne plaise que je me rassure à la légère, en comptant sur mon âge, mon passé, mon expé-
rience, ma sagesse et votre protection. Je veux,
pour mériter cette protection maternelle, étudier
sans cesse mes devoirs, être exact et précis dans
mes examens de conscience, et me punir sans fai-
blesse de mes plus Fa infractions. Puissé-je
par là mériter que, « de même qu’en moi le péché
régna pour me causer la mort, ainsi la grâce y ré-
gne par la justice pour m'assurer l’éternelle vie ».
CONFÉRENCE