‹ Retraite ecclésiastique d'après l'Évangile et la vie des saintesChapitre 181 sur 207 · US AU · texte numérisé non relu

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d'augmenter les secours. Ainsi préludait- il aux saintes industries du zèle employées maintenant partout. On pourrait en dire autant des ventes . ; de charité, des fourneaux économiques etc. ‘Son 0

coup d’œil juste et pénétrant avait deviné l'avenir 24

et lui ouvrait les chemins.

Nous connaissons maintenant les divers coopérateurs; nous avons vu Vincent les diriger d’autant

mieux qu'il se laisse lui-même plus simplement diriger par Dieu. Il ne sera pas superflu de jeter un coup d'œil sur la méthode, qu'il suivait pots À employer leur dévouement. “a D'abord il donnait une grande attention sn choix des sujets; et, si recueilli, si étranger qu'il fût au monde extérieur, il observait à loisir les. personnes, pour discerner, dans le commerce habi- À tuel de la vie, leurs aptitudes ou leurs empêche- | ments au genre d'œuvres dont il s'agissait. Un sujet impropre devient une épine qu'il est diffi-. cile de supporter, plus difficile d'extraire. Quelque pouvoir qu'il eût sur les sujets admis déjà, quand il se présentait un travail plus pénible à leur demander, il les pressentait, il les disposait, il était heureux, avec sa douceur de gouvernement, que S

ü vint de leur: acceptation spontanée. Con- “à nécessité qui que ce fût lui répugnait, et: ni il donnait un refus, on comprenait le regret qu'il en éprouvait, Son désir était que cette humilité, cette cordialité, cette déférence récipros réglassent si bien les rapports de commune et ty See une ne fraternité, aie l es

. La tenue des Conseils faisait surtout éclater sa modération et sa sagesse. Tout était préparé d'avance dans son esprit et lorsque, la priére. finie, il avait proposé clairement l’objet de la délibération, avec le pour et le contre, il demandait.

successivement et posément à chacun son avis. Son

opinion avait plus de poids que celle de toute la nombreuse assemblée, et cependant, pour conclure, il s'appuyait de préférence sur la raison donnée par tel ou tel des membres, non sur son propre

avis. Quand il parlait, on ne trouvait dans son langage, ni la volonté qui s'impose, ni l’éloquence qui subjugue; mais les réflexions étaient si sensées, l'humilité si grande, l'amour des malheureux si profond, qu'on se sentait gagné; il fallait dire: Ja raison, et on ajoutait: Je veux le suivre. Les sujets qu’il traitait variaient selon les circonstances; il rappelait souvent à ses auxiliaires que leurs entreprises étaient l'ouvrage de Dieu, et qu'il fallait par conséquent se confier en lui; que de rester les bras croisés serait une honte; qu’une

NEUVIÈME JOUR. -

fois une chose résolue, on doit tenir res et. regarder comme une tentation tout ce qui porte- E rait à regarder en arrière; se décourager ce serait faire bangueroute à sa vocation. a

Mais, délibérer sagement ne suffit pas, il faut e. veiller à la bonne exécution des résolutions prises ; à or la visite des Charités ou des autres bonnes œuvres était pour cela d’une importance majeure. …

Dans ce genre de concours, Mademoiselle Legras . : surpassa tout le monde.

Elle avait une piété solide, un esprit juste et

.ferme, bon et dévoué, mais un peu triste et aus-

tère; Vincent l’aida à se réformer sur ce point, voulant qu’elle imitât et montrât aux autres «la joie de Notre-Seigneur ». Il la fit progresser ainsi dans la simplicité et l'humilité vraies: aussi se reprocha-t-elle d’avoir autrefois refusé de laisser faire son portrait, moins par humilité que pour ne pas paraitre vaine, ce qui est une forme raffinée de l'amour propre: « Préparez-vous à être tancée », lui disait parfois Vincent, pour l'exercer. Elle en profita si bien, qu'elle se déclarait prête . à tout quitter pour garder l'humilité. Une fois appliquée aux œuvres de miséricorde, elle y fit paraître des qualités hors ligne, spécialement quand elle visitait les Charités. Le long du chemin, dans l'intervalle des exercices de piété, elle chantait avec ses compagnes des cantiques sur un ton si pieux, que le serviteur qui faisait escorte à cheval, s’'approchaïit de la voiture pour entendre. Lors-

a elle PE de les Me des étrangers

se cachaient pour l’entendre et la voir: son visage paraissait alors deux fois plus beau. Ses com-

| pagnes, sans avoir des qualités aussi éminentes, i se montraient cependant généreuses pour la se-

. conder, fournir des ressources, payer de leur personne, et l’on comprend de quel secours, toutes

5 Bb. elles furent pour Vincent.

C’est en éclairant de ses lumières tant de coopérateurs et de coopératrices, et en les animant de son esprit, que notre Saint put réaliser les œuvres si justement célébres dans l’histoire de son siècle et qui ont fait dire de lui: Z à travaillé à lui seul autant que trente Saints.

En effet le simple résumé de ces œuvres, loin

d’être une table des matières froide et incolore,

fait passer sur le cœur un frémissement d’admiration, et amène aux yeux des larmes d’attendrissement. Évangélisation des pauvres et des galé-

riens, conférences sacerdotales, rachat des captifs,

adoption des enfants-trouvés, soin des enfants

incorrigibles des aliénés, des vierges en péril,

des religieuses dispersées par les guerres, des pé-

__ lerins indigents, des femmes perdues de mœurs,

des artisans malades, des mendiants de toute sorte... voilà une ébauche de ce qu'a fait Vincent de Paul. Prés de cent millions de notre monnaie actuelle furent distribués par ses soins, entre les pays les plus indigents, sans compter les envois de vivres, de vêtements, de remèdes. Les

dons en nature avaient ses préférences, car son

amour pour les pauvres n'était pas aveugle; et il En

savait combien facilement ceux-ci abusent des secours en argent. L'envoi de grains pour ensemen-

cer les champs lui plaisait particulièrement; c était

un moyen de porter les paysans au travail de la campagne, principe moralisateur si efficace. Aussi les mendiants oisifs et les vagabonds des villes lui déplaisaient-ils au point qu’il les dénonçait aux magistrats. Il en était de même des blasphémateurs ; l’insulte au Saint Nom de Dieu le navrait.

Ce que fit alors Vincent, il continue de le faire (à

par les institutions dues à son zèle, sans parler . de l’émulation provoquée dans d’autres œuvres

analogues aux siennes, qui se pénétrérent de sa

sagesse, et bénéficièrent de la popularité de son nom. Toutes aiment à se grouper autour de lui, comme une famille aux liens de parenté plus ou moins étroits, mais dans laquelle règne le même esprit, la même foi, le même cœur.

Ainsi ce grand homme, ce grand Saint, ce grand bienfaiteur de l’humanité, a-t-il composé pour nos temps modernes la Somme de la miséricorde, comme Thomas d'Aquin avait composé au moyen-âge la Some théologique. Thomas est l’ange de la Vérité, Vincent l’ange de la Charité. Thomas pensait seulement à compiler un #anwel pour les commençants, et il a édifié un monument colossal, dont l’utilité et la beauté apparaissent mieux de siécle en siècle; Vincent qui songeait seulement à

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