S. PHILIPPE DE NÉRI
La retraite est à son terme. Déjà le monde nous attend. Eussions-nous l'avantage d'y trouver une société tout à fait croyante, il nous faudrait toujours nous tenir sur nos gardes, pour ne pas ; y dissiper les grâces amassées goutte à goutte, ces | jours-ci, dans notre cœur, et pour les développer au contraire, par une sage dispensation. Que si, malheureusement, l'entourage où la Providence nous a placés est froid, indifférent, matérialiste, hostile même aux choses de Dieu, et malignement ‘appliqué à séculariser en nous les idées et les mœurs, loin de répondre à ses vues et de suivre ses tendances sous prétexte de faire plus de bien, c’est nous qui travaillerons à faire pénétrer l'esprit
sacerdotal sous les formes actuelles de la société, de façon à tout y christianiser.. Alors nous pourrons dire au peuple qui nous entoure: « Vous. êtes une race d'élite, un sacerdoce royal, une na-
tion sainte ” ;
Ce ue est l'art des arts, surtout de nos.
jours, où de fausses idées de liberté circulen dans tous les rangs et menacent d’anéantir les bienfaits de la Rédemption. Il importe donc de choisir un bon modele et un guide sûr; or nous : l'avons dans saint Philippe de Néri. Diffcilement
on trouverait un homme qui, d’une part, fût plus
large, plus avenant, plus libéral, plus indulgent plus flexible, et qui, d'autre part, füt plus surnaturel dans son esprit, plus humble de cœur
plus habile pour faire descendre la grâce divine. dans toutes les classes de la société, depuis l’échoppe de l'artisan, jusqu’au palais des papes et des rois. Pour cela, il avait recu de Dieu des ci dons singuliers de nature et de grâce, et il les fit fructifier au centuple dans les divers -exér- | cices de zèle qui caractérisent son apostolat, 1. comme simple séculier, pendant douze ans, … aprés son sacerdoce, s’étudiant à prodiguer aux gens du siècle, sous les formes les plus neuves et les plus heureuses, son cordial dévouement.
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TOPETR OS
I. - Dons, vertus, succès de Philippe dans son apostolat comme laïque.
Florence se glorifie à bon droit d’avoir donné e jour à Philippe de Néri. Cette intelligence ouverte, ces manières distinguées, ces mœurs dou-
>s et sociables, ces gouts artistiques qui caractérisent la « Cité des fleurs », se trouvaient réunis en lui à un dégré remarquable, rehaussés, non éclipsés par l’auréole des Saints. Jeune enfant, sa piété ravissait et charmait déjà son entourage, quelque soin qu'il prit, par humilité, d’en dérober aux regards les manifestations. Cette vertu, en eflet, fut si précoce en lui, qu'ayant dans les . mains l’arbre généalogique de sa famille, il le déchira comme une vanité. « Ok, dit-il, combien mieux 1! vaut étre inscrit sur le Livre de vie». Les biens de la fortune, il est vrai, n’égalaient pas chez lui ceux de la grâce; la famille était déchuüe; mais un de ses oncles, riche négociant de San Germano resté sans enfants, l’appela prés de lui pour lui léguer son négoce et tout son avoir. Phi- lippe obtempéra, par obéissance, aux désirs de ses parents; mais à San Germano, comme à Florence, l'amour des richesses invisibles trouvait seul accès dans son cœur, si bien que, dans le sanctuaire de la Trinité, placé sur les pentes de la ÆAocke fendue, il forma la résolution, en dépit des remontrances de son oncle, de se rendre à Rome, pour y
vivre dans la solitude et la pauvreté. Il avait e
viron vingt ans. = Un riche Florentin cab à Rome lui offrit l'hospitalité dans sa maison; une mansarde y était sa demeure, tout son repas consistait en un morceau de pain, mangé en plein air, près d’une fontaine où il se désaltérait. Son ambition eût été de passer ainsi toute sa vie dans la prière, inconnu des hommes et n'ayant pour vivre que .
« deux ou trois sous par jour, encore trouvés dif
ficilement ». ES
Mais déjà ses aptitudes à opérer le bien se ré vélaient. Appliqué par reconnaissance à faire l’édu cation des deux fils de son hôte, il y réussit : tal
attirait les âmes, en même temps que les âmes
merveille. Dés qu'il paraissait dans les rues,
l’attiraient, de sorte que son influence allait grandissant de jour en jour. Quelles étaient donc les qualités par lesquelles, lui simple laïque, sans nom ni crédit, ni fortune, il acquit cette influence ?
Nommer Philippe de Néri, c’est nommer a vérité, la pureté, la bonté, la gaîté poussée jusqu'à la jovialité et l'originalité ; c'en est assez, passant sous silence ses autres dons, pour qu’il soit l’ objet
de notre imitation et qu' ainsi nous assurions à notre apostolat les plus amples bénédictions. Vérité. — La vérité dogmatique fut toujours à chère à Philippe. Il avait appris à l’aimer dés son … enfance, en fréquentant les Frères Prêcheurs de S. Marc de Florence, imbus de la saine et forte
joctrine de Si vonaole A Hoine, il eradié avec. succés la théologie thomiste, comme. simple sécu-. lier, sans aucuné visée sur le sacerdoce et par simple amour du vrai. Mais c est surtout la vérité pratique dont nous voulons parler ici, celle qui met en pleine conformité les sentiments intérieurs
de l’homme, et leur manifestation extérieure par le langage, ou par les autres rapports quotidiens de la vie sociale. Cette vérité ne se trouvait pas
seulement en Philippe au degré prescrit par la
loi de Dieu, et qui exclut le mensonge ou la duou plicité ; elle y était à l’état de splendeur et de charme. Dans la candeur de ses paroles, la droi-
- ture de ses procédés, la limpidité de son regard, son âme se révélait tout entière. Il n'y avait pas. jusqu à sa manière de se vétir, propre, simple, sans affectation, qui ne redit le mot de l Évangile
si souvent recommandé par lui: Æsé, est, non,
si
non’. Eùt-il voulu recourir à ces manières de
dire et de faire autorisées par les moralistes à titre de prudence, qu’il y eût montré une radicale et heureuse incapacité. On lui reprocha d’être imprudent à force de franchise et d’ingénuité ; peine perdue, rien ne changea ses vues et sa conduite; tout en lui criait: vérité, vérite.
Or cette qualité est, pour celui qui veut attirer les âmes à Dieu, une grande force de persuasion. L'homme sincère gagne vite l'estime par son
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