‹ Retraite ecclésiastique d'après l'Évangile et la vie des saintesChapitre 22 sur 207 · I. - Esprit d’humilité · texte numérisé non relu

I. - Esprit d’humilité

Apprenez de mo, dit Jésus à tous, gwe 7e suis doux et humble de cœur *. Saul avait plus

1 ACT. 1x, 4 et Seq. — 2 MATT. XI, 209.

! Le nt converti par lui-même, il aurait. pu Hi tracer, de lui-même aussi, la conduite à suivre. Il lui dit au contraire: Zève-loi, va dans la ville, et là quelqu'un te dira ce que tu dois faire. Et l’on dirige à la main le converti vers le lieu

indiqué, car la lumière céleste l'a aveuglé. Ananie, humble croyant, averti par le Seigneur dans une vision, vient le trouver et le fait enfant de Dieu par le baptême ; l’ordination sacerdotale et épisco- : pale n’aura lieu que plus tard, quand Paul aura été désigné par le ciel comme Apôtre des Gen- … tils. Il parle sans doute dés lors dans les synagogues, autorisé par les chefs de l'Église, ce titre à de disciple zélé et convaincu; mais surtout il pré-. pare son cœur dans la vie cachée, et il s’y enfonce : plus encore, lorsqu'il va résider en Arabie, soit. à pour échapper à la persécution, soit pour mieux | vaquer à la vie intérieure, seul avec Dieu. Trois choses entre autres servent de base à son humilité: la connaissance approfondie des misères de l’homme déchu, le souvenir de a malice personnelle, et l'affluence des bienfaits célestes. | Le langage de Paul sur l’homme déchu est d'une telle énergie, on pourrait dire, d’une telle crudité que, s’il n’était inspiré, on le taxerait peutêtre d’inexactitude doctrinale ou d’exagération. :

« Nous sommes par nature, dit-il, des enfants de colère, des vases de colère, dignes d’ être brisés; ‘nous avons comme héritage les ténèbres, Pre sance pour le bien, tout un cortège de mauvaises inclinations enracinées dans notre chair de péché. * Quelle humiliante condition! |

Mais, dans cette masse corrompue, par quels signes Paul se distingue-t-il? Il sent le besoin de “Je-redire. dans ses Epitres: « Entre les pécheurs sauvés par le Christ, je suis le premier. J'ai été blasphémateur et contempteur, je suis le dernier des apôtres, indigne même d’être appelé. apôtre, … car j'ai persécuté l'Église de Dieu; je ne mérite d’être appelé qu'un avorton. Si le Christ Jésus m'a fait miséricorde, à moi le plus grand des pécheurs, c’est pour donner en ma personne un ‘exemple insigne de sa patience, afin d’encourager ceux qui doivent croire en lui et obtenir la

vie éternelle °». Ce sentiment de son indignité, qui est à l’état permanent dans son cœur, trouve, on le devine, un soulagement à se faire jour, à * temps et à contre-temps, dans ses lettres.

| Combien cependant ce sentiment de sa misère ne s’accroît-il pas quand il compare ce qu il était avec ce que Dieu l'appelle à être dans l Église, l'ayant choisi pour cela dès le sein de sa mére! Quel contraste! Il s’abime davantage à cette vue dans son néant, il adore les desseins de Celui qui

: Epx. n, 3 et alibi passim. — 2 I Tim. 1, 15 et alibi.

N'apres us | Apprenes de moi que ne Suis ile

de Cœur Fo - Esprit de religion.

Plus saint Paul est énergique, effrayant même

quand il nous révèle la misère native de l’homme, plus il devient consolant, plus il nous ravit d’ad-

miration quand il nous montre la religion de Jésus. à Christ descendant au fond de notre abime, pour. nous élever par une chaine sacrée jusqu’à Dieu

et nous tenir perpétuellement unis à Lui.

Quelque chose des lumières intimes qu'il a

- reçues directement du ciel sur ce sujet arrive jusqu’à nous, quand nous l entendons dire aux chrétiens: « Puisse le Seigneur vous donner, selon les richesses de sa grâce, d’être corroborés. par la vertu de:son esprit dans l’homme intérieur, de sorte que le Christ habite par la foi dans vos

cœurs, et qu étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les Saints quelle est la largeur, la longueur, la sublimité et la profondeur de l’œuvre de Dieu, ce savoir aussi la charité du Christ qui dépasse toute science, afin que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu * ». ee Dans cette œuvre merveilleuse de beauté,

qui est l’union de l’homme à Dieu, Paul nous

1 MATT. X1, 29. — 2 EPH. II, 16 et seq.

fait remarquer que Jésus- Ce n'a pas seulement le rôle de médiateur: Il est prêtre et victime. « Tel il convenait que füt notre Pontife, saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs, plus élevé que les cieux, et qui ne fût point obligé, comme s autres pontifes, d'offrir chaque jour des victies, d’abord pour ses propres péchés, puis pour ceux du peuple. Il l’a fait une fois pour toutes, en s’offrant lui-même. Après l’offrande de cet unique sacrifice pour les péchés, il est assis pour

toujours à la droite de Dieu, jusqu’à ce que ses ennemis soient réduits à être l’escabeau de ses pieds, car par une seule offrande il a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il a sanctifiés ?

Aux yeux de l’Apôtre’illuminé par l'esprit inté- ‘rieur, tout est donc saint: saints en premier lieu les prêtres de la nouvelle alliance, qui renouvel- … Jent et perpétuent sur toute la terre l'unique sa- crifice de Jésus-Christ; saints les fidèles, et c’est le titre qu’il leur donne constamment, quoiqu'il | n'ignore pas leurs faiblesses et leurs fautes, et il ajoute: « Tout ce qu'il y a de juste, de pur et de saint, voilà ce que vous devez penser. Vous êtes les / concitoyens des Saints et les familiers de la maison de Dieu * » ; saint est dans les fidèles, non seulement le cœur, mais le corps, autrefois corps de péché, devenu le temple de l Esprit-Saiïnt, digne d'être conservé dans l'honneur et la sanctification ;

1 HEBR. vi, 26 et seq. — 2 PHILI. 1V, 8; EPH. 11, 19.

saintes énên Fe creatires His emo car elles aspirent à louer le Saint des Saints et. ne supportent d’être « prisonnières de la vanité, qu'avec l'espoir de LA bientôt la liberté des enfants de Dieu *». En vain la participation des chrétiens aux in temporelles de la société et leur présence dans un peuple païen leur créent elles des relations, des droits, des devoirs d’un ordre en apparence tout humain. Jusque dans la manière de les envisager et de terminer les conflits, Paul veut que les fidèles, autant qu’il est en eux, suivent les régles de l’ordre divin. « Quoi, dit-il, quelqu'un d’entre vous a l'audace de recourir au jugement des iniques, non à celui des Saints! ne savez-vous pas que les Saints. sr ront ce monde? ° RDS A

Partout, on le a l'idée religieuse “bte du mystère sacré de la Réconciliation, de ce mystére caché en Dieu depuis le commencement des siecles, répand sa lumière, fait sentir sa majesté, impose son domaine, multiplie ses bienfaits. Heureux Paul de l’avoir si bien compris!

#R III. - Esprit de prière.

L'Evangile nous montre Jésus en prière le

jour, en prière la nuit dans la solitude, en prière | surtout quand il médite quelque acte plus impor-

? ROM. vin, 21. — 2 I Cor. vi, 2.

tant pour son Église. Ce que nous en voyons, ben soulevant un coin du voile, n’est rien, mais ‘ suffit pour que, devant ce tableau, nous tombions à genoux, adorant et désirant imiter.

Dans saint Paul aussi, l'esprit de prière arrive

à un degré admirable. Cet esprit est précoce, car quand le Seigneur commande à Ananie de donner assistance au nouveau converti, il lui indique déjà comme signe pour reconnaître ce disciple inattendu, cet homme jusqu'alors si redouté: Voici qu'il prie. Paul aime à prier avec ses frères, sachant combien cette prière commune est agréable à Dieu. Qu'il est beau de le voir, aprés son discours aux prêtres d’ Ephèse, au moment de les quitter, s’agenouiller sur le rivage et prier avez eux tous. Aprés quoi, dans leur attendrissement, ils se jettent à son cou, et, dans toute l’assemblée, ce ne sont plus que pleurs et sanglots *.

Ses prières intimes et solitaires nous sont moins connues, nous comprenons cependant, par : quelques confidences échappées dans ses Lettres, qu’il faisait oraison sans cesse, jour et nuit, fléchis- sant le genou, mais surtout priant en esprit et mentalement *. Deux formes de prière lui étaient plus familières, selon qu’il considérait les miséres de l’homme ou les miséricordes de Dieu:

c’étaient les demandes et les actions de grâce. Sur ces dernières, il nous dit lui-même: « Nous

1 ACT. xx, 31. — 2 I COR. XIV, 15.

rendons grâces à Dieu sans interruption ; nous rendons grâces pour vous tous; grâces 4 Dieu pour son ineffable don * ». Il conjure d’autre part les fidé- fes les de multiplier près de Dieu «les postulations °». S'il approuve que, dans les divers besoins, les demandes soient formulées avec précision, il exalte aussi ce genre de prière où l'Esprit-Saint a une part prépondérante, produisant en nous de tels gémissements, de telles supplications que nos paroles seraient insuffisantes à les traduire, et que l’âme elle-même ne saurait s'expliquer ce qu’elle éprouve ni ce qu’elle désire 5. Toujours est-il qu’elle : sent croître en elle, avec ce mode d’oraison l'attrait du bien et la vigueur de la volonté pour le réaliser; or c'est là tout. A Airdesané de ce genre de prière, déjà fort élevé, que reste-t-il, sinon l’oraison extatique? D: Paul nous en laisse entrevoir dans son cœur la |

présence et l’action? Encore ennemi, Jésus avait

daigné lui apparaître; que durent être les faveurs célestes reçues à titre d'ami fidèle? Plusieurs fois

il eut de ces dons extraordinaires, surtout au moment d’être créé Apôtre des nations. Mais luimême nous apprend à les admirer en silence, | quand il dit: « Etait-ce dans le corps ou en de-

hors du corps? je n’en sais rien; je sais seule-

ment que, ravi au troisième ciel, j'ai entendu des # paroles et vu des mystères, qu'il n’est pas per-

1 II Cor. 1x, 15.— 2 PHiLr. 1V, 6; TIM. 11, 1. — 5 Rom. VIII, 26. i L

mis à l'homme de révéler. Loin pourtant de m'en pos c'est de mes infirmités que je veux tirer

gloire ?

IV, - Transformation parfaite.

Les grâces ordinaires, par leur action soutenue, produisent dans l'âme des changements pro- digieux. D'autre part, les grâces extraordinaires, comme celles dont on vient de parler, laissent,

aprés l’heure de l’extase, une lumière, une im- pulsion, une vertu, qui durent parfois la vie entière

Le opèrent une sorte de transfiguration. Qu'en se-

ra-t-il des progrés de Paul, en qui ces deux puissances se concertérent pour opérer sa sanctification? Chez lui se réalisa parfaitement ce qu'il souhaitait aux disciples de l'Évangile : Ayez en vous les mêmes sentiments que le Christ Jésus?. Le Maître avait dit: « J'ai un baptême à recevoir, (le baptème de sang), et combien je me sens à l’étroit, jusqu'à ce qu’il s’accomplissel 3» Pour mot aussi, reprend le disciple, « vivre c’est le > Christ, et mourir m'est un gain, de sorte que je suis tiraillé entre les deux, coarctor e duobus; -en soi, mourir serait le mieux, mais rester dans la chair est nécessaire pour vous. *» La tris- : tesse, l’ennui, les craintes de Jésus à Gethsémani ont fait souvent objet de notre méditation ; nous les retrouvons dans Paul quand nous l’enten-

1 II Cor. x11, 2 et seq. — 2 PHILI. u, 5. — 3 LUC. x, 50. Fa PHILT. I, 122% 22

TER ? ra dons dire: « J'ai une grande tristesse, j'ai une continuelle douleur dans mon âme. Au dehors les combats: au dedans, les craintes : je m'ennuie même de vivre *». La joie cependant avait aussi ses heures, alors qu’il voyait fleurir le bien ou qu’il avait l’honneur de souffrir pour la vérité. Bref, sa transformation surnaturelle et sa conformité à Jésus en étaient arrivées à tel point, qu’il put prononcer la mémorable sentence: Je vis, non plus moi, mais en moi jf vit le Christ ®. C'est le dernier terme de ce que : peut rêver et atteindre l’homme ici-bas.

Conclusion.

Je vous remercie, 6 mon Jésus, de m’appeler, moi aussi, à vous ressembler par la vie intérieure, Je vous remercie de me la rendre si a. cile, puisqu'elle peut subsister en nous malgré les petitesses de la terre, les agitations du monde, les 5 attaques des passions: puisqu'elle peut même en tirer une cause de progrès, pourvu que « le Christ habite par la foi dans notre cœur $», Du reste, fütil plus difficile d’asseoir en moi cette vie intérieure, sa beauté suffirait pour exciter mes désirs et provoquer mes efforts. Mais elle est enviable aujourd’hui surtout, pour peu que l’on considère oùenest venue l'impiété chez les méchants et la frivolité chez

les gens pieux eux-mêmes. Je ne veux ni suivre.

ss

* ROM. 1x, 2; II Co. vit, 5. — 2 GALAT. 11, 20. — 5 EPH.I1,17.

2 Ve IR

ces derniers, ni tomber dans l'abattement et l'in. différence; au contraire, je chercherai, dans la pratique plus assidue de la vie intérieure, un dédommagement pour mon Dieu et pour moi. Cette vie . sera donc ma cité de refuge, mon jardin de délices, ma fontaine rafraîchissante, mon festin perpétuel. :O Paul, obtenez-moi cette grâce de mon divin Jésus, et je vous en bénirai à tout jamais.

MÉDITATION DU SOIR

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