I. - Orgueil grossier
Cette qualification peu flatteuse de « grossier », est cent fois méritée par l’orgueil, soit à cause de l’objet auquel il se porte, soit à cause de la manière dont il poursuit son but. ne .. 1° Du côté de l’ofyer. C’est un orgueil grossier et ridicule, que celui qui s’engendre par la. complaisance dans les qualités extérieures plus ou moins réelles dont on est pourvu, comme la stature, la voix, les traits du visage, la chevelure, la 4 distinction de la démarche etc. Orgueil grossier, que celui. par lequel l’homme se prévaut de la. e. dignité dont il est revêtu, aime à en décliner les
% titres, fait parade des insignes extérieurs qui la
caractérisent, et se montre exacteur sans merci 7 à tn RAR
des égards qu'il prétend lui être dus. N’avons-nc re pas souvent cédé à cette faiblesse, aspiré avec délices ce grossier encens ? |
| 2.° Dans la warière de poursuivre son but, lorgueil est grossier quand il met à procurer Sa vaine satisfaction une telle naïveté, que le moins … clairvoyant le reconnaît tout de suite à ces procédés
et en sourit malicieusement; il y aurait lieu plutôt à en pleurer! Parfois, l’homme esclave de ces petitesses louera les autres, mais c’est afin qu’on lui rende la pareille, le stratagème est évident. Si les occasions de se faire valoir ne se présentent pas, il & des habiletés percées à jour pour les faire surgir; n'y réussissant pas, il se charge de se rendre justice à lui-même, avec une étonnante audace. A-t-on le malheur d'oser, sans compliments, remettre toute chose au point voulu, c'est assez pour provoquer de sa part une figure de mauvaise humeur, ou une sortie intempérante dont tout le monde est scandalisé. Car. il s’agit d’un homme réputé jusque-là sensé et vertueux,
Dans ces quelques traits, n’y a-t-il rien qui nous signale et nous condamne? |
Il. - Orgueil subtil.
Ce qualificatif appartient à l’orgueil lorsqu'il Le est caché aux autres, encore plus lorsqu'il reste
ï. # D A F. à # a - caché à celui-là méme qui en est atteint. . pe:
° Oroueil ché aux autres. Cu ee fit 5 des pas, des omissions, des maladresses, ou par présomption, ou par inconsidération, ou par juste châtiment de Dieu: cela est fréquent. Mais il chere! chera adroitement à les dissimuler, afin de ne K pas baisser dans l'estime et d’échapper à la con : “fusion; croitil avoir réussi, il respire, tout péril. est conjuré! Il continuera donc de paraître un ‘homme sans reproche et digne de considération ; peu lui importe si le succès est appuyé sur la ruse et le mensonge. Le souci de la vérité èt de la franchise compte peu pour lui; l'orgueilleux s'est fait sa fin dernière. O désordre mon- à strueux ! UGR EE ENTRER Que si, malgré tous ses efforts, certains de ses défauts paraissent, il saura leur donner une couleur de vertu. Il appellera fermeté son insensibilité pour les choses de Dieu, largeur d'esprit sa fausse conscience. Se complaisant en lui-même et : dédaignant les autres, il dira volontiers, sous le couvert de la reconnaissance, comme le pharisien : de l Évangile : « Je vous remercie, Seigneur, de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes : » ° Orgueil caché à l'orgueilleux lui-même. C'est
le caractère le plus déplorable de son égarement, car la connaissance du mal est la première condition pour en guérir. Infortuné, il ne prend jamais soin de rentrer en lui-même afin d'observer les
1 Luc. xvinr, 10 et seq. : 4
mouvements dépravés de son cœur, il y décou- vrirait trop de vérités désagréables; ou s’il accorde à l'examen un regard furtif et superficiel, c'est pour s’abuser gravement, en voyant les. objets sous un faux jour, et en se détournant vite, par un manque de loyauté envers soi-même. En ‘revanche, il ‘excelle à scruter la conduite et les ‘intentions du prochain; et quand il croit en avoir découvert, analysé, pesé les miséres, les siennes
lui paraissent une ombre en comparaison, il est
consolé! «S'ils ont en eux quelque bien, pense-t-il, c'est aux occasions qu'il faut l’attribuer, tandis | qu’en moi c'est le défaut qui doit être imputé aux occasions, non le bien, dont j'ai en moi-même le privilège et la source ».
La vie spirituelle factice et outrée en conduit d’autres à prendre le change entre le fond et les apparences. Quelle satisfaction n’éprouvent-ils pas à se replier sur leurs belles pensées et leurs dou- : ces affections dans l’oraison ! Chose à peine croyable, tellement elle est subtile! la manière même dont ils découvrent et censurent leurs mouvements d’orgueil est entachée d'orgueil. - Qui a discerné ces mouvements? qui les a reconnus et stigmatisés ? personne autre qu'eux. À eux donc l'honneur de la spontanéité dans l'hommage rendu à l'humilité, Quelle pénétration! quelle magnani- % mité! - Et comme on ne les en félicite pas, ils se félicitent eux-mêmes de tant d’aptitudes à la per-
fection.
Conclusion.
O mon Dieu, je maudis souvent le démon de ce que, sortant de l'enfer, il me sollicite au mal. Je m'indigne trop peu contre ce démon intérieur si funeste qui s’appelle oreue/, et qu’on pourrait aussi nommer pion, comme le démon s. de l'Évangile *, tant ses attaques sont nombreuses sn et variées. Chez tous il obscurcit l'esprit, il paralyse la volonté, il pervertit le cœur; mais c’est surtout le ministre de Dieu qui a besoin de se mettre en garde contre ses embüches. Il est comblé des dons de Dieu, dons de nature et dons de grâce, reçus les uns pour sa propre sanctification, les autres pour la sanctification des âmes; les détourner de ce but, serait donc un larcin plus coupable, et les appliquer au service de l’orgueil, une profanation plus impie. Que si le prêtre considère le préjudice qui résulte de cette erreur pour les œuvres du zèle, et le libre champ ouvert au mal par celui-là même qui en a été constitué l’adversaire, comment ne se frapperait-il pas la poitrine en pleurant? « Seigneur, devrait-il s'écrier, par l'abus de vos dons j'ai mérité d’en être à tout jamais privé, privé de ma dignité sacerdotale, privé même de mon intelligence et de ma liberté. Mais vous êtes bon, ne me repoussez pas de votre face *, repoussez plutôt loin de moi
1 MARC. v, 9. — 2 PS. L, 13.
__ le monstre de l’orgueil, ou du moins mettez-lui un frein, donnez-moi de me tenir en garde contre ses ravages, de rendre involontaires ses mouve- . ments, de résister à ses suggestions, de les convertir même en auxiliaires du bien par l'humilité, la vigilance et une réaction énergique. Heureux examens, heureuses constatations, heureuses hu- miliations, heureux combats, qui m'auront frayé
les voies à la connaissance et au mépris de moi-
4 même, pour arriver à votre connaissance et à votre amour, Ô mon Dieu! »
CONFÉRENCE
LE CHRIST RÉDEMPTEUR VIVIFIANT PAR NOUS LES ÂMES. l ENCORE SAINT PAUL. |
Nous avons vu Paul former en lui, par son ap- # plication à la vie intérieure, l’homme parfait ; il est arrivé à «la mesure de la plénitude de l’âge du
Christ * ». Retenir pour-lui seul ce trésor serait une 4 infidélité à sa vocation, une impossibilité pour son grand cœur. I] réalise donc pour les fidèles du monde entier ce qu'il disait si tendrement aux Galates: «Mes petits enfants, que j'enfante de nouveau, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous! ? » __ Pour nous rendre compte de cette œuvre de l’'Apôtre, il sera bon d'étudier les principes généra-