IV. - L'amour
On peut se demander quelle page est plus belle en saint Paul, celle qui nous présente en un
rapide tableau la foi des justes sous l’ancienne loi, ou celle qui nous montre les excellences de la charité. L’une est plus grandiose et provoque 4 plus d’admiration; l’autre est plus ardente, plus. ‘3 céleste, plus entrainante, et aussi plus pratique dans ses applications. « Parler toutes les langues, celles des anges et celles des hommes, connaître tous les mystères célestes, distribuer ses biens aux pauvres, livrer son corps aux flammes, qu'est-ce que tout cela, sans la charité? Rien. La charité est patiente et bénigne, elle n’est ni envieuse, ni
1 COR. XV, 19, 26. Es.
inconsidérée, elle ne s’enfle point d’orgueil, ne cherche’ pas ses propres intérêts, elle espère tout, elle supporte tout et ne disparaitra jamais. we S. Paul parlait si bien de la charité, parce que l'amour de Jésus était enraciné dans son cœur, débordait de son cœur, le rendait prêt à tout pour ; son cher Maitre. Il pouvait donc dire sans présomption et en toute vérité: « Qui nous séparera de la charité du Christ? l’affliction, les angois- « ses, la faim, la nudité, les périls, les persécu-
tions, le glaive?.. Je suis sûr que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence, ni ce qu'il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune créature que
ce soit, ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur *. » Dans - un semblable transport de charité, à la fin de la premiére lettre aux Corinthiens, Paul, après avoir dicté diverses recommandations et salutations, 4 prenant la plume, ajoutait: « Je vous salue de ma . main, moi, Paul. Si quelqu'un n'aime pas Notre- Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème!: » Quelle sortie, quel hors-d’œuvre !..…. Ce peut être inopportun pour le sujet que Paul vient de traiter, qu'importe ? C’est toujours opportun pour soncœur.
Mais, Ô contraste inattendu! L'absence de la charité rend digne d’anathème, et la présence de la charité rend désireux d’anathème. C’est Paul
z J Cor. x, 1 et seq. — 2? ROM. vin, 35 et seq. — 3 I Cor. XVI, 22:
2 PROISIÈME JOUR. + CONFÈ lui-même qui nous l'assure: «Je. dis ‘Ba vérité © dans le Christ et ne mens pas, ma conscience m'en rend témoignage dans l’Esprit-Saint: j' a 0 au cœur une douleur continuelle; 7e souhaitais d'être anathème, loin du Christ, pour mes frères selon la chair'.» Paroles étranges, choquantes même, que les docteurs expliquent en les restreignant aux justes limites, c’est-à-dire dans le sens d'une privation de la gloire pour un temps, jamais de l'exclusion de la grâce; mais paroles qui, même alors, nous montrent l’excessive charité de 4 l'Apôtre pour les âmes. C'est pourquoi il signale ailleurs, comme le fléau de la charité, « ces hommes épris d'eux-mêmes, cupides, hautains, super- ‘ bes, sans affection, amis des voluptés plus que de Dieu *». Les Corinthiens qu'il a gagnés à Jésus-
Christ n'en sont pas là; mais il rencontre pourtant en eux trop peu de correspondance à sa charité,
ne. aussi leur écrit-il, sous forme de vif mais doux 2 reproche: « O Corinthiens, ma bouche s'ouvre, et mon cœur se dilate vers vous. Vous n'êtes point à l'étroit dans mon cœur, c'est moi qui ïe
suis dans vos entrailles ! 3 »
On peut donc appliquer à Paul, à l'égard de ses chers chrétiens, la parole des juifs à la vue de Jésus en larmes sur la tombe de Lazare:
« Voyez combien il l'aimait! *»
98 * ROM. 1x, 3. — 2 IL Tim. mt, a. — 3 IL Cor. vtr, 12. — 3 4 JoAN. xt, 36. \