II. - Points principaux de la doctrine d’ Augustin
Un moyen facile de se rendre compte de l’enseignement doctrinal de saint Augustin, c'est de
combattus: indiquons les principaux. Les Circoncellions, infestaient les alentours des villes, s’y livrant à toute sorte de violences, sous prétexte de restaurer la justice, et poussant le fanatisme jusqu’à se suicider, dans l'espoir de gagner la palme du martyre. Les Manichéens, partisans de deux prin-
| QUATRIÈME JOUR. - CONFÉREN
cipes, l’un bon, l’autre mauvais, attribuaient le mal à ce dernier pour en disculper l’homme, et pour ériger même en progrès le débordement des vices. Les Priscillianistes mélaient l’ancien gnosticisme à d’autres désordres, et préconisaient la légitimité du mensonge, quand il devais servir à dissimuler leurs pratiques sacriléges ou . leurs dogmes corrupteurs. Les Novatiens déniaient “h à l'Eglise le pouvoir de remettre les péchés commis aprés le baptème, et par leur rigorisme jetaient les âmes dans le désespoir. Les Joviniens s’insurgeaient contre la pratique de la chasteté volontaire, qu’ils abaissaient au-dessous de l’état du mariage. Les Donatistes, joignant l'hérésie au schisme, regardaient l'Église romaine comme infidéle à sa divine mission et, à cause de cela,
déchue, de sorte que la seule Église de Jésus- Christ, c'était leur secte. Enfin les Pélagiens atta-
quaient à fond l’œuvre du salut, en attribuant à l'homme, pour mériter la grâce, une capacité ini-
tiale qui anéantissait la nécessité absolue et l’eff-
cacité souveraine des secours divins. Contraste
instructif! L’hérésiarque Pélage était un moine, | tout enveloppé et imbu de la grâce de Dieu, en vertu même de son saint état, et il osait, ingrat, s'insurger contre elle, réduisant le monachisme à un stoicisme orgueilleux. Ce fut, au contraire, un converti, un philosophe, un admirateur des forces de la nature, ce fut Augustin que Dieu suscita pour être le fléau de cette hérésie, plus encore.
NE ER re x. Ô x LE DOCTEUR. - MODÈLE S$. AUGUSTIN.
que des autres énumérées avant elle: moins cho- quante à première vue, elle était plus pernicieuse, et par sa nature, et par la ténacité, l’habileté, l'ap- parente modération de ses partisans. } Mais si le Docteur catholique s'applique à é réfuter à censurer, à confondre, c’est parce que + erreur l'y contraint. Son devoir primordial et son attrait sont d'exposer la vérité dans tout son jour, pour que, par sa vertu intrinsèque, elle conver- | tisse et attire à elle les Âmes *. Saint Augustin a rempli ce devoir avec une ampleur, un discernement et un zéle hors ligne. :
On s’en fera une idée en méditant les enseignements qu'il donne sur le monde de la Création, sur le monde de la se sur le monde de la Glorification, ° Le monde de la Création fut de sa part l'objet de profondes études, avec la Bible pour guide et son génie observateur pour auxiliaire. On le constate en particulier dans son livre sur l Œuvre des six jours et dans un autre sur la Genèse selon la lettre. Par rapport au sens et à la durée des six jours de la création, il est circonspect et met au large les exégêtes chrétiens. Mais sur la nature des étrés crées, son regard est pénétrant, son langage catégorique.
D'abord, il nous fait connaître à fond, autant qu’il est en lui, les êtres corporels, composés d’une # - te à
: æ 1 Ps. XVIII, 8. “à > 2 4
| matiére indéterminée, à laquelle la forme sub-
stantielle vient donner certaines qualités spéciales: les unes manifestes à nos yeux dés l’origine, | les autres cachées dans leur germe, pour se développer plus tard. Il a, sur les diverses forces des êtres matériels, ou connues ou occultes, « intuitions étonnantes; plus d’une découverte’ inattendue, dont se montre orgueilleuse la science : Le nos jours, apparut de loin à son regard dix nateur. | EE
Mais que sont tous ces êtres en comparaison de l’âme humaine? Elle n'est ni l’émanation d’un principe divin qui serait ouf, ni le principe 4 A générateur d'idées purement subjectives auxquelles elle attribuerait une réalité extérieure, alors : que tout est doute ou néant. Être intelligent, libre, ayant la conscience et la responsabilité de son action, l'âme humaine commence son rôle en animant le corps auquel elle est unie; puis, elle se met en rapport avec les réalités extérieures et s'élève, par l'observation des effets ou qualités . qu'elle y constate, jusqu’à la cause première, jusqu'à Dieu. |
Non seulement, enseigne Augustin, l’homme a la faculté de connaître le vrai et de vouloir le bien, mais aussi celle de sentir et de goûter le beau, l'idéal ; il le démontre dans son « Livre du beauet du convenable ». Cette faculté était même extraor-
dinairement développée dans le grand Docteur.
nies de la création l’impressionnait vivement, et l'harmonie des sons avait en particulier sur lui “un grand empire; plus tard il se reprocha d’avoir ÉFSE avidement cherché ces jouissances, sans méun aître ce qu’elles ont d’élevé, de suave, de
nt, surtout dans les chants de l’ Église. Il pro-
it un livre sur la Mode, que ses autres travaux chérent d'écrire ; les six livres composés par sur la Musique, montrent combien il approfondissait les choses, en scrutant les rapports in-
# times des nombres avec l'harmonie des sons. La grace de bien dire avait aussi du prix à ses
yeux, comme conséquence de la faculté de penser
sagement et de sentir délicatement: elle en forme, en effet, le noble et chaste vêtement. De là son goût pour l’éloquence et pour la poésie. S'il ne
fut pas versificateur, il était poète dans l’âme, et quand on à lu certains de ses écrits, les mots d'ode, de poème, de dithyrambe, d’élégie viennent sur les lévres; ils sont mérités.
° Mais c’est surtout dans le wonde de la Len qu’ Augustin répand ses lumieres et nous donne ses enseignements. Il avait jugé à ses fruits la théorie de deux principes, le bon et le mauvais, sorte de divinités rivales qui scinderaient l'humanité, et dont la seconde aurait pour elle le triomphe suprême. Cependant il comprenait mieux chaque jour l'état réel autant que mystérieux de l’homme déchu qui, pour comble de
| pahenr avec son libre arbitre blessé agrave
: ES PAR be eee 7 mr de ses propres mains de plaies et son malheur. Il n’y a de salut qu'en Jésus-Christ, nous guérissant par sa grâce et par les mérites de son sang. Notre Saint devait donc se faire l’apologiste 4 de la grâce, envisagée dans sa nécessité, sa gra- ni. tuité, ses exigences et ses condescendances. Il . éxécuta le mandat avec une telle logique, une telle énergie, une telle constance que, de l'aveu universel, personne, après saint Paul, n’a fait autant
que lui pour expliquer et préconiser le rôle de la grâce. Il développe même saint Paul, s'il est permis d’ainsi parler. Celui-ci considère la grace dans l'individu, et nous montre en nous les deux hommes : V'un obéissant à la « loi des membres : »
, - , l’autre aspirant à vivre « selon l’esprit °». Dans
Augustin, ce ne sont pas seulement deux homme que nous trouvons, mais deux cles, dont la derniére, celle de Dieu, mérite seule son nom. Aussi est-ce l'unique titre qu’il donne à son magistral ouvrage de la Ci de Dieu, composé de 22 livres
et écrit par fragments dans l’espace de 13 ans. Les sectateurs du paganisme profitaient des … 3 malheurs publics, en particulier des ruines amon- : É. celées par l'invasion des barbares et par la prise
: de Rome, pour attribuer ces fléaux à l’abandon du culte de leurs idoles. Augustin dans la « Cité de Dieu », montre, l’histoire à la main, que sous. le paganisme aussi il y eut des fléaux, des inva-
? ROM. Vu, 23. — 2 ROM. vin, 4.
sions de barbares, des collisions et des cruautés entre peuples civilisés, des règnes injustes, qui n'étaient que de grands brigandages. Du reste, le bien-être et la prospérité temporelle ne sont pas le dernier mot de la vie humaine; la félicité ter- restre ne mérite, ni d’être en aitaee de parti pris,
ni d'être exaltée au e des limites. Qui oserait
É vanter comme idéal l’état d'hommes entourés de
satisfactions matérielles, ét possédant « tout, ex-
ce , A = bp) ù 1° . . 3 cepté eux-mêmes » ? Ces préliminaires posés, Au-
gustin passe à montrer toutes choses sous leur
vrai jour, et faisant la philosophie de l’histoire
sous le règne du Christ, il explique les ravages
de l'esprit du mal, non par un fatalisme aveugle,
mais par les dérèglements de la liberté humaine,
ue, pourtant, la divine sagesse fait contribuer
inalement au bien et servir à sa gloire.
Étant donné que la coéxistence des deux Cités
soit une sorte de nécessité, seront-elles au moins placées a distance l’une de l’autre, avec des retranchements pour les protéger? Non, elles sont mélées : il le faut, moins encore par la force des événements et la fluctuation des sociétés terrestres, 4 que par un dessein de la Providence; car il est une Providence pour les peuples, comme pour les particuliers. Les bons ont besoin d’être exercés par L. les méchants et, pour cela, de se trouver perpé- F tuellement en contact avec eux. Cette épreuve leur donne l’occasion de vivre de la foi, de pratiquer la charité, de se conformer au Sauveur dans
leurs épreuves, de lever souvent vers la patrie leurs regards pleins de larmes et d'espérance. Les innocentes et tendres victimes des guerres, des violences, de la famine, dont les souffrances sembleraient justifier les récriminations de l’incroyant contre la Providence, ajoutent, au contraire, un : mérite de plus aux tribulations communes, une | beauté de plus à la terre. C’est ainsi que, dans cette confusion apparente, se fait la lumière, que se soutient l'unité du plan divin, que les épreuves passagères augmentent pour toujours les trophées du Christ Rédempteur.
Il est rapporté que Charlemagne faisait ses délices de la lecture de la « Cité de Dieu ». Il se montrait par là capable d'envisager de haut les événements terrestres, digne de régir les peuples.