Nous venons de .voir Augustin soulever
nos regards vers le monde futur, celui de Z Glorificahion des élus. Toujours la question de la béa- ï titude l'avait préoccupé. La béatitude de la chair n'étant que bassesse et mensonge, il avait rêvé de trouver dans le -eroupe de ses amis /e bonheur | d'être aimé. Cette béatitude philosophique n'était
ni sûre, ni suffisante pour son cœur. Aussi, à
peine converti, se tourna-t-il vers Dieu: et l’un de ses premiers ouvrages fut sur la Péatitude
cherchée dans la vérité suprême. À mesure que
la grâce croissait en son cœur, une piété vive et lumineuse, un mysticisme tout divin tournaient plus fortement et plus uniquement ses aspirations
vers la possession de Dieu. On sent ces attraits se révéler partout à la moindre occasion, dans ses Soliloques, dans ses Commentaires sur les F Psaumes, et dans divers autres écrits qui sem- bleraient étrangers au sujet. Au moindre con- tact, la lyre de son âme résonne sur les bords
e du fleuve de Babylone, et ses aspirations vers la patrie s’accentuent. Il est vrai que, pour définir : le caractère de la béatitude, souvent son génie s'arrête impuissant, ou que les mots s'accumulent sous sa plume sans pouvoir exprimer, niême imparfaitement, ce que son regard a entrevu; c’est que le monde futur est d'autant plus inexprimable qu'il est plus réel et plus divin. Saint Paul, lui aussi, > confessait son impuissance; plus favorisé qu’Augu-
k III. - Méthode suivie.
On ne saurait exiger dans saint Augustin, | comme dispensateur de la doctrine sacrée, cette méthode pondérée et ce plan préconçu, que le professeur d’un cours classique combine paisiblement au milieu de ses livres. Son esprit, sans doute, était une vaste synthèse du monde divin et du monde terrestre, mais toute les questions dispa- |. rates qui surgissaient à l’improviste et deman- daïient son intervention, devaient se greffer de mille manières, selon les circonstances, sur le
it arbre de la science du vrai, pour en recevoir et en transmettre la sève. Il fallait donc être prêt toujours, et prêt à tout. |
Cependant certains traits particuliers, dans notre Docteur, méritent d'être mis en relief, pour servir de leçon. ;
D'abord Augustin, homme doux, bon, pacifique par nature, ami, depuis sa conversion, du calme de la vie monastique, s’efforçait de se tenir en dehors de toutes les contestations qui n'intéressaient pas sérieusement la vérité ou la charité ; elles s’introduisent même parmi les savants chrétiens. Mais quand surgissait une question importante, il agissait, écrivait, intervenait avec prom- | ptitude, que ce füt par devoir, dans son diocèse, ou au loin par un effet spontané de son zèle et de sa charité. Sous ce rapport, son esprit fut jeune et alerte jusqu’à la fin. Indifférent au côté terrestre de la vie, il avait l'oreille ouverte, l'œil at-. tentif à tout ce qui concernait la grande bataille entre la foi et l'erreur. Pressentir et intervenir, était pour lui tout un; les ennemis, déconcertés de se voir prévenus et démasqués, perdaient toute audace. Quoiqu'il s’efforçât d’aller toujours au fond des questions et à leur côté rationnel ou traditionnel, il ne négligeait pas de réfuter les adversaires par leurs propres assertions, et de mettre leurs contradictions en évidence, comme Bossuet devait plus. tard le faire si “victorieusement à l’égard des Protestants, dans son livre des
Variations. Ce n’est pas tout, en effet, de donner un enseignement solide et vrai; il importe qu'il . impressionne et produise la persuasion, soit dans l’égaré lui-même, soit au moins dans ceux qu’il
Û ‘ tâche d’entraîner aprés lui. Or le genre d’argumentation dont on vient de parler, vu la trempe de lesprit humain, a une efficacité pratique de première force; il est donc d’un homme avisé, ami du vrai, ami de ses frères, de s’en servir.
Loin de confondre la vigueur avec l’aigreur,
Augustin s’efforçait, sans préjudice des intérêts
de la vérité, de montrer à ses adversaires beaucoup d’égards et de bonté. Les années passées sous le joug de l'erreur lui avaient inspiré de la
compassion, et même du respect, pour les esprits
égarés. C’est ainsi qu'écrivant à Pélage, déjà
pourtant si dévoyé, il commençait sa lettre en ces
termes: « À notre très aimé seigneur et frère Pélage, Augustin, salut dans le Seigneur ». Enfin, son respect et sa vigilance pour ne froisser et n’irriter personne par des procédés méprisants, qui compromettraient toute résipiscence, . étaient rehaussés par une modestie, une loyauté, un accent de droiture qui montraient en lui l’ab* sence de toute préoccupation personnelle; les intérêts de Jésus-Christ et des âmes étaient son unique souci. Cette noble disposition ressort admi- __ rablement de son livre des Aéfractations. Habitué E'2 juger des choses avec son regard d’aigle, il avait pu, de temps à autre, ne pas se rendre, suff-,
samment compte de la tradition ou des faits positifs : il lui tardait de rectifier toute inexactitude. On eût dit même qu’il s’étudiait, par humilité et délicatesse de conscience, à en grossir le nombre d. c'est ainsi qu’il a fait entrer dans ses rétractations beaucoup de choses qui sont plutôt des additions et des éclaircissements utiles, au plus grand honneur de la vérité. La vérité! il l’aimait avant tout. RE