‹ Retraite sacerdotale (volume 2)Chapitre 24 sur 35 · L'amour se perfectionne par le sacrifice · texte numérisé non relu

L'amour se perfectionne par le sacrifice

Il n'y a pas de vertu sans amour, ni de progrès dans la vertu sans un accroissement d'amour, ni de perfection dans la vertu sans un degré supérieur d'amour 3.

On n'aime pas pour rester stationnaire dans

1 « In mundo pressuram habebitis. » — « Vos autem contristabimini, sed tristitia vestra vertetur in gaudium. » Joan., xvi, 33, 20.

2 « Nullus ibi apparet labor, ubi verus est amor. » S. Bern., Serm. i3 de Cœna Domini.

0 « Tune perfecti sumus in charitate, quando nihil restât ex infirmitate. » S. Auc, Epist. 29.

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l'amour. Lorsqu'on aime, on est porté à aimer toujours plus '.

Le cœur ne possède pas des cloisons étanches qui arrêtent forcément le cours de l'amour. Il est fait pour se remplir d'amour ; c'est sa perfection 2.

Tant qu'il existe dans le cœur humain une place à l'amour, il faut que l'amour Yoccupe, sous peine de violenter ses exigences naturelles.

Lorsque le cœur a atteint toute sa puissance d'aimer, il est satisfait, à condition toutefois qu'il se remplisse de l'amour qui lui convient, de l'amour qui seul est digne de ce nom : X amour divin 3.

Les amours purement terrestres n'apportent au cœur ni la satisfaction à laquelle il aspire ni les qualités qui le perfectionnent.

Le cœur est fait pour Dieu et Dieu seul peut le satisfaire pleinement. C'est pourquoi un peu d'amour divin l'emporte souverainement sur tous les amours humains réunis.

1 « Qui edunt me adhuc esurient, et qui bibunt me adhuc sitient. » Eccli., xxiv, 29.

* « Cor humanum in desiderio non fixum est, nunquam stabile potest esse, sed de alio in aliud transit, quserens requiem. » S. Auc, Tract. 5 sup. Evang. Joan.

3 « Haec est requies cordis, cum Deum suum contemplatur, et ipsa sua contemplatione suaviter reficitur. » Hug. a S. Vict., L. 2 de Anima, c. 10.

L'amour humain n'ajoute rien à la beauté de l'âme et ne comporte aucune vertu surnaturelle.

L'amour divin, au contraire, embellit l'âme de la beauté divine de Celui qu'il aime, et attache un mérite surnaturel à tous les actes qu'il pose *.

C'est ce qui fait que plus on aime, et plus on pratique la vertu ; plus on croît en amour, et plus on avance en perfection 2.

Mais cet amour qui dispose et conduit jusqu'à la sainteté, n'est autre qu'un amour crucifié.

Toute vertu reposant sur X amour qui l'inspire et l'anime, et tout amour marchant de pair avec le sacrifice, on ne se perfectionne et ne devient saint que si l'amour, fait de sacrifices, exerce constamment sur l'âme son action sanctificatrice.

Le Prêtre étant appelé à la sainteté, possède donc éminemment le moyen d'y parvenir 3. Sa vie tout entière se passe dans la pratique

1 « Mens humana, dum igné amoris excoquitur, semper in se servat claritatem pulchritudinis, quotidiana innovatione ferrons. » S. Greg. Mac, L. 22 Mor., c. 2.

2 « Ascensiones in corde suo disposait, in valle lacrymarum... ibunt de virtute in virtutem. » Ps. lxxxiii, 6-8.

3 « Sicut ergo accepistis Jesum Christum Dominum, in ipso ambulate, radicati et superœdificati in ipso, et confirmât! in tide, sicut et didicistis. » Col., ii, 16.

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de la vertu ; sa vie tout entière doit donc être inspirée et vivifiée par l'amour *.

Mais l'unique amour qui lui convienne, c'est celui dont Jésus a déposé les germes dans son cœur de chrétien d'abord et qu'il a ensuite divinement accru dans son cœur de Prêtre, l'amour qui n'est qu'un prolongement du sien, l'amour de son Sacerdoce éternel et de son état de Victime.

Pas de sainteté sans amour. Pas d'amour sans sacrifices. Pas de perfection sacerdotale sans amour et sacrifice, sans amour crucifié.

Aspirer à devenir un saint sans aimer jusqu'à l'immolation complète de tout soi-même, ce serait se rendre coupable d'une ignorance plus qu'étrange et faire un jeu de la perfection sacerdotale.

La sainteté du Prêtre entrevue dans la lumière du Sacerdoce de Jésus ne peut être qu'un reflet de la sainteté du Souverain Prêtre venu pour aimer et pour souffrir 2.

1 « Et hoc oro, ut charitas vestra magis ac m agis abundet in scientia et in omni sensu. Repleti fructu justitiae per Jesum Christum. » Phil., i, 9, 10.

2 « Filius est Verbum, non qualecumque sed spirans amorera. Non igitur secundum quamlibet perfectionem intellectus mittitur Filius, sed secundum talem instructionem intellectus, qua prorumpat in affectum amoris. » S. Thom., 1 p., q. 4S, a. 5.

S'attacher à Jésus, c'est s'attacher à sa Croix. Que le Prêtre ambitionne d'y être crucifié avec son Maître et il aura fait produire à son Sacerdoce tout ce qu'il contient de sève divine pour conduire, par l'amour et la souffrance, jusqu'au sommet de la sainteté ! *

1 « Si sanctus non es, esto : sanctum facit affectio sancta. » S. Bern., L. 5 de Consid. ad Eugen., pap.

EXAMEN

Jésus a trop aimé son Prêtre pour n'être point payé de retour. La reconnaissance d'amour fait partie du Sacerdoce. — Ai-je de mon Sacerdoce une notion assez claire pour comprendre qu'il n'y a pas de grâce comparable à celle-là ? Dès lors, pas d'amour reconnaissant qui puisse égaler celui du Prêtre? Le sentiment que j'ai de mon Sacerdoce me porte-t-il à aimer le Jésus qui m'a fait son Prêtre ? Je n'aurais point d'autre motif de L'aimer, que mon amour ne devrait avoir aucune limite.

Pour aimer Jésus, le Prêtre doit se montrer généreux et constant dans son amour. — En estil ainsi pour moi ? Pour rester fidèle à l'amour que j'ai voué à Jésus, suis-je prêt à me gêner, à me mortifier, à me renoncer et à sacrifier tout ce qui pourrait être un obstacle à mon amour ? Suis-je assez mort à moi-même, pour n'être mu que par mon amour de Jésus et n'avoir jamais d'autre désir que celui d'aimer mon Maître ? S'il il y a des lacunes dans ma vie sacerdotale, n'estce point parce qu'il y en a dans mon amour ?

Aimer Jésus, c'est n'avoir pas peur des sacrifices. Jésus les a tous faits, parce qu'il a aimé

sans mesure. C'est ainsi que le Prêtre doit L'aimer à son tour. — Suis-je un homme de sacrifice ? Sinon, comment puis-je espérer de devenir un Prêtre enflammé d'amour pour Jésus ? N'ai-je point recherché un amour de jouissance plutôt que de souffrance? Ne me contenté-je pas d'un amour restreint, parce que j'ai peur de la souffrance ? Ne me suis-je point forgé un idéal d'amour illusoire plus ou moins étranger au sacrifice, qui pourtant est un aliment essentiel de l'amour? N'est-ce point la raison de mon peu d'avancement dans la vertu ?

PRIERE

JÉSUS que l'amour a fait descendre du ciel pour être Prêtre de votre Père et Victime de l'humanité, je Vous contemple dans les grandeurs sublimes de votre Divinité et dans les humiliations inouïes de votre Humanité.

Vous m'apprenez par là que votre amour n'a pas plus de limites que votre puissance. Je veux Vous imiter. Je veux Vous aimer et souffrir pour Vous. Daignez être la force et la constance de mon amour.

Je comprends, ô Jésus, qu'il n'y a pas d'autre amour que l'amour qui se donne ; et qu'il n'y a pas d'autre sainteté que la sainteté d'amour qui se nourrit de souffrance et de sacrifice.

Oh ! que le Sacerdoce est grand, puisque son origine est divine ! Qu/il est puissant, puisqu'il sauve le monde ! Qu'il est aimant, puisqu'il fait des victimes !

Je suis votre Prêtre, ô Jésus, et ma vie c'est de Vous aimer.

Je suis votre victime, ô Jésus, et mon amour c'est de m'immoler pour Vous.

Donnez -moi votre amour et je Vous donnerai

ma vie.

Pkinsi soit-il.

Pratique. — Me pénétrer de cette grande vérité : qu'il n'y a pas d'amour sans sacrifice et que, pour aimer Jésus comme II veut être aimé, il faut être prêt à mourir pour Lui.

Oraison jaculatoire. — - O "Marie, vous qui avez tant souffert parce que vous avez tant aimé, apprenez-moi à vivre pour Jésus d'amour et de sacrifice.

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