L'amour se nourrit de sacrifices
Le sacrifice étant une manifestation nécessaire de l'amour, il naît pour ainsi dire avec lui.
Il en suit aussi Y accroissement. Il l'accompagne forcément et, à son tour, il entraîne l'amour et le fortifie.
Plus un cœur aime, et plus il est exposé à souffrir.
Plus un cœur souffre à cause de son amour, et plus il augmente l'amour qui le fait souffrir1.
Pour se garder fidèle dans l'amour, il faut être prêt à tous les sacrifices.
Chaque sacrifice donne une force nouvelle à l'amour. On aime davantage quelqu'un pour qui on a beaucoup souffert.
Si les sacrifices se succèdent, ils deviennent comme un aliment à l'amour. L'amour, sentant qu'il en est fortifié, les désire et les recherche.
Il s'établit alors entre l'amour et la souffrance cette communauté de sentiments et cette inti-
1 « Quanto profundior est amor, tanto altius tangit dolor. » Hug. a S. Vict., Sup. Pentateuc, c. 7.
mité de vie, qui fait de toute souffrance une souffrance d'amour et de l'amour un amour se nourrissant de souffrance.
S'il y a quelque chose qui grandit l'amour divin, c'est cet héroïsme dans la souffrance qui en est le fruit et X épanouissement.
Aimer Jésus comme II a aimé, c'est être heureux de souffrir pour prouver son amour *.
Aimer Jésus jusqu'où II a aimé, c'est nourrir son amour de sacrifices et, au besoin, savoir en mourir 2.
Le Prêtre apparaît aussitôt dans le rayonnement de ce sublime amour crucifié. Jésus est Sacrificateur et son amour pour Dieu et les hommes Le porte à frapper la divine Victime qu'il a la mission de conduire au Sacrifice.
C'est sur Lui-même qu'il frappe, puisqu'il s'est constitué à la fois Prêtre et Victime.
Comment, dès lors, son Prêtre, dont II fait un autre Lui-même, ne participerait-il pas au même sacrifice, puisqu'il doit avoir au cœur le même amour ? 3
1 « Magna consolatio est aliquid propter Christum pati. » S. Joan. Chr., Hom. 3i sup. Acta Apost. in morali.
2 « Cum pro Christo mori sit vita, quid ipse in mortis sacramento doluisse existimandus est, qui pro se morientibus vitam rependit. » S. Hilar., L. 10 de Trin.
3 « Christo confixus sum cruci. Vivo autem, jam non ego : vivit vero in me Christus. » Gal., h, 19, 20.
Le disciple n'est pas au-dessus du Maître. Uétat que le Prêtre a embrassé, le lui dit sans cesse.
En entrant dans le Sacerdoce, le Prêtre a fait bien des sacrifices de détachement, à'éloignement du monde, de mortification et de renoncement ; et il les a faits parce qu'il aimait.
Sa vocation le maintient dans la fidélité aux engagements sacrés qu'il a pris et dans l'obligation de pratiquer toutes les vertus de son état ; et il puise dans son amour pour Jésus la force et le courage de renouveler à chaque instant les sacrifices inhérents à sa mission l.
S'il n'aime, le Prêtre ne peut être heureux.
S'il ne nourrit son amour de sacrifices, il ne peut persévérer dans l'amour.
Avoir peur du sacrifice, c'est avoir peur de trop aimer.
Vouloir esquiver un sacrifice, c'est exposer son amour à faiblir.
Chercher d'autres moyens de conserver son amour intègre et vigoureux, c'est s'illusionner et se préparer inconsciemment à entrer dans la voie du relâchement et de la tiédeur.
1 « Quis ergo nos separabit a charitate Chrîsti ? Neque mors, neque vita, neque angeli, neque... neque futura... neque creatura alia... » Rom., viii, 35, 38, 39.
Le Prêtre ne peut pas ne pas souffrir ; il est voué au sacrifice comme son divin Maître *.
Il ne peut être Prêtre sans être en même temps victime. Il a dû comprendre ces vérités avant de monter les degrés du Sanctuaire. Il doit s'en convaincre tous les jours davantage. Sa fidélité est à ce prix.
Pour y arriver, il n'a qu'à aimer. L'amour lui rendra doux tous les sacrifices 2.
S'il n'aime, il souffrira quand même.
S'il aime, il sera heureux de souffrir.
L'amour crucifié a fait de Jésus le Prêtre-Victime. Puisse-t-il faire de tous les Prêtres les vrais disciples de Jésus !