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c'est-à-dire que ce n1est point un règne où Jésus-Christ, comnie les autres rois, se montre dans la pompe et dans l'éclat, ni où, par la puissance des armes, il cherche à étendre ses conquêtes et à s'acquérir des sujets : au contraire, il ne se fait voir que dans les états les plus pauvres, les plus obscurs, les plus humilians; et s'il remporte des victoires, c'est par l'attrait de ces mêmes états où il s'est abaissé et où il a voulu se réduire. Une âme touchée de le voir marcher devant elle comme son chef, et de lui voir prendre la route la plus épineuse et la plus étroite, se sent exitée à le suivre ; elle se livre à lui tout entière, et s'abandonne sans réserve à sa conduite : par quelque voie qu'il lui plaise de l'appeler, elle y entre généreusement, elle s'y attache- inviolablement, elle y persévère et elle y avance constamment : ses exemples sont des ordres pour elle, et elle auroit honte qu'il y eût une difficulté qui l'arrêtât, lorsque son divin Maître les veut éprouver toutes, et qu'il lui apprend à les surmonter. Allons, dit-elle, comme saint Thomas, et mourons avec lui. L'esclave n'est point au-dessus de son souverain Seigneur (1), ni la créature au-dessus de son Dieu. C'est donc lui qui la mène, lui qui lui donne, à chaque pas qu'elle fait, l'impression et le mouvement, lui qui la détermine, qui l'encourage, et qui la soutient : c'est une soumission sans réserve, et la dépendance est parfaite.
Voilà à quoi notre Sauveur nous invite, quand il nous dit : Prenez sur vous mon joug et portez-le (2). 11 adresse cette invitation à tous les chrétiens en général, mais en particulier aux religieux. Car elle regarde diversement les uns et les autres. S'il exige des chrétiens
(1) Joan. 11. Matth. 10.— (2) Matth. 10.
qu'ils se chargent de son joug, ce n'est, dans la rigueur de la lettre, que par rapport aux préceptes de sa loi ; mais ce qu'il exige des religieux va jusques aux conseils et la plus sublime perfection. Du reste, il veut que ce soit nous-mêmes qui nous soumettions à ce joug du Seigneur ; et en nous donnant la grâce de la vocation religieuse, il ne nous a pas dit : recevez mon joug que je vous impose, mais, prenez-le, et mettez-le vousmêmes sur vous. Il ne lui seroit point assez glorieux de nous entraîner par violence après lui : il demande à régner par amour, et non par force ni par contrainte. Est-ce ainsi qu'il règne sur moi et dans moi ! Veux-je en effet ne me conduire désormais que par lui et que selon lui? Le veux-je, dis-je, en effet? car jusques à présent je ne l'ai voulu qu'en apparence. Depuis tant d'années, ce qui m'a conduit, ce sont les désirs de mon cœur, auxquels je n'ai jamais eu le courage de résister, et que j'ai au contraire toujours cherché à satisfaire ; ce sont mes inclinations naturelles, que je n'ai jamais pu me résoudre à combattre, et au gré desquelles j'ai toujours vécu, ce sont mes sens, que j'ai flattés et que j'ai écoutés, sans jamais les contredire ni les mortifier dans les moindres choses ; c'est le monde, dont je n'ai point quitté l'esprit en quittant ses biens, et dont peut-être j'ai conservé, sous un saint habit, les sentimens les plus profanes, pour ne pas dire les plus criminels ; ce sont mes vues particulières, soit de vaine gloire et d'ambition, soit d'intérêt propre et de recherche de moi-même. Car tout cela n'est que trop ordinaire jusque dans la religion ; et quoique les objets y soient différens, ce sont néanmoins les mêmes passions. Voilà l'esclavage où j'ai passé une grande partie de ma vie : voilà les martres à qui j'ai obéi ; et
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dois-je être surpris que, sous de tels maîtres ; je sois tombé en de si déplorables égaremens ?
Or n'est-il pas temps de faire place à Jésus-Christ, et de l'établir dans mon âme, comme dans son royaume, pour la posséder, et pour y dominer? Est-il un meilleur maître ? en est-il un plus sage et plus éclairé ? 11 est la sagesse même de Dieu, et il a les paroles de la vie éternelle (1). Que me demande-t-il que de saint, que de raisonnable, que de conforme à la plus droite justice et à l'équité, que d'utile et de salutaire pour , moi ? Mais surtout, que me demande-t-il qu'il n'ait pratiqué, avant moi ? Ne seroit-ce pas une indignité, que la condition me parût trop dure, d'aller après mon Sauveur, de me joindre à lui, d'agir avec lui et sous lui, d'aimer ce qu'il a aimé, et de faire ce qu'il a fait?
SECOND POINT
Il m'est d'autant moins permis de me soustraire à ce règne de Jésus-Christ dans moi, qu'il est plus solidement établi et mieux fondé. Le seul christianisme nous soumet tous au joug de cette homme-Dieu, notre législateur et notre maître. Être chrétien, ou plutôt se dire chrétien, et ne vouloir 'pas se laisser conduire par Jésus-Christ, ne vouloir pas entrer dans la voie qu'il nous a tracée, ni recevoir de lui l'ordre qui doit diriger toutes nos actions et régler toutes nos démarches, c'est une contradiction.
. Pourquoi, dans notre baptême, avons-nous renoncé au démon, à la chair, au monde et à ses pompes ? N'a-ce pas été pour faire entendre que nous ne voulions point nous assujettir à leur empire, ni nous asservi) 1 Cor. 1 Joan. 6.
vir sous une si honteuse domination ? Pourquoi avonsnous été en même temps marqués du sceau et du caractère de Jésus-Christ ? N'a-ce pas été pour nous revêtir de ses livrées, et pour reconnoître à la face des autels, par une profession solennelle, que nous lui appartenions, et que nous lui étions spécialement dévoués ? Qu'est-ce que son Evangile ? n'est-ce pas sa loi ? et pourquoi l'avons-nous embrassée, cette loi, si ce n'est pour dépendre du souverain Seigneur qui nous l'a imposée ? Enfin, c'est la foi même qui nous enseigne que nous sommes les membres de Jésus-Christ, et qu'il est notre chef ; que nous sommes son troupeau, et qu'il est notre pasteur ; que nous sommes son Eglise et qu'il est notre pontife ; que nous sommes son peuple, sa conquête, le prix de son sang, et que, nous ayant achetés de son sang, il s'est acquis un droit incontestable sur nous. Quand donc je n'aurois égard qu'à ces raisons communes et générales, je ne puis jamais, sans injustice, me départir de l'attachement inviolable et de l'entière obéissance que je dois à ce divin Sauveur. C'est a lui de parler, et à moi de l'écouter. Or il parle en effet, il ordonne ; l'Evangile qu'il nous a prêché subsiste toujours, et c'est sa parole, ce sont ses commandemens et ses ordonnances. Refuser de m'y conformer, ne seroit-ce pas une révolte, ne seroit-ce pas en quelque sorte renoncer à mon baptême, ne serois-ce pas tomber dans une espèce d'apostasie ? Ce seroit plus encore par rapport à moi, puisque j'ai un engagement particulier qui me lie à Jésus-Christ, et qui lui donne un nouveau droit sur toute ma personne : c'est la qualité de religieux. Qu'ai-je fait en me consacrant à la religion ? Je me suis hautement et singulièrement déclaré- disciple de Jésus-Christ, son