SUR L'EXERCICE DE LA PRESENCE DE DIEU
puisse plus m'inspirer cotte ferveur dans mes actions, plus m'animer, et corriger eu moi le désordre d'une vie négligente et lâche, que la vue et la présence de Dieu? Dieu m'examine, et je l'ai continuellement pour spectateur. Avec cela puis-je être tiède et languissant dans son service, et en ce que je fais pour lui ? Ajoutez que cette présence de Dieu est une source de consolations pour les âmes justes, et un soutien dans les efforts et les violences que leur coûte le soin de leur perfection. Qu'y a-t-il de plus doux que cette pensée : Dieu est avec moi ; tout Dieu qu'il est, il s'applique à moi, et est occupé de moi ? Cette pensée seule n'est-elle pas plus que suffisante pour adoucir toutes les peines qui peuvent se présenter, et pour affermir dans tous les combats qu'il y a à livrer ? Tel est le fruit de la présence de Dieu. Que les justes, du l'Ecriture, soient remplis d'une sainte joie; et comment ne le seroient-ils pas, puisqu'ils envisagent toujours Dieu, et qu'ils sont toujours eux-mêmes sous les yeux de Dieu ?
TROISIÈME POINT
Quant à la pratique, l'exercice de la présence de Dieu demande deux choses : l'une est d'éviter soigneusement tout ce qui peut être un obstacle à la présence de Dieu, et l'autre de s'assujettir avec fidélité à tout ce qu'on sait être un moyen pour l'acquérir, et pour la conserver.
En éviter les obstacles. Ce sont, par exemple, les vains amusemens du siècle, certains divertissemens où le cœur se répand trop au dehors, certaines joies déréglées qui dissipent l'esprit, certaines sociétés qui nous détournent de nos devoirs ; certaines liaisons
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d'amitié, qui nous attachait aux créatures, jusqu'à en être tout occupés ; l'excès des désirs, qui nous agitent et qui nous partagent ;, la véhémence des passions, qui nous altèrent et qui nous troublent ; les conversations inutiles, qui nous remplissent l'imagination de bagatelles ; les soins superflus, qui nous embarrassent ; les occupations trop grandes et trop fréquentes, qui nous accablent ; mille affaires où nous nous engageons ; mille sujets de distractions que nous nous attirons. Il faut retrancher tout cela, parce que tout cela est incompatible avec la présence de Dieu. Et il est bien raisonnable, ô mon Dieu ! que j'en use ainsi : car puisque votre divine présence est pour moi un trésor si précieux, il n'y a rien que je ne doive quitter pour le posséder, et je ne l'achèterai jamais trop cher. Heureux, si par là je parviens à l'obtenir ; et si, renonçant à tout le reste, je me trouve uni à vous par cette bienheureuse présence, qui dès cette vie est une félicité anticipée.
S'assujettir aux moyens d'acquérir et de conserver la présence de Dieu : tels que sont la prière : demandant tous les jours à Dieu ce riche don, et lui disant avec le Prophète royal, Seigneur, dirigez ma voie devant vos yeux(i) : et faites que je ne m'éloigne jamais de votre présence. Le silence et la retraite : a}rant chaque jour des heures réglées pour vaquer à Dieu, et pour se séparer du bruit et du tumulte du monde. L'ordre dans ses actions : n'en faisant aucune que par esprit d'obéissance à Dieu ; accomplissant en toutes la volonté et le bon plaisir de Dieu ; cherchant Dieu jusque dans les plus indifférentes, et ?e le proposant pour fin ; ne considérant les créatures que comme
(1) Ps. 5.
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elles doivent être considérées, c'est-à-dire, que comme les images de Dieu, que comme des miroirs qui nous représentent les perfections de Dieu ; le Ciel, comme le palais de sa gloire ; la terre, comme l'escabeau de ses pieds ; les hommes, comme les ministres de sa providence ; les prospérités, comme les effets de sa libéralité ; les adversités, comme les châtimens de sa justice. Voilà le secret de ne perdre jamais la présence de Dieu. Voilà par où saint Ignace ae Loyala s'élevoit sans cesse à Dieu. Il ne lui falloit que la vue d'une fleur, pour le ravir hors de lui-même, et pour lui donner la plus haute idée du souverain Auteur de la nature. Puissions-nous de cette sorte, selon la maxime de l'Apôtre, trouver Dieu partout et en tout.