‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 4 sur 92 · Rom., cap. vin · texte numérisé non relu

Rom., cap. vin

l'esprit chrétien.

silence ; d'autant que pas une seule ne s'applique bien exactement à ce que j'appelle l'esprit chrétien. On ne peut pas dire, en effet : l'esprit chrétien, absolument comme on dit : l'esprit de corps, l'esprit de parti, l'esprit national, l'esprit monarchique, l'esprit républicain, parce qu'il suppose plus que des opinions et des sentiments communs à un certain nombre de personnes. L'esprit chrétien est un ensemble de principes certains, supérieurs à la raison, correspondant à une habitude ajoutée par la grâce de Dieu à nos facultés naturelles, éclairés d'une lumière mystérieuse qui nous aide à les pénétrer et à les appliquer,fermement établis dans l'àme humaine par une adhésion impérieuse de la volonté, sûre de n'être pas trompée \ servant de règle souveraine et infaillible à nos pensées, à nos jugements, à nos désirs, à nos affections, à nos délibérations, à nos résolutions, à nos actions. Pour tout dire, en un mot, c'est la foi que nous avons demandée au baptême ; la foi consciente, réfléchie, consolidée, agissante, maîtresse; la foi

1. Actus fidei est credere, qui est actus intellectus deter minati ad unum ex imperio voluntatis. (Summ. Theol., II* II»quasst. 5, a. 1.)

conformant toutes nos vues aux vues mêmes du Christ de qui nous avons reçu notre nom de chrétiens. Laissez-moi m'expliquer.

Lorsqu'un enfant est présenté au baptême, l'Eglise lui adresse cette question : — Que demandez-vous? Par la bouche de ses représentants, il répond: — La foi. — Sans doute, il ne peut entendre ni comprendre les formules sacrées où se concentrent les vérités divines qu'il faut croire ; mais la force vive du sacrement les grave dans son âme endormie, sous la forme d'une habitude toute prête à les saisir au moment du réveil. Sur cette habitude. TEsprit-Saint projette la lumière de ses dons, comme le soleil ses rayons sur les yeux clo? d'un homme qui sommeille. L'esprit chrétien est commencé. Ce n'est encore qu'une puissance. Bientôt cette puissance va se mettre à l'œuvre.

La raison se dégage petit à petit des ombres et du silence qui l'enveloppent. Elle commence à distinguer les apparitions et à entendre les bruits du dehors. Elle regarde, elle écoute. Elle voit se détacher de la foule mélangée qui l'entoure des êtres bienveillants qui sollicitent son attention et dont la voix caressante lui dit : Instruis-toi.

S'instruire, c'est son besoin. Elle s'ouvre, avide el joyeuse, pourboire la vérité, son aliment, comme s'ouvraient tout à l'heure les lèvres du corps pour saisir Je sein maternel d'où découlait le premier aliment de la vie physique. Parmi les vérités dont elle s'abreuve, il en est de si hautes qu'elle n'a pas de peine aies distinguer de toutes les autres, de si mystérieuses et de si profondes qu'elle ne peut les comprendre. Et, pourtant, elle n'en est point étonnée. Le baptême l'a disposée à les recevoir, comme la nature à recevoir les vérités qui s'adaptent à sa force compréhensive.

Vous avez pu constater, Messieurs, la facilité avec laquelle les vérités chrétiennes entrent dans l'âme d'un enfant et l'adhésion ingénue qui les y affermit. C'est le fruit de l'habitude surnaturelle et de la divine lumière qui commencent en nous l'esprit chrétien. Lorsque l'enfant a saisi les principes de la foi que lui propose la plus haute et la plus respectable des autorités ; lorsque sa volonté, déterminée par le tout-puissant motif de la parole divine, commande à son intelligence d'adhérer à ces principes; lorsqu'il a bien compris que ces principes sont une règle suprême à

10 l'esprit ciïrétien.

laquelle tout doit obéir, l'esprit chrétien est formé. Il pourra s'affermir et se développer par l'étude et la connaissance de tous les motifs rationnels qui corroborent le souverain motif d'autorité auquel l'intelligence s'est soumise tout d'abord^ par les actes d'humilité et de prudente réserve de l'âme luttant contre l'orgueil et la curiosité maladive qui tourmentent notre raison, par des applications pratiques souvent réitérées, et surtout par une effusion plus abondante de la grâce et de l'Esprit-Saint, mais déjà, dans les toutes jeunes âmes où la foi est consciente, réfléchie, consolidée, agissante, maîtresse, l'esprit chrétien est ce qu'il doit être : la lumière qui fait dire à l'Apôtre : « Vous êtes lumière dans le Seigneur : Vos estis lux in Domino. »

Oui, Messieurs, nous sommes lumière. Ces principes de la foi, émanés de Dieu même, ajustés à l'habitude surnaturelle que nous donne le baptême, éclairés par l'Esprit-Saint, fixés par une acceptation divinement motivée, régulateurs souverains et infaillibles de nos pensées, de nos jugements, de nos désirs, de nos affections, ùe nos délibérations, de nos résolutions, de nos actions, c'est le jour de Dieu luisant sur nolro

l'esprit chrétien. 11

vie. jour plein et immuable, suppléant à ce qui manque dans ce jour incertain et changeant que saint Paul appelle le jour de l'homme, a Que m'importe, dit-il. d'être jugé par vous ou par le jour de l'homme. Je fais peu de cas de ce jugement : j'en appelle au jugement de Dieu : Miki autempro minimo est ut a xobisjudicer aut ab kumano die... qui jicdicat me Dominas est ! . » Saint Paul a raison; le jour de l'homme peut nous tromper; le jour de Dieu ne trompe jamais. Le jour de l'homme, c'est l'esprit humain avec ses obscurités, ses incertitudes, ses faiblesses; le jour de Dieu, c'est l'esprit chrétien recevant la lumière de sa source éternelle et la projetant sur toutes choses. Et comme c'est par le Christ que Dieu nous donne les principes de la foi, la vertu qui les saisit, la grâce qui les éclaire, nous pouvons appeler l'esprit chrétien — l'œil du Christ ouvert sur toutes choses, une participation à sa manière de voir, de juger et de diriger toutes choses.

Vous me comprendrez mieux, Messieurs, si vous voulez bien méditer avec moi la fin du texte

Page 1