‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 5 sur 92 · I Cor., cap. iv · texte numérisé non relu

I Cor., cap. iv

12 l'esprit chrétien.

apostolique : « Ut filii lucis ambulate : Marchez comme des enfants de lumière, » et étudier les diverses applications de l'esprit chrétien.

Il y a en nous le jour de Dieu et le jour de l'homme. Pouvons-nous séparer ces deux lumières ; c'est-à-dire appliquer à telles et telles choses l'esprit chrétien, à telles et telles autres l'esprit humain ? Non, Messieurs : cette dualité troublerait fatalement nos jugements et introduirait dans notre vie pratique les plus étranges confusions. Il ne doit y avoir dans l'âme chrétienne qu'un seul jour, le jour de Dieu. Non pas que l'esprit chrétien puisse supprimer l'esprit humain ; mais, abreuvé d'une lumière supérieure, il le complète, le rectifie, ]e dirige, et produit ainsi le jour unique à la lueur duquel nous devons marcher. Ce n'est pas encore le plein jour de l'éternité où il n'y aura plus d'ombres ; mais c'est, dans notre existence de passage et d'épreuve, la plus grande lumière dont nous puissions jouir. L'apôlre saint Pierre l'appelle admi-

LESPIUT CHRETIEN. ] ',}

rable : admirabile lumen * ; et, de fait, je ne connais rien de plus admirable que cet esprit chrétien qui nous fait pénétrer le fond de toutes choses?prendre la mesure exacte de toutes choses et ordonner toutes choses à leur véritable fin. Soit légèreté, soit impuissance, l'esprit humain ne voit guère que des superficies ; l'esprit chrétien va droit à cette profondeur sacrée de toutes choses qui est Dieu. Les premiers principes de la foi lui révèlent l'être unique en qui tout être prend sa source, et, dans ce jour que Dieu luimême a fait, il découvre tout un monde d'opérations sacro-saintes et de perfections que n'éclaire pas le jour de l'homme. Quel martyre l'esprit humain n'a-t-il point fait subir à l'idée adorable de Dieu et de quelles mutilations ne s'est il pas rendu coupable! Dans ses plus beaux jours de lumière, il n'a pu voir qu'un être inaccessible, dont la froide majesté plane trop loin de notre infirmité pour que nous puissions avoir, avec elle, des rapports familiers. L'esprit chrétien, obéissant aux appels de Dieu, s'approche de lui.

1 . Vos autem genus electum.. ut virtutes annuntietis ejus, qui de tenebris vos vocavit in admirabile luraen suum. (IPet., cap. n,9.

14 l'esprit chrétien.

Il ne voit pas encore les splendeurs de son essence, mais cette révélation lui est promise. En attendant, il apprend le secret de sa vie intime, et voit se déployer devant lui le spectacle de ses admirables perfections. L'esprit humain les cherche laborieusement; l'esprit chrétien les contemple pieusement. Illes contemple, non seulement dans les sphères réservées de la métaphysique divine où ne pénètrent que les grandes intelligences, mais dans le miroir vivant que Dieu a placé sous les yeux mêmes de notre chair : le Verbe incarné, le Christ immolé; scandale de la raison, parce qu'il est abaissé ; lumière de la foi parce qu'il est la révélation sensible de la Trinité sainte, l'expression sublime de la sagesse, de la puissance, de la bonté, de la miséricorde, de la justice, de toutes les perfections de Dieu mises à la portée des âmes les plus simples.

Ce Dieu qui est tout, ce Christ qui est tout, l'esprit chrétien les voit en toutes choses : « Deus omnia in omnibus i; omnia in omnibus Christus 3. »

Ce sont les qualités et, plus souvent encore, les imperfections des créatures oii frappent l'esprit

Page 1