Prov., cap. vin. SI
rendre cette visite. Si la foule ne peut pénétrer jusqu'aux lieux plus intimes où il reçoit les notables, elle s'entasse sous les porîiques, dans les cours et dans les rues, impatiente et joyeuse, répondant par de bruyantes acclamations an salut lointain que lui envoie l'auguste visiteur. Ainsi fait le Roi bien-aimé de nos âmes. C'est dans la maison commune,dans le palais de tout le monde, qu'on appelle l'église, qu'il visite sa chère humanité. Plus puissant et plus généreux que les monarques de la terre, il prolonge sans fin Pacte gracieux qui le met à la disposition de tous les chrétiens.
N'est-il pas évident, Messieurs, que le devoir nous appelle auprès de lui? L'Église, de temps en temps, nous impose d'autorité l'accomplissement de ce devoir. J'aime à croire que vous répondez fidèlement à ses convocations officielles des dimanches et des fêtes. A langueur, cela suffit pour que vous ne soyez pas accusés d'ingratitude et d'injustice; mais je ne crains pas d'affirmer que vous seriez indélicats, pour ne pas dire mal élevés, si vous vous contentiez d'obtempérer aux ordres de l'Eglise, et de ne faire que des visites obligées au divin Roi qui vient habiter
parmi vous. Ce n'est point l'intérêt égoïste de sa gloire, mais l'amour, qui l'amène en nos tabernacles; c'est l'amour qui doit vous amener près de lui. Or, l'amour a ses lois, auxquelles les cœurs bien nés se font un devoir d'obéir, et la loi d'amour me paraît exiger ici que vous veniez, aussi souvent qu'il vous est possible, rendre vos hommages à Jésus-Christ dans l'Eucharistie, puisque c'est par amour qu'il y est fixé. Venez donc, adorez et prosternez vous devant votre Dieu : « Venite adoremus et procidamus anie Deum. » Quand vous passeriez votre vie tout en tière devant son tabernacle, il vous serait impossible d'égaler vos hommages à l'acte d'amoureuse condescendance qui rapproche de vous une si haute majesté.
Mais, dans cette majesté, je vois un maître libéral, un ami généreux, qui ne nous invite à venir près de lui que pour nous faire du bien. Sa merveilleuse bonté fait du devoir un besoin. Considérons la .visite au Saint Sacrement à ce second po:nt de vue, Messieurs, peut-être en comprendrons-nous mieux l'importance.
Dans la vie sociale, rechange de nos visites n'a point pour but unique de satisfaire aux convenances et aux lois du savoir-vivre, il favorise, pour notre agrément et notre utilité, l'échange des bons offices. Bien que nous ne gagnions pas toujours à nous fréquenter les uns les autres et que l'auteur de Y Imitation ait pu dire : « Chaque fois que j'ai été parmi les hommes, j'en suis revenu moins homme, » il est certain cependant que nous ne sommes point obligés de contrarier à outrance notre penchant à nous visiter. Si nous sommes sages, nous profiterons de nos relations naturelles pour nous éclairer sur les besoins de notre vie spirituelle.
Outre les visites de pure convenance et de savoir vivre, dont je viens de parler tout à l'heure, les visites que nous faisons dans le monde sont de trois sortes : visites de curiosité, visites d'affaires, visites d'amitié.
Et d'abord: visites de curiosité. Il ne s'agit point ici, vous le comprenez bien, de cette avidité malsaine ou puérile qui court à la recherche des
nouvelles scandaleuses ou des frivolités mondaines. Laissons cela aux femmes inoccupées qui cultivent l'art de tuer le temps. Mais on peut avoir le légitime désir de goûter les charmes dune conversation spirituelle et brillante, mieux encore, de s'instruire auprès d'une âme cultivée qui sait ouvrir le trésor de ses connaissances et fixer l'attention sur les choses sérieuses. Toutefois, ces choses sérieuses, si elles ne sortent pas des sphères explorées par la science humaine, ne sont que d'un médiocre intérêt pour une âme chrétienne, en comparaison des vérités sublimes que Dieu peut lui apprendre. Le Psalmiste disait bien : « Fils de l'homme, pourquoi votre cœur appesanti aime-t-il la vanité, et cherche-t-il le mensonge? Filii hominum, usquoque gravi corde ; ut quid diligitis canitatem, etquœritis mendacium'. C'est vers le Saint de Dieu qu'il faut tourner vos regards, car le Seigneur l'a rempli de merveilles : Scitote quoniam mirificavit Dominas sanctum suum *. » Or, Messieurs, le Saint de Dieu c'est son Fils, plus merveilleux dans le Sacrement de son amour que partout où votre foi la cherche et