TROISIÈME INSTRUCTION
Messieurs,
L'Eucharistie étant le pain de l'âme chrétienne, il y a pour elle nécessité de manger ce pain, si elle veut bénéficier des promesses de vie et de résurrection faites par le Sauveur. Allanguie, exténuée, morte à la grâce, par suite du jeûne criminel qui la priverait de sa divine nourrihire, elle ■ serait infailliblement condamnée à l'éternelle faim qui torture les réprouvés. Nous devons donc bénir L'Église de nous avoir mis, en" usant de son autorité souveraine, dans l'heureuse nécessité de rentrer, chaque année, en
nous-mêmes, do nous purifier de nos fautes, et. de faire provision des forces spirituelles dont ia vie chrétienne ne peut se passer. Combien de malheureux oublieraient de manger leur pain et finiraient par croupir dans une irrémédiable corruption, si l'Eglise, par une loi expresse, ne les mettait en demeure d'accomplir leur devoir.
Mais il en est de Tàme comme du corps. Do trop rares réfections ne peuvent la rendre aussi forte ni aussi vaillante qu'il est besoin; surtout lorsqu'elle est exposée à de fréquentes et copieuses déperditions de ses forces surnatu relies. C'est pourquoi, Messieurs, je vous ai engagés à ne pas vous en tenir à la lettre de la loi, mais à entrer dans son esprit, en multipliant vos communions autant que cela est nécessaire pour prévenir des rechutes, réparer promptement les défaillances de votre vie spirituelle, et vous munir de la divine surabondance de grâce que Jésus-Christ vous a promise, si vous avez le noble désir du progrès et de la perfection.
Dans l'ordre do la grâce, comme dans l'ordre de la nature, il faut manger pour vivre. Ce n'est pas nous qui avons inventé cette analogie, c'est Dieu moine qui l'a créée. Poursuivons-en Fétade,
et disons : Pour bien vivre, il faut bien manger; c'est-à-dire : la réfection spirituelle, comme la réfection corporelle, est soumise à des conditions de vie et d'activité vitale qui en font un acte salutaire et nous en assurent le plus grand bénéfice. Je vais m'expliquer sur ces conditions, et vous dire, aujourd'hui, dans quel état vous devez être et quelles dispositions vous devez avoir avant la communion.
Vous rapprocheriez en vain les mets les plus substantiels d'un corps inerte, vous en rempliriez en vain la bouche d'un cadavre; la nourriture ne peut produire la vie là où elle n'existe pas. ni la faire renaître là où elle a cessé d'exister. Elle doit être prise, élaborée, assimilée par un organisme vivant, dit saint Thomas : « Nutrimentum susciter e non est nisi viventis. »
A cette loi, l'âme est soumise, aussi bien que le corps. Sa première préparation à la commu-