Summ. Thcol., III P., quœst. 79, a
ni on est donc de vivre surnaturellement, c'est-àdire de posséder la grâce de Dieu qui doit s'accroître en elle par l'assimilation de l'aliment eucharistique. Si elle l'a perdue, il faut qu'elle la recouvre, non plus par l'acte générateur qui la lui a donnée une première fois, mais par l'acte réparateur et vivificateur auquel Jésus-Christ a attaché la vertu rédemptrice de son sang : la Pénitence. Demeurer dans le péché, c'est la mort, par conséquent, l'impuissance radicale de saisir et d'élaborer spirituellement la chair sacrée du Sauveur et de s'en approprier la divine vertu. La communion n'est plus que le passage inutile d'une vie opulente et féconde à travers un être sans fonctions et sans mouvement, dont elle ne peut réveiller la sinistre insensibilité.
Encore, si la communion n'était qu'inutile! Ce serait un malheur; mais ce malheur ne va pas sans un crime odieux, le sacrilège. On a dit de la communion indigne que c'était le plus horrible des forfaits que l'homme pût commettre. N'exagérons pas, Messieurs. L'exagération peut induire notre conscience en erreur sur la gravité de certaines fautes, et renverser l'ordre de la juste aversion que nous devons avoir pour le péché. Il
est plus criminel de s'attaquer directement à la divinité que de s'attaquera l'humanité de Jésus- Christ, plus criminel de s'attaquer au corps naturel du Sauveur que de s'attaquer à son corps sacramentel. Par conséquent, l'incrédulité positive, l'apostasie, le blasphème, les mauvais traitements et la mort que les bourreaux du Christ ont fait subir à sa chair adorable, doivent occuper la première place dans la longue et lugubre liste des prévarications humaines. Il n'en reste pas moins vrai que, de tous les crimes qui ont pour effet de profaner les choses sacrées, destinées à sanctifier nos aines, la communion indigne est le plus odieux'.
1. Qaia divinitas Christi est major humanitate ipsius, et ipsa humanitas est potior quam sacramenta humanitatis ; inde est quod gravissima peccata sunt quae committuntur in ipsam divinitatem, sicut est peccatum infidelitatis, et blasphemise. Secundario autem sunt gravia peccata quœ committuntur in humanitatem Christi : unde dicitur : Qui dixerii verbum contra Filium hominis, remittetur ci: qui autem dixerii verbum contra Spiritum Sanctum, non remittetur ci neque in hÔc sœcido, neque in futur o. Tertio autem loco sunt peccata qu?e committuntur contra sacramenta, quœ pertinent ad humanitatem Christi ; et post haec sunt alia peccata contra puras créatures.
Peccatum indigne sumentium hoc sacramentum corni>;iraiur peccato occidentium Chiistum, secundum similitu-
Le sacrilège outrage l'humanité du Christ, et son outrage retentit sur tout ce qu'il va de grand et de saiut ; il outrage avec une monstrueuse ingratitude: il outrage avec une insigne lâcheté ; il outrage sans excuse; il outrage, peut-être, sans rémission.
L'humanité du Christ, ce temple vivant, cet instrument sacré, personnellement uni à la divinité, si beau, si pur, et aujourd'hui si glorieux, le sacrilège lui fait subir le contact violent de son Ame corrompue par le péché. Vous avez, sans doute, lu dans l'histoire le récit des supplices infligés jadis, par les caprices de certains tyrans, à des malheureux qu'on liait, tout vivants, à des cadavres en putréfaction. Quelque chose de semblable se passe dans l'âme des misérables qui communient indignement. Sile Christ n'était impassible, il souffrirait cruellement d'être condamné aux
dinem, quia utrumque committitur contra corpus Cbristi ; non tanien secundum criminis quantitatem. Peccatum enlra occidentmm Christum fuit niulto gravius ; primo quidem quia illud pL-ccatuni fuit contra corpus Christi in specie propiïa ; hoc autem peccatum est contra corpus Christi in specie sacramenti : secundo quia illud peccatum processit ex intentione nocendi Christo. non autem hoc peccatum. [Summ. Theol.. III P.. quwst. 80, a. 5, c. et ad. i.)
AVANT LA coMMirxiox. 2JS
étreintes et aux baisers infects dun mort; mais combien plus de la fête abominable donnée aux démons par cet iofàme hyménée.Ils ont établi leur demeure dans l'âme du pécheur, depuis qu'il a cédé à leurs suggestions, ils y régnent en maîtres. Chaque faute est pour eux une réjouissance, mais leur réjouissance suprême est qu'on leur livre le corps de Celui qui, en mourant, a écrasé leur superbe et détruit leur empire. S'ils ne peuvent lui nuire, comme aux jours de la passion, ils se félicitent entre eux de voir cette source do vie devenir un vase de mort pour le misérable qu'ils ont séduit et perverti. Quel outrage !
Et pour le Verbe divin qui voit son humanité sainte sans puissance et sans vertu, dans cette ténébreuse orgie, quel outrage!
Et pour Je Père adorable qui nous a donné avec tant d'amour son propre Fils pour qu'il fit de nous les enfants de son éternelle délection, le voir devenir, en personne la cause d'une éternelle réprobation, quel outrage!
Et pour l'Esprit-Saint qui a préparé et orné avec tant de soin et de complaisance le sanctuaire virginal où la chair sacrée du Sauveur devait prendre vie, la voir gisante dans un temple
d'idoles, dans un lieu immonde, quel outrage!
Et pour la Vierge immaculée qui l'a portée avec tant d'honneur et de respect dans son chasle sein, la voir si indignement méprisée, si honteusement profanée, quel outrage!
Et pour l'Église du ciel, voir jeter aux chiens le pain vivant et éternel qui fait ses délices, quel outrage !
Et pour l'Église de la terre, croire qu'elle vivifie et sanctilie un des membres qui lui sont unis parla grâce, être trompée dans son amoureuse confiance et livrer elle-même aux profanateurs Celui qu'elle adore, quel outrage!
Oui, en communiant indignement, le sacrilège outrage, dans l'humanité du Christ, tout ce qu'il y a de grand et de saint; il outrage avec une monstrueuse ingratitude. Non seulement il oublie, comme tous les pécheurs qui vont à l'endurcissement, les nombreux et inestimables bienfaits de Celui dont il profane le sacrement : les humiliations et la mort qu'un Dieu a endurées pour son salut, sa vocation à la foi, la régénération de son âme par le baptême, la patience avec laquelle ses fautes ont été supportées, les occasions propices et les moyens faciles qui lui furent offerts
pour s'en purifier, mais il semble multiplier, à plaisir, la forfaiture, comme pour se montrer plus ingrat. C'est à l'heure même où la majesté suprême' fait preuve à son égard d'une plus grande condescendance qu'il viole les saintes lois de l'hospitalité ; c'est dans l'acte même où Dieu lui témoigne le plus grand amour qu'il devient plus criminel; c'est ce qui devrait le sanctifier-davantage qu'il fait concourir à son jugement et à sa condamnation.
Ingrat, il outrage avec une insigne lâcheté. Les bandits qui pillent les églises et violent les tabernacles ont parfois des délicatesses : ils respectent les hosties, et n'emportent que les vases sacrés qui témoignent contre eux. Lui s'en prend à l'hostie même, et il sait que l'hostie ne dira rien. L'amoureuse impuissance de son Dieu l'enhardit ; ennemi, il vient en ami; mêlé à la foule des fidèles et couvert du masque de la piété, comme Judas, il trahit par un baiser. Personne ne connaît son indignité; il exploite cette ignorance, sachant bien du reste que le prêtre qui serait au courant du secret de sa conscience n'oserait pas, ne pourrait pas lui refuser ce qu'il demande. Il abuse donc delà confiance et de la
2io AVANT LA CO?DI UNION.
discrétion de l'Église pour lui voler son plus cher trésor, et il s'en va, sur de l'impunité du côté des hommes.
Qui le pousse à cette lâche trahison? L'orgueilleux est attiré par le faux éclat des honneurs et pressé par le besoin d'être grand; l'avare cède à la fascination des richesses ; le mondain subit l'ensorcellement des bagatelles qui trompent sa légèreté; le vindicatif est tourmenté par le souvenir des offenses vraies ou imaginaires qui ont allumé sa haine; l'intempérant obéit aux besoins factices qu'a créés en lui l'habitude de se satisfaire plus que de raison; le voluptueux ne peut résister aux tendresses de son cœur ni à la chaleur de son sang; tous s'excusent sur la fatalité des circonstances, la violence des tentations, l'entraînement, l'ardeur, l'impétuosité des passions. Le sacrilège est sans excuse. Si la loi de l'Église lui fait un devoir de communier, il doit savoir qu'on ne satisfait pas à cette loi par un acte pervers, et que l'obéissance, en l'état où il est, devient plus criminelle que l'abstention. En s'abstenant, le pécheur est coupable, sans doute: mais, au moins, il peut s'excuser sur son indignité, et il se peut que
-wavt ta coawuNnx. 21!)
l'horreur qu'il éprouve en présence de la profanation des choses saintes devienne Je salutaire principe de son repentir et de sa conversion. En communiant indignement, il franchit la limite fatale au-delà de laquelle l'outrage, sans excuse, sera peut-être sans rémission.
L'Ecriture, Messieurs, nous dit à ce sujet des choses terribles. Vous y avez lu, je n'en doute pas, l'histoire du premier profanateur de l'Eucharistie. A peine il a commis son crime que Satin s'empare de son âme : « Introivil in eum Salarias * ; » et, bientôt, incapable de convertir son remords en pénitence, d'une main scélérate il ouvre lui même à sa vie maudite les portes de la mort éternelle. « Le sacrilège, dit saint Paul, mange et boit son propre jugement : Judicium dli mandiœal et Mbit 2. » Inutile de le déférer au tribunal des hommes, le juge de toutes les justices siège, en personne, dans son âme indigne, et la sentence qu'il y prononce se mesure sur l'amour immense qu'il lui a témoigné, en se livrant à lui sans réserve. Non seulement le sacrilège refuse toutes les bénédictions, il en profane