II Cor., cap. ix
louange de la majesté divine. « Le silence se fit dans les cieux, dit le Voyant de l'Apocalypse, quand l'agneau ouvrit le septième sceau du livre mystérieux où sont écrites les destinées humaines1. » Taisons-nous donc; l'agneau est dans nos âmes, il va ouvrir tout à l'heure la source de ses grâces. Effaçons-nous, et adorons celui devant qui toutes les grandeurs du ciel et delà terre sont indrgnes de paraître. Disons-lui, par notre anéantissement, qu'il est seul grand, seul maître, seul digne de tout honneur et de toute gloire. Admirons sa puissance et sa bonté, dont il nous donne de si hautes preuves et de si touchants témoignages. Laissons-nous saisir, pénétrer et fondre par le feu de son amour; et, en6n, tourmentés par cette lave divine, ouvrons la bouche et chantons notre reconnaissance :
« Magnificat anima mea Dominum : Mon àme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille et se réjouit en Dieu, son salut2.» C'est lui, c'est bien lui que j'e possède; il est à moi et je suis à lui. j'étais moins qu'un serviteur dans sa maison; misérable esclave du péché, je la déshonorais par
\. Apoc, cap. vin, 1.
'À. Cf. Luc, cap. I, 46-55.
ma présence, mais il a eu pitié de mon indignité. « Respexit humilitatem ; » d'un regard il m'a relevé du coupable abaissement où je m'étais plongé, pour m'attirer à sa table sainte. Tout à l'heure je méritais des peines éternelles, et maintenant rien n'égale mon bonheur, a Fecit mi/à magna qui pot en s est: Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses. » Purifié par sa grâce, me voilà sanctifié par sa présence. Je suis son temple, son sanctuaire, son tabernacle vivant. Il avait écrit son saint nom dans mon âme par le baptême ; en ce moment, il me fait vivre de sa vie : ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. 0 miséricorde infinie ! « Yous avez visité les races craintives qui nous ont précédé dans la voie du salut : Et misericordia ejus a progenie in proge/ïies, timentibus eum; » vous les avez comblées de biens, mais à votre race choisie, à votre nation sainte, aux enfants de votre Christ, vous avez réservé le souverain bien dans l'Eucharistie. Il est à moi ce bien suprême. Que m'importent, ù mon Dieu, des honneurs que vous méprisez, des grandeurs que vous écrasez, des richesses qui ne laissent après elles que le vide ! Votre pain de vie « exalte les petits, et rassasie les aâa-
mes : Exaltant hu miles jesurientes implevit bonis. » Ne suis-je pas assez grand, puisque vous daignez unir ma bassesse à votre majesté infmie? Yai-jo pas de quoi contenter l'inexorable faim- d'être heureux qui me tourmente, puisque je possède en moi l'auteur de tous les biens? Jésus, mon doux Sauveur, Israël, l'enfant de Dieu, pouvait se réjouir de voir s'accomplir en vous les promesses faites à ses pères ; mais plus grande est ma joie dans l'accomplissement de la promesse que vous m'avez faite vous-même de me donner votre chair adorable. « Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi chante son nom sacré : Benedic, anima mea, Domino : et omnia, quœ intra me sunt, nomini sancto ejus '. » Mais que dis-je, Messieurs? Notre âme avec toutes ses puissances et ses vertus, notre corps avec toutes ses forces et ses merveilles, sont de trop petites choses pour remercier Dieu comme il mérite d'être remercié. Appelons à notre aide toutes les créatures du ciel et de la terre, et organisons, avec elles, un concert spirituel autour de l'Eucharistie : « Benedicite, omnia opéra Domini,