Serm. ni. in Cant
nous fait du bien ; c'est tout un ensemble d'actes saints par lesquels nous lui exprimons notre haute et profonde estime pour sa personne et ses bienfaits, et notre sincère et ferme volonté de profiter de ses dons. Ainsi entendue, l'action de grâces s'applique à tous les bienfaits de Dieu : à la vie qu'il nous a donnée, aux largesses quotidiennes de sa providence, à notre vocation chrétienne et à toutes les grâces qui en sont l'admirable complément. Combien plus à ce suprême bienfait qui nous donne à exploiter la source même de tous les biens. Le Psalmiste appelait l'Eucharistie, qu'il entrevoyait dans la manne, « le mémorial des merveilles divines1 ;» nous pouvons l'appeler, nous, la somme des dons divins. Elle condense et résume les vérités et les mystères que Dieu propose à notre foi: la Trinité y est présente, l'Incarnation s'y développe, la Rédemption y produit ses plus doux fruits ; l'Église, corps mystique du Christ, y est plus parfaitement figurée et y adhère plus intimement au principe même de son unité. Elle est le gage de l'éternelle gloire que nous devons espérer, et nous met en pos-
1. Memoriam fecit mirabilium suorum,, misericors et miserator Dominus : escam dédit timentibus se. (Psal. ex.)
2 '.G APBÈS LA COMMUXION.
session cle l'objet même de notre éternel amour. Dieu nous y prodigue ses tendresses, et nous y excite plus vivement à la perfection de la charité et des autres vertus. En un mot. elle nourrit de Dieu notre être divin. C'est bien le cas de dire avec l'Apôtre: « Grattas Deo super inenarrabili dono ejus : Rendons grâces à Dieu pour son inénarrable don1.»
Oui, Messieurs, rendons grâces : devant le tabernacle où réside notre Dieu anéanti, près de l'autel où il s'immole ; mais, surtout, lorsque, pain des âmes, il vient de se donner à nous parla communion. En ce moment, Faction de grâces est une fonction vitale en môme temps qu'un devoir de reconnaissance. C'est la digestion spirituelle d'un aliment divin.
Fermons donc les yeux, n'écoutons plus rien, et, tout entiers au mystère de notre union avec Jésus-Christ, jouissons, aussi pleinement qu'il est possible, de sa présence intime, pendant quelques instants d'un recueillement parfait, d'une complète immobilité, d'un profond silence. Le silence de la créature est la plus digne