Ibid
ferme propos, tous les ennemis de votre gloire, de mon salut et de ma perfection ! Périssent mon orgueil, mon ambition, mon égo'isme, mes avidités coupables, mon attachement passionné aux biens de ce monde, mes injustices, mes haines, mes antipathies, mes violences et mes duretés, mes affections molles et déréglées, ma sensualité, les ardeurs de ma chair, l'amour de mes aises, mes lâchetés dans le service de Dieu ! Venez, tyrans de mon âme pécheresse, venez, que je vous égorge : et puisse le feu de mon'amour reconnaissant vous consumer à jamais, comme un holocauste, aux pieds de la sainte victime qui me remplit de sa grâce !
Messieurs, après avoir accompli ce sacrifice, vous n'avez plus qu'une chose à faire pour bien terminer votre action de grâces et vous assurer le complet bénéfice de la communion, c'est d'aspirer, par une humble et fervente prière, les grâces dont la chair sacrée du Sauveur est l'inépuisable réceptacle. Demandez avec la plus entière confiance ; en ce moment des noces mystiques de votre âme avec le Fils de Dieu, rien ne peut vous être refusé. Demandez la lumière pour votre esprit, la force pour votre volonté, l'amour po;?r
votre cœur. Demandez de mieux croire, de mieux espérer et de mieux aimer. Demandez d'être plus profondément pénétrés par le sentiment du devoir, de résister plus fermement aux assauts de la tentation et aux emportements de vos passions. Demandez d'être soutenus dans vos travaux, consolés dans vos peines et soulagés dans vos infirmités. Demandez pour vous et pour ceux quivous sont chers. Vous venez de dire à Dieu, en lui offant tout votre être : Prenez ; — eh bien ! prenez vous-mêmes tout ce qu'il vous faut dans le pain de vie; nourrissez -vous, rassasiez-vous de grâces. Plus votre appétit spirituel sera exigeant, plus la bonté de Dieu se montrera libérale.
Quand vous serez remplis de ses dons, prosternez-vous une dernière fois, et, avant de prendre congé du Saint-Sacrement, qui attend dans le tabernacle d'autres communiants, dites -lui : « Seigneur, je m'en vais plein d'espoir, ne permettez pas que je sois confondu : la te9 Domine, speravi, non confundar in œtemum. »
Messieurs, l'action de grâces est-elle terminée, lorsque les actes d'adoration, d'amour, de remerciement, d'offrande, de bon propos et de demande, auxquels je viens de vous inviter, ont rempli un quart d'heure ou une demi-heure ? Il y en a qui le croient, et ceux-là sont peut-être nombreux parmi vous. Sans même se donner la peine de faire parler leur cœur, ils lisent, avec un certain recueillement, des formules toutes faites ; quand il n'y en a plus, ils ferment le livre et tout est fini ; en voilà pour un an. Suivez-les; à peine sortis de l'église, ils ne songent plus guère à la vie divine dont ils viennent de se nourrir. Et cependant, Messieurs, on n'a pas encore rempli tous ses devoirs à l'égard d'un bienfaiteur, lorsqu'on lui a dit un respectueux et tendre merci; il faut savoir profiter de ses dons.
Je suppose que la bienveillante influence d'un ami vous a fait obtenir une place honorable et lucrative ; il ne vous tient pas quitte envers lui, lorsque vous lui avez exprimé verbalement votre reconnaissance ; mais il compte, et c'est son
droit, que vous vous montrerez dignes par votre conduite de l'intérêt qu'il vous témoigne et des démarches qu'il a faites pour vous. Perdre, à bref délai et par votre faute, la situation que sa bonté vous a créée; c'est de l'ingratitude . Combien plus, lorsqu'on perd, presque au sortir de la sainte table, l'honneur et la divine vertu de la communion!
Nous avons, hélas ! un triste exemple de cette ingratitude dans le mystère que l'Église nous rappelle aujourd'hui. Jésus avait préparé de loin ses apôtres au banquet eucharistique par une promesse solennelle, dont nous avons étudié ensemble l'importante et consolante signification. Aux approches de la dernière cène, il s'applique à purifier leur esprit de toute interprétation grossière de sa parole, leur cœur de tout attachement trivial aux honneurs terrestres qu'ils avaient rêvés. Humblementagenouillé devant eux, illeur lave les pieds, signifiant par cet acte extérieur la pureté qu'il veut voir en leur âme, et les invitant à faire un dernier effort pour se rendre dignes du grand mystère d'union qui va s'accomplir. Enfin, après leur avoir exprimé ses amoureux désirs, il se donne dans le sacrement qu'il vient d'instituer,
et, pour aider ces âmes naïves, étonnées d'une chose si nouvelle, il se charge lui-même de l'action de grâces. Qu'elle est belle et touchante ! « Père, dit-il, je prie pour ceux que tu m'as donnés, car c'est maintenant surtout qu'ils t'appartiennent.,... Conserve-les en mon nom, afin qu'ils soient unis comme nous sommes unis... La gloire que tu m'as donnée, je la leur donne... Je suis en eux, tu es en moi ; afin qu'ils soient consommés dans l'unité et que le monde sache que tu m'as envoyé et que tu les aimes comme tu m'as aimé. Père, Père, je veux que ceux que tu m'as donnés soient avec moi là où je suis et qu'ils voient ma gloire... Je leur ai fait connaître ton nom, afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux comme j'y suis moi-même '. ï Ah! sans doute, les apôtres furent profondément émus par cet hymme divin, et, le cœur rempli de saints désirs et de généreuses résolutions^ ils sortirent du cénacle pour aller au jardin des Oliviers.
C'était là que devait commencer le grand combat de la foi et de l'amour contre les puissances do ténèbres : c'était là qu'il fallait achever l'ac-