Matth., cap. xxvi
Les apôtres avaient la foi, mais une foi simplement commencée, sur laquelle planaient encore des obscurités qui ne devaient être dissipées que par l'irradiation de l'Esprit-Saint. S'ils entrevoyaient quelque chose de grand dans l'Eucharistie,ilsn'allaientpas encore au fond du mystère, et leur âme inquiète, tourmentée par de sinistres pressentiments, ne pouvait s'appliquer à la considération des sublimes réalités que dérobent aux yeux de notre corps et de noire raison les signes sacramentels dont Jésus-Christ enveloppe son humanité sainte. D'autre part, gens de rien, sans intelligence, sans instruction, sans crédit, sans appui, puisque leur maître, tombé aux mains de l'ennemi, leur faisait défaut, ils avaient à lutter, pendant les jours néfastes de la passion, contre le sacerdoce, la synagogue, le pouvoir civil sous toutes les formes, le peuple, lui-même, que la cabale et les menaces des grands avaient retourné contre le Sauveur. Est-il donc étonnant qu'ils aient eu des défaillances?
Mais vous, Messieurs, vous vivez en pleine lumière de la foi, et vous avez eu le temps de vous instruire à fond du mystère adorable auquel vous participez par la communion. Vous êtes aidés,
du reste, dans l'accomplissement de ce devoir, par dix-huit siècles d'une croyance qui confirme la vôtre, par les définitions précises de l'Église et par l'assistance de l'Esprit-Saintque vous avez reçu à l'heure même où vous avez été engendrés à la vie chrétienne. Ce n'estpas le drame terrible et sanglant de la passion qui doit éprouver votre courage au sortir de la communion, mais le vulgaire combat de la vie quotidienne au milieu du monde, combat dans lequel vous êtes soutenus par le vainqueur du péché, de l'enfer et du monde, le Christ ressuscité qu'aucun ennemi ne peut plus violenter. Il y a donc toutes sortes de raisons pour que vous soyez forts et fidèles au grand bienfait de Dieu ; et cependant vous êtes faibles, d'une faiblesse plus ingrate et plus méprisable que celle des apôtres dont la défection vous indigne.
Pendant combien de temps conservez-vous l'honneur et la divine vertu de la communion ? — Je ne puis rien préciser là-dessus. Toutefois, je ne crains pas de dire que c'est presque toujours bientôt que votre vie, sanctifiée par son union intime avec le Christ, cesse d'être une action de grâces. Non seulement vous vous laissez
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vite entraîner aux légèretés, aux inconséquences, aux sottises, aux folies de la vie mondaine ; mais, à bref délai, on voit se réveiller en vous les passions que vous avez dû sacrifier, vous renouez les commerces dangereux auxquels vous avez dû renoncer, vous commettez de nouveau les fautes graves que Dieu vous a pardonnées, vous donnez à vos proches le scandale de défauts et de vices que la pratique des sacrements devrait faire disparaître. Huit jours, quinze jours, un mois tout au plus, après vos communions, le monde vous retrouve semb iable à lui, et peut vous adresser cette ironique question du Prophète : « Numquid carnes sanctœ auferent malitias tuas * ? Est-ce que les chairs sacrées guériront votre malice? d De là ces jugements malveillants dont nous souffrons tous : que les chrétiens ne valent pas mieux que les autres ; que leurs sacrements ne sont que des momeries qui n'aboutissent à rien, à moins qu'ils ne s'en servent pour assurer la réussite de quelque tartuferie.
Messieurs, ce n'est pas ainsi que se conduit le chrétien qui comprend la grandeur et le prix