I. Pealm., lxvii
sourcilleux qui désespèrent l'intrépidité de la science et les audaces de la curiosité humaine. Le ciel est descendu sur lui, et s'y est reposé tout entier, en la personne du Verbe incarné, immolé devant son Père, consumé par les feux de FEsprit- Saint, pendant que les vertus célestes, silencieuses et recueillies, pleuraient autour de son gibet. Mystérieusement enveloppé du nuage de sa chair ensanglantée, le vrai soleil, le soleil divin, se levait sur le monde qu'il allait inonder de ses rayons ; le fleuve de la rédemption coulait à grands flots, pour baigner et purifier les âmes pécheresses qu'il devait rencontrer en son chemin, et l'arbre robuste, l'arbre glorieux, l'arbre fécond : la croix, se dressait au sommet de l'humble colline devenue tout à coup le plus grand des monts : plus grand que ceux sur lesquels Dieu fait éclater sa puissance et sa bonté de créateur; plus grand encore que ceux sur lesquels il a manifesté, dans les temps anciens, son intervention surnaturelle.
Los monts d'Arménie ont reçu l'arche de INoé, toute pleine des vies qui allaient repeupler la terre; mais plus vaste et plus précieuse était l'humanité du Sauveur debout sur le Calvaire: arche
sacrée, toute pleine de la vie divine destinée à enfanter une race nouvelle, race royale et sacerdotale, à jamais délivrée des menaces de vengeauce qui, pendant quarante siècles, ont pesé sur le monde.
En la terre de vision, sur un sommet solitaire, Abraham, fidèle aux promesses divines, va immoler son fils. Mais qu'est-ce que ce témoignage d'une foi sans ombre, auprès de l'immense amour qui, sur le Calvaire, livre, pour des pécheurs, le véritable Isaac, le Fils unique de Dieu, aux angoisses et aux tortures de la mort la plus ignominieuse et la plus cruelle?
Le Sinaï voit se reposer sur sa cime la majesté de Jéhovah. Il parle au milieu des éclairs et des tonnerres; la montagne chancelle, le désert pousse des cris d'étonnement et d'épouvante, pendant que la plume ardente des chérubins écrit sur de s tables de marbre la loi de crainte. Mais, sur le Calvaire, l'aimable majesté du Verbe divin ne se révèle' que par son obéissance et sa douceur d'agneau. C'est sur son propre corps qu'il écrit la loi d'amour : sur son front, sur ses pieds, sur ses mains, sur son cœur, sur chaque lambeau de sa chair sanglante, nous lisons le même comman
dément, l'unique commandement : — Aimezmoi, aimez-vous, comme je vous ai aimés!
Pendant qu'Israël combat dans les plaines de Raphidim. Moïse, à genoux sur la colline, lève ses mains vers le ciel, et son ardente prière en fait descendre le courage et la victoire. Amalec succombe, Israël est triomphant. Mais, sur le Calvaire, le Moïse du testament nouveau lève ses mains aussi, non plus soutenues par des bras amis, mais par les bras inflexibles de la croix et par des pointes cruelles qui les transpercent. Il appelle son Père, et ses tendres gémissements sont entendus. L'humanité asservie se réveille pleine d'une généreuse ardeur. Satan, l'ennemi des premiers jours, Satan dont les légions maudites triomphaient depuis quarante siècles, Satan est vaincu.
Sur le mont Xebo, Moïse meurt, et contemple, avant de mourir, la terre promise à ses ancêtres, terre immense pour Israël, trop petite pour le peuple chrétien. A ce peuple il faut l'univers, et, du haut du Calvaire, Jésus embrasse le monde entier du regard. Ce monde lui a été promis par son Père. « Demande-moi, disait-il, et je te donnerai les nations pour héritage. » Jésus a
demandé par ses humiliations , ses gémissements, ses douleurs et son sang, et, avant de mourir, il regarde, il contemple, il admire, par delà la Judée, par delà les mers, d'un bout de l'univers à l'autre, l'héritage paternel.
Sion reçoit l'arche d'alliance ; une colline, sa sœur, le temple de Dieu ; mais l'arche et le temple ne sont que les pâles figures de l'humanité sainte en laquelle sont concentrés tous les bienfaits : la loi parfaite, la véritable manne, et le plus précieux de tous les trésors, la plénitude de la divinité qui l'habite corporellement. Et cette humanité sainte, c'est sur le Calvaire que nous la voyons une dernière fois.
G Calvaire! montagne illustre, montagne reine, montagne adorable, dernier théâtre de la passion du Sauveur, où es-tu? Hélas! dans un pays de mécréants, perdu pour les enfants du Christ et visité par de rares pèlerins. Heureux ceux qui peuvent se joindre aux religieuses caravanes que la foi emporte, chaque année, sous le beau ciel d'Orient! Partez, pieux voyageurs, traversez les mers en chantant des hymnes et des cantiques ; contemplez respectueusement la triste Jérusalem; suivez, à travers ses rues dé-
solées, la trace des pas du divin condamné , sortez de l'enceinte, gravissez la montagne sainte, prosternez-vous, baisez le lieu où fut plantée la croix, adorez; pleurez, épanchez votre cœur, et revenez nous raconter les émotions qui' l'ont brisé. Vous édifierez notre piété, mais vous n'exciterez pas notre jalousie; car une montagne non moins illustre, non moins fertile, non moins divine que le Calcaire se dresse au milieu de nous.
Regardez, Messieurs : « extra j>ortam », hors des portes de l'enceinte où vous êtes réunis, justes et pécheurs ; le sol s'élève doucement, le chœur nous conduit aux degrés du sanctuaire, le sanctuaire aux marches de l'autel. L'autel est, aussi bien que le Calvaire, le sommet sacré vers lequel le ciel s'abaisse, où le soleil éternel se lève, d'où le fleuve de la rédemption coule à grands flots, où l'arche du salut repose, s'ouvre et répand la vie sur la terre désolée, où le nouvel Isaac se sacrifie, où la loi d'amour est de nouveau promulguée, où le divin Moïse prie pour nous en montrant à son Père ses plaies glorieuses et en lui demandant, d'une voix tendre, l'héritage qui lui fut promis, où l'arche
d'alliance, le vrai temple de Dieu, attend les adorateurs en esprit et en vérité. Autel! Autel 1 montagne sacrosainte, tu n'as rien à envier au Calvaire ; tous deux vous êtes le théâtre des mêmes mystères divins.
Car, enfin, Messieurs, qu'est-ce que je vois sur le Calvaire? — Un sacrifice : la croix dressée, et, sur la croix, une victime. Le sang ruisselle de ses plaies ouvertes, ses yeux mourants cherchent le ciel, et le cri de sa dernière angoisse s'échappe de sa poitrine haletante et de sa bouche desséchée. Cette victime, ce n'est pas un coupable, c'est un innocent; ce n'est pas un vulgaire enfant des hommes, c'est le Fils de Dieu même, vrai Dieu comme son Père et vrai homme comme nous: Jésus-Christ. Il souffre, il va mourir, il meurt. Ceux qui ne voient le mystère que du dehors y admirent le courage d'un héros et la patience d'un saint en butte à la malice des hommes ; mais nous, chrétiens, nous devons aller plus avant, et voir ce qui se passe dans le cœur adorable du Sauveur. Il souffre, mais c'est lui qui le veut ainsi ; il va mourir, il meurt, mais c'est lui qui s'immole : « Oblatus est quia ipse voluit*,» 1. Isaï.,cap. lui, 7.
dit l'Apôtre avec le prophète; et lui-même, avant de se livrer, a déclaré : « Que personne autre que lui ne peut lui enlever sa précieuse vie : Nemo tollit animam m.eam. a me, sed ego jiono eam a me ipso *. » Il est donc sacrificateur et victime.
Mais pourquoi est-il victime ? — Pour la gloire de Dieu et le salut du genre humain. Le droit divin réclame, je vous l'ai dit. le perpétuel et total hommage de notre existence. Du simple fait de notre absolue dépendance découle la nécessité du sacrifice qui adore et rend grâces par l'anéantissement. Fussions-nous purs comme les anges, le devoir nous crie : Sacer esto; combien plus, si nous considérons les effroyables désordres et la dette immense du péché '. N'entendez-vous pas, au-dessus des gémissements et des plaintes de votre misère, la voix redoutable de la justice divine qui vous demande le sacrifice de votre vie ? 0 homme! profané par le péché, sors des profondeurs de ton abjection et livre-toi aux fureurs sacrées de Celui que tu as offensé : Sacer esto! Mais à quoi aboutirai -je, si je me donne? Ma vij