Joan., cap. x
n'est rien devant la majesté infinie du Dieu à qui je nie dois. Il a vu passer sous ses yeux des légions de victimes ; les holocaustes et le3 hécatombes ont fait monter vers lui des plaintes immenses et la fumée de leur sang; l'homme luimême est tombé sous le couteau des sacrificateurs, et il a dit : « Je n'en veux pas. » Désespérante impuissance! — Je puis faire à ma patrie, à ma famille, à mes amis, le sacrifice de ma vie. Je m'en retire avec honneur; le généreux parfum de mon sang traverse les siècles et la postérité me bénit. Mais, pour Dieu, je ne puis rien faire qui lui soit agréable.— Que vous faut-il donc, ô Dieu jaloux? — Ce qu'il vous faut, c'est une vie qui se mesure sur la vôtre, une victime qui vous égale ; ce qu'il vous faut, c'est vous-même. Mais, ô très pure essence, vous êtes invulnérable! Ovie éternelle, vous ne pouvez mourir! Tous les traits qui blessent, toutes les forces qui usent à la longue les existences créées, s'émoussent et s'épuisent sur l'admirable armure de vos perfections. Eh bien ! Messieurs, soyez étonnés, soyez confondus ! Dieu se donne à lui-même l'incroyable pouvoir de s'immoler à sa propre justice et de mourir à votre place. Vous n'aviez
pas assez de vie pour combler les brèches faites à l'honneur divin, et voilà que la vie divine est à votre disposition, prenez-la. Voyez-vous, au sommet du Calvaire, cet homme qui expire sur la croix? Tout à l'heure, il disait à ses disciples: « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime * ; » et. maintenant, il meurt, substitué par l'amour à tous les pécheurs, comblant les vœux de la très haute et très sainte majesté de Dieu, apaisant sa justice, et inondant de grâces l'humanité qu'il a sauvée de la mort éternelle.
0 sacrifice auguste! on ne t'a vu qu'une fois sur le Calvaire, nous te voyons tous les jours sur l'autel. Car c'est le même. Messieurs, absolument le même sacrifice. La croix n'est plus dressée, elle est incrustée sur la table de l'autel ; ce n'est plus un bois vulgaire, c'est un lit glorieux composé des sacrés ossements de ceux qui ont confessé, par le sang et par la mort, le nom de Jésus- Christ; elle n'est plus aussi grande, parce que la victime se réduit, par un miracle, à de moindres proportions, mais c'est bien la même victime : le
1. Majorera chantât eni nenio habet quam ut animam Euam ponat quis pro amicis suis. (Joan., cap. xv, 13.)
Christ béni, Fils unique de Dieu et d'une Vierge de la race humaine. Sur le Calvaire, il répandait son sang, sous les coups des bourreaux; sur l'autel, ce sang jaillirait, sous les coups des paroles sacerdotales, s'il n'était immortel. Sur le Calvaire, il exhalait son àme sainte; sur l'autel, il la garde ; mais, ainsi que je vous l'ai expliqué * : par l'éclipsé totale de sa gloire, la captivité de ses membres, la cessation des fonctions naturelles qui conviennent à ses sens, par l'immobilité, le silence, l'anéantissement qui le mettent h notre disposition jusqu'à la destruction de son rire sacramentel, il exprime, autant qu'il est en lui, les mutations sacrées et l'état de mort propres au sacrifice.
Donc, identité de victime sur le Calvaire et sur l'autel, et. aussi, identité de prêtre. Yous croyez peut-être, Messieurs, que l'homme consacré, qui prononce les paroles sacramentelles, est le principal acteur du drame invisible en lequel se renouvelle l'immolation du Golgotha? Détrompez-vous. Cet homme n'est qu'un instrument dont le Christ se sert, comme il s'est servi des bour-
1. Cf. Exposition du dogme catholique, soixante-dixième conférence : Le Sacrifice, Ve part., in fine.
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reaux. Sur le Calvaire, il a laissé faire; sur l'autel,
il ordonne à son prêtre de parler. Mais le prêtre humain ne prononce que les paroles mêmes du Christ, et, par ces paroles, c'est la volonté souveraine du divin prêtre qui frappe et qui immole.
Dans cette immolation, c'est la même substitution amoureuse. Puisqu'il faut un sacrifice à notre religion parfaite, puisque nulle vie inférieure ne peut remplacer la nôtre dans cet acte religieux, en toute justice, nous devrions être couchés sur l'autel, comme nous devions être couchés sur la croix. Mais celui qui nous a remplacés sur la croix nous remplace également sur l'autel. Regardez ce que le prêtre tient entre ses mains : du pain, composé de grains broyés, triturés, fondus ensemble ; du vin. composé de fruits foulés aux pieds et mêlés dans une généreuse liqueur. Ce pain, ce vin, c'est vous, c'est nous tous, en une naïve et innocente représentation. Et voici que, sous le coup d'une parole sacrée, la représentation devient une réalité divine. Sur les espèces symboliques le Sacer esto retentit : l'humanité figurée disparait, et Dieu lui même la remplace à l'état de victime.
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De cette amoureuse substitution, les mêmes grâces jaillissent sur le Calvaire et sur l'autel. Sur le Calvaire, elles étaient toutes acquises par les mérites infinis du Sauveur, mais leur effet demeurait suspendu; sur l'autel, elles sont distribuées et appliquées, selon l'ordre de notre prédestination, au salut et à la gloire éternelle.
Sur le Calvaire, on avait l'avantage de voir des yeux de la chair la victime et le sacrificateur, mais les yeux de l'esprit étaient fermés sur les intentions sacrificales ; presque personne ne les connaissait. Pour les bourreaux, pour le peuple, pour les disciples même du Sauveur, la sanglante tragédie du crucifiement n'était rien autre chose que l'exécution d'un arrêt de la justice humaine.
Sur l'autel, la victime et le sacrificateur échappent à nos regards, mais les intentions sacrificales sont tellement manifestes que tout le monde peut s'y associer. Ces vêtements symboliques, sous lesquels le prêtre nous apparaît comme transfiguré, n'indiquent-ils pas qu'une grande action va s'accomplir? Les fautes que Ton accuse, les pardons que l'on demande, les instructions que l'on donne, les actes de foi el
les louanges de Dieu que l'on chante, n'est-ce pas comme l'introduction de l'humanité pécheresse près de celui qui doit recevoir l'oblation sainte? Enfin, on la lui offre. — « Prends-la, Trinité sainte, et qu'elle ne monte vers toi que pour te plaire. — De notre esprit humilié et de notre cœur contrit, reçois et agrée le sacrifice que nous t'offrons, ô Seigneur Dieu! —Frères, prions ensemble, afin que notre sacrifice soit accepté de Dieu. — Anges, archanges, chérubins, séraphins, vertus du ciel, priez avec nous. — Les voilà, Père très clément, les voilà ces dons, ces présents, ce sacrifice sans tache; bénisle, enregistre-le, approuve-le, accepte-le. — C'est ton Fils Jésus qui l'a institué, la veille de sa mort. Ecoute sa parole : Ceci est mon corps, livré pour vous : Ceci est mon sang, répandu pour la rémission des péchés : Faites ceci en mémoire de moi. — C'est fait, Seigneur; l'hostie pure, l'hostie sainte, l'hostie immaculée, le pain sacré de la vie éternelle, le calice de l'éternel salut, sont sous tes yeux. — Si tu as daigné accepter les présents de ton serviteur Abel, le sacrifice du patriarche Abraham et celui du grand Melchisédech, tu ne peux pas refuser le
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saint sacrifice, l'hostie sans tache que nous t'offrons. ■ — Reçois-la donc de la main des anges « ! que sa participation nous comble de la bénédiction céleste et de la grâce de Dieu. — Et maintenant, venez, morts et vivants, pécheurs et justes, venez chercher la délivrance de tous les maux présents, passés et futurs, la paix de vos jours, l'aide de la miséricorde divine, la purification de vos péchés, la sécurité au milieu de la tourmente qui agite le monde, par Jésus-Christ, qui vit avec vous, ô Seigneur, en l'unité de FEoprit-Saint, dans les siècles des siècles. Amen. Amen. »
Ainsi parle la sainte liturgie. Remarquez bien, Messieurs, que le sacrifice auquel elle nous convie si franchement, si solennellement, n'est point un acte religieux qui se sépare de l'immolation du Calvaire. Non seulement il la copie d'une manière expressive, mais il en est, avec les mêmes éléments, la reproduction commémorative. C'est ce que l'Eglise nous enseigne par actions et par paroles. Ses cérémonies rappellent, à chaque instant, quelque circonstance de la passion, et elle les accompagne de déclarations qui ne peuvent nous laisser aucun doute sur l'iden-
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tité des deux sacrifices : In memorwm passionis : Memores beatœ passio?iis. En somme, elle ne fait qu'ajouter à la passion la notoriété des intentions sacrificales de Jésus-Christ, au moment où. victime et sacrificateur, il s'éclipse en son sacrement. Le Calvaire se déverse sur l'autel, la messe complète et perpétue le sacrifice de la croix.
Après cela, Messieurs , comment se fait-il qu'on résiste au commandement de l'Eglise, lorsqu'elle ordonne d'assister au saint sacrifice? Comment peut-on dire, sans être profondément ému et attendri, ces simples paroles : — Je vais à la messe? Comment peut-on refuser aux divins mystères une religieuse et dévote attention l( — Je vais m'expliquer avec vous sur ces questions nratiques, eu examinant ce qui se passe autour des deux saintes montagnes.
Près de la croix sur laquelle expire le Sauveur, le long des chemins qui conduisent au sommet du Calvaire, çà et là, sur les pentes de de la colline, dans un lointain discret où l'on
peut dissimuler sa présence, il y a une foule mêlée dont les attitudes et les sentiments sont loin de concorder, en regard de la passion.
Voici, d'abord; les bourreaux qui torturent. Rien ne peut satisfaire leur criminelle fureur. La douce résignation, le silence de leur victime, ne les touebent pas; ils n'en sont que plus hardis au supplice et plus avides de tourments. Ils arrachent les vêtements du Sauveur collés sur sa chair ensanglantée, ils s'amusent de sa nudité, ils brutalisent sa faiblesse, ils ie couchent violemment sur la croix, ils lui plantent des clous dans les pieds et dans les mains, ils l'abreuvent defiel, et, sous ses yeux, ils se partagent au jeu ses pauvres dépouilles.
Auprès des bourreaux, les impies qui blasphèment : a 0 toi; disent-ils, toi qui devais détruire le temple et le rebâtir en trois jours; si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même, descends de la croix, et nous croirons en toi. — Ah! il a sauvé les autres, et il ne peut pas se sauver lui-même! — Imposteur, sacrilège usurpateur de la majesté divine, te voilà donc! Nous attendions ton jour; il est enfin arrivé : En dies quam expectabamus ! Nous te tenons: Tenuimus eum. Meurs déshonoré,
et que le peuple soit vengé, par tes ignominies, des séductions dont il fut victime ! »
En compagnie des impies, les incrédules qui branlent la tête et sourient de pitié. « Est-ce bien là, disent-ils,le Jésus de Nazareth qui faisait tant de bruit? Sa mort est affreuse, mais que pouvaitil espérer de toutes ses folies? »
Au bas de la colline, les indifférents qui jettent un coup d'œil en passant. « Qu'y a-t-il là -haut? Un condamné que l'on crucifie? Je n'ai pas le temps de m'arrèter, c'est dommage. » — Et ils vont à leurs affaires ou à leurs plaisirs.
Mais la tourbe des ignorants stationne. Ils ne comprennent rien au mystère de la croix; la passion du Sauveur n'est pour eux qu'une scène tragique où ils viennent chercher des émotions. Ils regardent avec curiosité celui qui souffre et ceux qui le font souffrir. Pour se délasser d'une trop longue attention, ils passent en revue l'assistance. Ils échangent entre eux des réflexions bizarres ou imbéciles, et ils s'en vont ravis d'avoir pu tuer quelques heures de leur temps par un spectacle qu'on ne voit pas tous les jours.
Mêlés aux ignorants, les oublieux imitent leursottise et leur indécente curiosité, tandis que les
peureux se cachent et cherchent à se faire oublier. Ils n'ont pas tout à fait perdu la foi, mais ils n'osent la montrer. Les uns sont restés dans la ville, les autres se dissimulent, le plus qu'ils peuvent, aux derniers rangs de la foule, ne regardant ce qui se passe que d'un œil timide, tant ils craignent de se trahir. Et, quand ils sentent leur cœur se fendre et les larmes gagner leurs paupières, ils s'enfuient, pour qu'on ne dise pas : — C'est un des siens!
Les pénitents n'ont point de ces transes : Ils font publiquement éclater leur douleur et leur profonde désolation. C'est Madeleine, déjà pardonnée, mais écrasée, à cette heure, par la pensée que ses fautes ont causé la mort de Celui qui est devenu son unique amour; c'est le centurion, qui frappe sa poitrine, et s'écrie ; « Vere Filins Dei erat iste : Cet homme était vraiment le Fils de Dieu; » ce sont des soldats, des hommes sans nom, qui voient leurs péchés dans chaque goutte du sang répandu, et qui reçoivent dans leur cœur ouvert par le repentir le fleuve de la Rédemption.
Enfin, voici les justes compatissants : Marie, l'héroïque mère du crucifié; Jean, son disciple bien-aimé; les pieuses femmes de Jérusalem,
plus fortes et plus audacieuses que les hommes en ces tristes circonstances. Tous contemplent l'agonie de la divine victime, tous prennent part à ses douleurs, tous pleurent sur elle comme on pleure sur un premier-né que la mort vient trop tôt ravir à sa famille, tous adorent, à travers les anéantissements de l'Homme-Dieu, la justice et la miséricorde divines qui s'embrassent en sa personne, tous croient et s'unissent à la Rédemption du genre humain.
Et maintenant, prenons congé de la croix et delà montagne du salut; traversons les siècles, et visitons les églises de la chrétienté. Bourreaux, impies, incrédules, indifférents, ignorants, oublieux, peureux, pécheurs repentants, justes compatissants du Calvaire, tout ce monde, Messieurs, se retrouve autour de l'autel, bien que le sacrifice ait changé d'aspect.
Les bourreaux, ce sont les violateurs des temples et des tabernacles : païens, juifs, hérétiques, révolutionnaires, se succédant pour maltraiter le Sauveur immolé dans le sacrement de son amour. Que de fois ils ont interrompu les divins mystères, assassiné les prêtres, épouvanté les fidèles, profané les hosties, et terminé leur
orgie de haine et de fureur en se partageant, sur l'autel même, les ornements et les vases sacrés, dépouilles de la sainte victime qu'ils venaient d'outrager. Brigands exécrables!... Mais plus exécrable, vous l'avez vu, l'hypocrite qui trompe l'Eglise, et va consommer par une communion sacrilège le sacrifice auquel il vient d'assister * ! Les impies et les incrédules. — Voilà dix-huit cents ans qu'ils assiègent l'autel de leurs blasphèmes et de leurs ricanements. Trompés dans leur curiosité par le soin jaloux avec lequel les chrétiens cachaient leurs mystères, les païens ont transformé, par la calomnie, le sacrifice sans tache en une orgie sanglante, et la communion, qui le consomme, en un festin d'anthropophages. Appliquée à torturer la parole de Dieu, pour la retourner contre le dogme eucharistique, l'hérésie a substitué, au nom même de l'Evangile, une mesquine et impuissante figure à l'auguste et féconde réalité du Christ immolé et présent en son sacrement. La science,invoquant contre nous les lois de la nature, comme si elle les avait faites, et comme si Dieu n'y pouvait rien changer sans
1. Cf. Troisième instruction : Avant la communion, lTe partie.
son consentement, accuse d'absurdité tout ce qui se passe sur l'autel, tandis que les plaisantins de l'incrédulité bernent notre ignorance et
notre superstition. Ils ont si bien réussi, dans le blasphème et la moquerie, que l'autel est devenu une sorte de mauvais lieu dont le monde officiel s'éloigne avec dédain. On dirait que la messe n'est propre qu'à déshonorer la toge de nos magistrats et l'épée de nos soldats.
Avec cela, combien se tiennent à l'écart par indifférence! Et pourtant, qu'un Dieu s'immole et prenne à son propre compte le culte dont la terre est redevable au ciel, c'est la plus grande chose qu'on puisse voir. Mais la plupart des chrétiens n'en ont cure. Ils vont, viennent, passent, repassent, autour de l'autel, éternels esclaves de préoccupations vulgaires qui les empêchent de s'arrêter et de s'unir aux actes religieux, dont le sacrifice de la messe est le centre adorable. Ceux qui n'ont pas perdu de vue la dignité et l'importance de ce divin mystère discutent avec l'Eglise qui les y appelle, invoquant mille prétextes frivoles pour se dispenser d'obéir à son commandement : infirmités imaginaires, obstacles faciles à vaincre, affaires
qu'on peut remettre, et, quelquefois, plaisirs dont on ne veut pas se priver. Il en est qui n'ont pas d'autre excuse que la lâcheté. Convaincus du devoir, ils le sacrifient à la peur de perdre les bonnes grâces de quelques mécréants dont l'influence peut leur nuire ou leur être utile. Une place que l'on tient, une faveur que l'on espère, cela, parait-il, vaut mieux qu'une messe.
Encore, si tous ceux qu'on voit au saint sacrifice étaient des assistants sérieux. Mais il y en a qui n'y viennent que de temps en temps, comme à un spectacle où les lumières, les chants, les habits de fête, tiennent la place du Dieu dont ils ignorent la présence et la sacrosainte action. D'autres, régulièrement amenés par la routine, oublient et ce qu'ils savent des saints mystères et ce qui se passe sur l'autel. Tous, lors même qu'il n'y a rien à reprendre dans leur attitude, laissent voyager leur esprit distrait loin du saint lieu, de ses intérêts à ses passions, de ses affaires à ses plaisirs, de ses antipathies à ses affections. Et c'est la moindre de leurs fautes ; car, souvent, ils s'oublient, comme dans un lieu profane, en vaines politesses, en rires indécents, en paroles inutiles, en observations malveillantes, quand
ils ne s'abandonnent pas à une criminelle curiosité.
Ah! s'il n'y avait au monde que cette foule de méchants et d'ingrats, l'agneau divin devrait rester au ciel, et laisser s'écrouler les autels où il vient s'immoler tous les jours. Mais, grâce à Dieu, Messieurs, la race des pénitents et des justes n'est pas encore éteinte. Us étaient, sur le Calvaire, les plus rapprochés de la croix; ils sont, dans le temple, les plus rapprochés de l'autel. Suivant avec une religieuse attention toutes les phases de l'acte sacré qui leur rappelle la passion du Sauveur, ils s'humilient, lis demandent pardon, ils ouvrent leur cœur pénitent au fleuve de grâce qui s'échappe de la sainte montagne ; ils compatissent aux outrages dont Jésus est victime ; ils unissent leurs tristesses aux tristesses de son cœur; ils adorent ses anéantissements eucharistiques; ils implorent, avec larmes, sa pitié pour eux et pour le peuple. Et, afin de le mieux toucher, ils enveloppent dans un mouvement d'amour leur être tout entier, le couchent sur l'autel et l'immolent avec l'hostie sainte, résolus de s'unir par une vie de sacrifices au sacrifice de leur Dieu, et de concourir autant qu'ils
le peuvent à la réparation de l'honneur divin, à la conversion des âmes, à la gloire de l'Eglise, au salut du genre humain. La messe est, pour eux et pour tous ceux à qui ils s'intéressent, une inépuisable source de régénération, de vigueur spirituelle et de perfectionnement.
Messieurs, faites -vous partie de ce groupe béni des pénitents et des justes ? — J'ai bien peur que non. Etes-vous bourreaux, impies ou incrédules? — Je ne le crois pas. Ne seriez -vous pas des indifférents, des peureux, des ignorants ou des oublieux? — Cela pourrait bien être. Interrogez franchement votre conscience, elle vous assignerai place que vous méritez; mais, si c'est une mauvaise place, il faut en sortir au plus vite. Nos jours, déjà si tristes, peuvent devenir plus tristes encore,nous avons besoin que les pénitents et les justes, «prosternés entre le vestibule et l'autel, » assiègent la divine victime de leurs supplications, et lui disent avec larmes : — « Pitié Seigneur, pitié pour ton peuple : Parce, Domine, parce populo tuo '. » Plus nous serons nombreux et fervents à la prière et à l'immolation plus