Joan., cap. xvu
PRIÈRE SACERDOTALE DU SAUVEUR. 2~',ï
dans son Père. 0 merveilleuse unité ! — Le Sauveur veut que nous en voyons l'image dans la sainte Eglise; et, de fait, à peine est-elle établie, que son unité devient un phénomène saisissant dont on chercherait en vain la cause dans notre instable nature. Le grand x\pôtre la définit en cette courte et éloquente devise. « Un seul maître, une seule foi, un seul baptême et un seul Dieu, Père de tous1. » Et, à quelque temps de là, les docteurs appellent l'Eglise, « disséminée dans le monde entier, la maison de paix et d'union, où il n'y a qu'une seule âme, un seul cœur, et une seule bouche pour confesser la foi2 . » Si l'on interroge sa croyance, si on lui demande où elle prend la grâce, on la trouve partout la même. Partout l'enseignement qu'elle reçoit part du même foyer de lumière ; tout y est clairement et uniformément défini, tout unanimement accepté et confessé; partout, éclairée de la même lumière, elle va puiser la grâce aux
1. Unus Dominus, una fides, unum baptisma. Unus Deus et Pater omnium. (Ephes., cap. iv, 5, G.)
2. Ecclesia licet universum in mundum disseminata sit, quasi unam domum inhabitans, quasi unam habens animam et unum cor, quasi unumpossidens os. (S.Iren., adversus hœreses, lib, I, cap. m.)
mômes sources ; enfin, tout en elle, lumière et vie, est soumis à la même direction. Ce grand phénomène d'unité dans la foi, les pratiques religieuses et le gouvernement, si Ton considère la diversité des pays et des races où il se manifeste, serait remarquable entre tous les phénomènes, quand bien même il ne devrait durer qu'un siècle. Mais voilà dix-neuf siècles qu'il dure, au milieu des tempêtes intellectuelles et morales, et des luttes sanglantes où sombrent d'ordinaire les institutions humaines les mieux établies ; voilà dix-neuf siècles qu'il s'impose avec le triple prestige des âges, du nombre, de Tharmonie. — Sauveur du monde, votre sacrifice a porté ses fruits et votre prière est exaucée. L'Eglise, par son unité, nous révèle sa glorieuse descendance. C'est bien vous, admirablement un avec le Père qui vous a envoyé , c'est bien vous qui nous apparaissez dans cette société religieuse pour laquelle vous avez prié, et où la foi, les signes de la grâce, le gouvernement, la lumière, la vie, la direction sont partout les mêmes et ne varient jamais.
L'Eglise est votre gloire en ce monde ; ne faut-il pas qu'elle soit glorifiée comme vous dans les cieux; que son unité se consomme dans la demeure
que vous lui avez préparée, où vous régnez à jamais à la droite de votre Père, où vous vous montrez dans toute la splendeur de votre divine beauté, où la vision sans voile doit remplacer la loi, où l'amour doit fondre tous les cœurs dans une éternelle félicité? Ah! je comprends le dernier vœu, la dernière supplication de votre cœur filial . « Père, je veux que, là où je suis, ceux que vous « m'avez donnés soient avec moi. Je veux qu'ils « voient ma gloire, la gloire que j'ai reçue de « vous, parce que vous m'avez aimé avant la «constitution du monde1. » — Ceux qui doivent préparer cette suprême conclusion de ma mission et de mon œuvre sont en ce moment autour de moi ; encore une fois, bénissez-les. J'ai mérité cette bénédiction; ils la méritent; (j'en appelle à votre justice). « Pater juste ! Père juste ! le monde « ne vous connaît pas; mais moi je vous connais, « et ceux-ci ont compris que vous m'avez envoyé. «Je leur ai fait connaître votre nom; je le leur « apprendrai encore, afin que l'amour dont vous « m'avez aimé soit en eux, afin que moi-même je c( sois en eux2. »