Jac, cap. ni
Il est parfaitement vrai, Messieurs, que Dieu est bon et miséricordieux. Entre toutes les révélations de ses perfections infinies, celle sur laquelle il insiste davantage, et avec plus de complaisance, est la révélation de sa bonté et de sa miséricorde. Connaissant nos infirmités, nos faiblesses, nos inclinations au mal, notre facilité à l'offenser, il ne veut pas que le péché nous décourage, ni, surtout, qu'il prolonge son séjour et ses ravages dans nos âmes, et, pour nous presser de nous en défaire, il nous ouvre son cœur toujours prêt à nous pardonner. La conséquence naturelle de cette offre d'un père devrait être, il me semble, de nous hâter de rentrer en grâce, lorsque nous avons eu le malheur de l'offenser. Eh bien, non. Une foule de pécheurs, au lieu de se laisser attendrir par la bonté et la miséricorde divines, y trouvent une sorte d'encouragement qui les aveugle et les maintient sur le chemin de la perdition : aveuglement dans la manière dont ils interprètent la bonté d[e Dieu ; aveuglement clans
les excuses qu'ils osent présenter à sa miséricorde; aveuglement dans les retards qu'ils lui font subir.
Dieu est bon, disent-ils; il ne peut pas vouloir notre éternel malheur; il ne nous a pas faits pour nous damner ; il ne peut pas nous damner pour un seul péché mortel.
Non, certes, Dieu ne veut pas votre éternel malheur. — La volonté formelle qu'il a exprimée et qui précède tous les décrets et tous les actes de sa justice est de nous sauver tous : « Vult ornnes homines salvos fieri*. » Et c'est pour accomplir cette volonté qu'il a déchargé sur son Fils toutes ses colères contre le péché, et l'a livré à la mort, afin qu'il répondît pour tous les pécheurs : « Non pepercit sed pro nobis omnibus tradidit Mum*. »
Vous avez donc le droit d'espérer votre salut. Non seulement vous en avez le droit, mais vous en avez l'obligation, obligation si impérieuse et si stricte que vous commettriez le plus énorme et le plus impardonnable des péchés si vous renonciez