‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 21 sur 107 · TROISIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME INSTRUCTION

L ESPERANCE DU CIEL

Sobrie, juste et pievivamus in hoc saeculo, eXpectantes beatam spem et adventum magni Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi.

(Tit.. cap il, 12, 13.)

Messieurs,

En vous montrant le chemin de la perdition, et en cherchant à vous préserver de l'aveuglement des malheureux qui s'y précipitent et Tencombrentj je n'ai accompli que la moitié de ma tâche apostolique. Il me reste à vous montrer le chemin du lieu sublime, de la bienheureuse patrie dont nous avons contemplé les splendeurs.

Être saisi et transformé par la lumière même da

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l'essence divine, voir Dieu jusque dans le mystère de sa vie intime, participer à sa science infinie, l'aimer et jouir de son amour, être possédé par lui et le posséder éternellement, marcher, sans fin, de clarté en clarté, de transport en transport, d'enivrement en enivrement, c'est la gloire et la félicité des élus1 : réalisation d'une espérance qui a rempli leur vie, récompense des œuvres saintes qu'ils ont accomplies pour affermir leur vocation et rendre certaine leur élection. S'il y a parmi eux des privilégiés de la miséricorde divine dont l'espérance est restée endormie jusqu'au dernier instant et qu'une grâce a sauvés de l'éternel naufrage, ils se souviennent trop bien, et du risque qu'ils ont couru de se perdre, et des peines effroyables par lesquelles ils ont payé leur salut, pour ne pas se mettre d'accord avec tous les élus dans ce solennel avertissement : — Qui veut arriver au ciel doit prendre le chemin le plus direct et le plus sûr, celui que l'Apôtre nous indique par ces paroles : — a Vivons sobrement, justement et pieusement, en attendant l'objet de notre bien-

1. Cf. Exposition du dogme catholique. Centième conférence : Le ciel.

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heureuse espérance, l'avènement de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ : Sobrie, juste et pie vioamus, expectantes bealam spem et adventum gloriee magni Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi. »

Prenons garde à cet avertissement, Messieurs, il veut dire, si je ne me trompe, que, pour arriver au ciel, il faut y penser et le désirer, fondre la pensée et le désir du ciel dans une attente pleine de confiance que nous appelons l'espérance chrétienne. D'où je tire ces deux pensées pour les proposer à vos méditations : — Rien de plus nécessaire que la pensée, le désir, l'attente du ciel; rien de plus efficace et de plus salutaire. Ou bien encore : — L'espérance chrétienne est un de nos plus grands devoirs ; l'espérance chrétienne sanctifie notre vie et lui fait mériter le ciel.

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Un de nos plus grands devoirs, Messieurs, est de donner satisfaction aux plus légitimes, aux plus impérieuses, aux plus nobles aspirations de notre nature. Or, nous l'avons vu, en étudiant la question de nos destinées ', la nature humaine tend, par une force innée, à la béatification de ses facultés; et les plus hautes, les plus pures débordent, par leurs désirs, tous les biens que la Providence a mis à notre portée. La richesse, les plaisirs, les honneurs, la science et l'amour des créatures ne sont que des choses bornées et caduques qui ne répondent point à ce mystérieux tourment qu'on rencontre au fond de l'être humain, le tourment d'être satisfait, de l'être chaque jour davantage, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus dire ni à la plénitude, ni à la durée : encore ! encore !

i. Cf. Exposition du dogme catholique. Quatre-vingttreizième conférence :La vie future. — Intuitions et déductions de la raison.

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S'il y a des hommes qui s'oublient ou se méconnaissent assez pour ne rien désirer et ne rien attendre au delà des petits bonheurs de cette vie de passage, la sagesse humaine, la vraie sagesse les condamne et n'a pas de peine à leur prouver que leurs désirs ne seront jamais satisfaits tant qu'ils les arrêteront en chemin; que le monde étroit, qu'on appelle si énergiquement et si justement ici- bas, ne peut pas être la patrie du repos et des joies auxquels ils aspirent; qu'ils doivent, comme l'exilé, jeter leurs regards et diriger leur ambition vers d'autres rivages ; que la félicité dont nous avons besoin habite des régions plus hautes et plus vastes que cette terre; enfin, que l'espérance de l'homme, pour être digne de lui, doit être, selon l'expression de nos Livres Saints > pleine d'immortalité : « Spes illorum immortalitate plena est1. »

Mais où est le bien de l'immortalité? Où est le bonheur dans lequel doit s'épanouir notre future vie ? Notre pauvre raison ne peut que le pressentir» Si avide qu'elle soit de pénétrer les mystères d'outre-tombe, il lui est impossible de donner d'une

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