‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 46 sur 107 · Psalm. XXT · texte numérisé non relu

Psalm. XXT

lontairement renoncé à tous les biens, ne lui étaitil pas permis d'aimer et de conserver, jusqu'au dernier instant, la sainte tunique qu'avaient tissée, avec tant de soin et de tendresse, les mains virginales de sa mère? — Ehbien,non; il n'en veut plus, parce qu'ayant épousé la pauvreté il veut donner, jusqu'au bout, à cette chère et sainte épouse, les témoignages de sa fidélité et nous apprendre à corriger le dérèglement de nos appétits.

Ses austères leçons pénètrent notre chair. — Elle veut du bien-être et des jouissances, la croix ne lui montre que des maux et des tourments, et lui impose l'obligation de mourir à ses criminelles ardeurs : « Chrîstus passusest; Christus mortuus est. » Jusqu'à ce que Jésus expire, elle se montre impitoyablement cruelle. Regarde sa victime, ô chair voluptueuse! — Pendant que tu inventes pour toi des raffinements de sensualité, elle invente pour son corps d'inénarrables supplices ; pendant que tu profanes ton sang, elle offre à Dieu le sien jusqu'à la dernière goutte ; pendant que tu cherches la joie en de honteuses compagnies, elle meurt dans l'abandon, et s'écrie : « Deus, Deus meus, utquid dereliquisti me ? »

Tourmentés, au dedans, par les appétits de notre

nature, nous le sommes encore, au dehors, par des forces ennemies qui affligent notre misérable vie. « L'homme, dit le Psalmiste, va, comme les tristes enfants de Sion, semant ses jours sur la terre d'exil, et arrosant de ses larmes les sillons qu'il creuse en gémissant. » En butte à la malice des hommes, à la conspiration de nos faiblesses et de nos infirmités, des accidents et des circonstances qui les aggravent, que de fois nous sommes tentés de murmurer et de nous décourager, de nous plaindre et de nous irriter, de blasphémer et de nous désespérer. — Mais la croix nous rappelle qu'elle a porté sur son bois ensanglanté l'homme de toutes les douleurs : Virum clolorum ; que cet homme, doué d'une puissance divine qui pouvait, en un clin d'œil, le délivrer de tous ses ennemis, s'est tranquillement abandonné à leur fureur; qu'au milieu des injures et des tourments il se taisait : Jésus autem t&cebat* ; et que, prévoyant l'excès de ses maux, tenté d'en éloigner l'amer calice, il a dit à Dieu : « Que votre volonté se fasse et non la mienne : Non meavoluntas, sed tua fiât*. »

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