‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 47 sur 107 · Matth., cap. xxvi · texte numérisé non relu

Matth., cap. xxvi

2, Marc, cap, xxn, 42.

Est-ce tout? — Non, Messieurs, — La croix, qui nous apparaît dans la misère de la tentation, va nous chercher jusque dans la misère du péché, où ses leçons deviennent plus pressantes et plus nécessaires à notre salut. A celui qui a trahi le devoir, elle apprend qu'il est une justice infinie qu'on n'a pu satisfaire que par le supplice d'un Dieu; que, près de cette justice, il est une miser ricorde infinie qui ne demande qu'à pardonner ; que cette justice et cette miséricorde doivent s'embrasser dans l'âme pécheresse, comme elles se sont embrassées sur la croix ; que ce rapprochement ne se peut faire que par le repentir; enfin , qu'un devoir suprême s'impose à celui qui a trahi le devoir : s'unir par le brisement du cœur et les saintes afflictions de la pénitence aux douloureuses satisfactions du Sauveur.

O croix adorable! règle de tous les devoirs, nous vous rencontrons, nous vous voyons partout en ce monde, mais souvent, hélas ! vous ne nous dites rien, parce que nous ne jetons sur vous que des regards distraits. « Une dernière fois, .vous nous apparaîtrez au jugement de Dieu : Hoc signum crucis evit in cœlo, cura Dominus ad judicandura venerit. » Alors il faudra bien vous su-

LA CROIX, CLÉ DU CIEL KT DE l'i-NFER. 123

bir, car vous attirerez nos yeux avec une irrésistible puissance. En un instant, la confrontation do notre vie avec vos divins enseignements sera faite, et nous aurons la mesure exacte de nos mérites et de nos démérites. En un instant les justes sauront qu'ils vous ont accordé tout ce que vous nous demandez pour Dieu, pour le prochain, pour nousmêmes ; et s'ils ont failli dans la pratique du devoir vous leur ferez sentir la souveraine efficacité du dernier embrassement par lequel ils ont exprimé de votre bois sacré la miséricorde et le pardon. En un instant, les pécheurs sauront qu'ils vous ont tout refusé, tout, jusqu'à raccomplissement du suprême devoir de pénitence auquel vous les invir tiez, et qui pouvait les sauver. Justes et pécheurs liront sur vos bras leur sentence : à droite : Venite bonedicti; à gauche : Ite maledicti. Aux uns vous ouvrirez le ciel, aux autres l'enfer. Et ni les uns ne seront tentés de se glorifier de leur éternel bonheur, comme s'ils ne le devaient qu'à euxmêmes ; ni les autres de se plaindre de leur éternel malheur, comme s'ils pouvaient s'en excuser; car vous nous montrerez en vous, p croix très sainte, la source de toutes les grâces. C'est ce qui nous reste à méditer.

Les lois humaines, en nous imposant des devoirs, ne nous sont d'aucun secours pour les accomplir, lors même que ces devoirs surpassent nos moyens et nos forces. Sans offenser la justice, il nous est permis de nous plaindre de leurs exigences ; en tout cas, le devoir accompli nous ne leur devons aucune reconnaissance.

Il n'en est pas ainsi du code divin avec lequel nous seront confrontés au jour du jugement. — La croix, règle de tous les devoirs, est aussi la source de toutes les grâces dont notre nature a besoin pour se sanctifier et atteindre sa sublime fin.

La première des grâces est de nous avoir rendu cette fin. Après le grand bienfait de la création, le ciel, où la vision de Dieu doit nous béatifier éternellement, était ouvert à tous les humains, et leur premier père, s'il eût été fidèle, devait y introduire toute sa race. Mais il a péché, et son crime a fermé les portes de la surnaturelle béatitude où la bonté de Dieu nous avait donné rendez- vous. Sans

injustice, le Créateur offensé eût pu répudier à jamais l'homme prévaricateur avec ses tristes enfants, et faire, sur une autre race, un nouvel essai de sa libéralité infinie. Mais non, à l'heure même où sa justice ferme le ciel, sa miséricorde déclare le dessein de le rouvrir, et montre de loin à l'humanité confuse le Sauveur qui doit un jour réparer, sur l'arbre salutaire de la croix, la catastrophe de l'arbre funeste près duquel l'homme s'est déshonoré et a encouru l'éternelle damnation.

Je ne reviendrai pas, Messieurs, sur l'explication déjà donnée de ce mystère, dans lequel la justice et la miséricorde divines se sont embrassées pour nous sauver. Le signe qui nous est resté nous invite à l'espérance, et nous pouvons chanter avec l'Eglise : — « La croix a mis le monde en joie : Eccé per crucem gaudium venit universo WMndo. — La croix auguste qui nous a rendu le salut brille à nos yeux : Crux aima, fulget per quam salus reddita est mundo. — La croix est victorieuse, la croix règne, la croix nous délivre de tout crime : Crux vincit, crux régnât, crux repellit omne crimen'1. »

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