SATNT JOUR DE PAQUES ALLOCUTION
iEterna fac cum sanctis tu h in gloria numer.iri.
Messieurs,
Je vous ai montré dans le ciel la gloire et la félicité qui nous attendent. Contempler les mystères de la vie de Dieu, l'harmonie de ses perfections et, dans les trésors de sa science, toutes les vérités que nous cherchons en vain à travers les ombres de ce monde, toutes les beautés dont notre œil impuissant ne peut ni embrasser l'ensemble, ni découvrir les charmes profonds ; aimer Dieu souverainement et se sentir pénétré de son amour; le posséder avec d'ineffables jouissances, sans
craindre de le perdre jamais, et posséder en lui tous les biens ; être comblé de ses éternels bienfaits jusque dans la misérable chair que la mort a détruite et qu'un suprême miracle doit rappeler à la vie, n'est-ce pas une fin digne de nos espérances, de nos désirs, de nos généreux efforts ? Et lorsque nous comparons le peu que nous sommes et que nous pouvons à cet excès d'honneur, n'estil pas juste que notre cœur se fonde en [cette humble prière que vous venez de chanter tout à l'heure. — « 0 Dieu, puisque nous sommes et serons à jamais indignes des grands biens que vous nous préparez dans les cieux, nous nous abandonnons à votre miséricordieuse bonté. — Faites-nous la grâce d'être un jour du nombre de vos saints dans l'éternelle gloire : JEterna, fac cura sanctis tuis in gloria numerari. »
Cette prière est bonne en tout temps, Messieurs, car en tout temps nous avons besoin de la grâce de Dieu pour n'être pas entraînés par la foule qui se précipite sur le chemin de perdition, et pour être soutenus dans le rude sentier qui conduit au fortuné séjour des élus. Mais il me semble qu'en nul instant de la vie nous ne pouvons penser au ciel et parler à Dieu du ciel avec plus de confiance
et de ferveur qu'au moment où le ciel est dans nos âmes.
Admirez l'extrême bonté de Dieu qui veut bien se donner à nous dans 1 éternité. Les promesses les plus solennelles et les plus précises ne lui suffisent pas pour triompher des doutes de notre infirme nature, qui pourrait bien s'étonner d'être appelée à de si grandes destinées, il joint à sa parole des arrhes en rapport avec le bien infini qu'il propose à nos espérances.
Saint Thomas chante cet acte de magnanime libéralité dans une antienne de son office du très saint Sacrement. — « O festin sacré, dit-il, dans lequel nous recevons ie Christ ! L'âme s'y remplit de grâce, et Dieu nous y donne le gage de notre gloire future. » Vous entendez, Messieurs, « l'Eucharistie est le gage de notre éternel bonheur : Futurœ glorise nobis pignus datur. »
C'est le propre du gage de représenter la valeur de la chose promise. Or, sous ce rapport, rien de plus vrai et de plus parfait que l'Eucharistie ; car, dans ce gage, il y a plus que des similitudes avec le bien céleste, il y a identité d'objet. A la sainte table comme dans le ciel, c'est Dieu qui se donne,
c'est Dieu qui habite en nous, c'est Dieu qui
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pénètre, c'est Dieu qui vivifie. Il n'y a de différence que dans la manière dont il est reçu : dans la communion céleste, il est rerii à découvert; dans la communion terrestre, le double voile des espèces sacramentelles et de la toi enveloppe et l'humanité sainte qui déjà couvre l'essence divine, et Tànie qui s'unit à la chair et au sang du Sauveur. Mais, encore une l'ois, c'est le même Dieu. Toute -mee divine est dans le Verbe incarné, réellement et substantiellement présent au sacrement de l'autel. Et parce que le Verbe ne peut se séparer ni de son Père ni de son Esprit, le Dère et l'Esprit -Saint sont avec lui. Les mouvements sacro-saints de la vie divine s'accomplissent icibas dans l'àme des communiants, comme là-haut dans l'àme enivrée des bienheureux. La communion de la terre o^t, comme la communion du ciel, la totale et joyeuse possession de Dieu. « La terre devient un ciel, dit saint Jean Chrysostome : Hic terram cœlum tlbl feclt hoc mysterium. »
us doute, nous n'avons que les arrhes du bonheur partait dont les saints jouissent aux cieux, mais, penchés vers nous, ils adorent dans noaines Celui qu'ils possèdent éternellement, et chantent avec nous le même cantiqu- Saint,
saint, saint est le Seigneur; » ils admirent dans l'Église d'en bas comme dans l'Église d'en haut le mystérieux et sublime accomplissement de cette
'le du Christ : — «Que tous soient consommés dans l'unité: Ut sint consumrn&ti in unutn. » — Et nous-mêmes, enivrés par un avant-goût de la gloire et de la béatitude célestes, nous sentons que nous n'avons plus qu'un pas à faire pour aller prendre part à cette dernière et suprême communion en laquelle nos frères nous ont précédés, en laquelle notre cœur et notre chair tressailleront éternellement dans le Dieu vivant. % Cor meum et caro mea exultaverunt in Deum vivurn. »
Je dis notre chair, Messieurs, car Jésus-Christ en s'unissantcà notre âme ne la sépare pas du corn-
ion, de l'instrument, du complément de sa vie. Il se donne avec tant d'amour que, voulant reconnaître le service de la chair qu'il traverse pour arriver jusqu'au centre de notre vie, il la considère comme sa propre chair et se trouve engagé, plus que par tout autre sacrement, à lui faire partager un jour sa gloire corporelle. Il n'a
rapporté la loi qui nous condamne à mourir, mais nous avons sa parole qu'il non- guérira de la mort : — « Quiconque mange ma chair et boit mon
sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour : Qui manducat meam carnern, et bibit meum sanguinem habet vitam œternam et ego resuscitabo eurn in novissimo die. »
Trop courts instants que ceux de l'union qui nous met en possession de l'objet de la béatitude céleste! Profitons-en, Messieurs, pour donner à nos espérances et à nos désirs un élan qui les délivre de l'esclavage de tous les faux biens. Le Dieu de l'Eucharistie ne vient pas consommer notre béatitude, mais il la commence en nous aidant à traverser les orages du temps, et à suivre d'un pas ferme la route difficile qui conduit au souverain bien. « Je suis, nous dit-il, comme l'agneau de l'ancienne alliance, la victime du passage; passe avec moi ! Passe au milieu des foules affamées qui se disputent avec rage le pouvoir, les honneurs, la richesse, le plaisir ! Passe sans te laisser séduire par les promesses du présent, ni décourager par les menaces de l'avenir. Passe! Les peines qu'on se donne en ce monde pour être glorieux et heureux seront mal payées, et les jours sinistres qui approchent t'auront bientôt prouvé qu'il n'est de vraie gloire et de vrai bonheur que dans les cieux.
Demande-les aujourd'hui au Dieu que tu possèdes ; sa grâce te soulève, et ses élus te tendent les bras : « JEtern&fac cura sanctis tuis in gloria nuraemri. »