PREMIERE INSTRUCTION
« Antc diem festum Paschcc, sciens Jésus quia venit hora ejus ut transeal ex hoc nmndo ad Patiem, cùm dilcxisset suosqui erant in mundo, in finem dilexit eos. » (Joan., cap. xili, 1.)
Messieurs,
lu enfant, trop jeune encore pour avoir connu son père, est ému jusqu'au fond de lame lorsque ses aînés lui racontent tout ce qui a précédé les derniers moments de celui dont le souvenir est cher à la famille. C'est là, disent-ils, qu'il était assis, et nous étions autour de lui. Il nous regardait les yeux pleins de larmes, il nous parlait avec
plus d'amour, il nous exhortait, il nous encourageait, il nous consolait, il priait pour nous, il nous bénissait. Enfant, que n'étais-tu là pour partager notre tristesse, et aussi les douces joies dont nos cœurs étaient inondés ! — Et l'enfant répond : — Que n'étais-je là!
Aujourd'hui, Messieurs, cet enfant, c'est nous tous, et l'aîné qui doit nous raconter les adieux du doux père de la famille chrétienne, c'est l'apôtre saint Jean, dont le récit commence par les paroles que j'ai prises pour texte : — « Avant le jour de la fête de Pâques, Jésus, sachant que l'heure était ' venue pour lui de passer de ce monde à son Père, voulut donner aux siens qu'il avait aimés, et qu'il laissait sur cette terre, des témoignages plus parfaits de son amour : Cùm dilexisset suos qui éteint in mundo, in finem dilexit eos. » 11 ne s'agit pas, en effet, de nous apprendre que l'amour du Sauveur ne s'est pas démenti jusqu'au dernier instant, mais de nous montrer son cœur débordant d'une tendresse infinie dans les adieux qu'il adresse à ses chers enfants.
Le premier témoignage de cette tendresse de la dernière heure est un acte étrange qui prosterne le Fils de Dieu aux pieds de ses disciples, et par
JÉSUS AUX PIEDS DE S!;s DISCIPLES. 147
lequel il manifeste sa miséricordieuse condescendance pour le pécheur et nous donne une admirable leçon d'humilité et d'amour fraternel. — Méditons à ce double point de vue le touchant mystère du lavement des pieds.
Toutes les phases de la vie du Verbe incarné commencent par un grand acte d'humiliation et d'anéantissement. Il se fait petit enfant dans le sein d'une fille de l'homme, et couvre, selon la belle image de l'Apôtre, sa forme divine de la forme de l'esclave, pour entrer en ce monde plein d'esclaves du péché1. Aux portes de l'adolescence, à l'heure même où sa prodigieuse sagesse vient de frapper de stupeur les docteurs d'Israël, il redouble de respect et d'obéissance à l'égard de ses parents, et l'on ne sait qu'une chose de sa vie cachée à Nazareth : « C'est qu'il était soumis : Et erat subditus Mis 2. » Avant de commencer sa vie publique, il se mêle à la foule qui entoure Jean- Baptiste sur les bords du Jourdain ; humilié, comme le dernier des pécheurs, devant son précurseur, il veut recevoir de lui le baptême de pénitence. Enfin,
1. Exinanivit semctipsum formam servi accipiens. (Philip., cap. n).