Luc , cap. i
j(r? JÉSUS AUX PIEDS DE SES DISCIPLES.
Mais, Messieurs, notre divin Maître, en nous
faisant ses adieux, ne songe pas seulement à la
perfection et au bonheur de chacun de ses enfants,
il veut assurer la perfection et le bonheur de toute
la famille chrétienne par une grande leçon de
charité fraternelle. L'humble service qu'il rend
à ses apôtres n'est qu'un type des innombrables
services d'amour que devront échanger entre eux
ses enfants. Il ne dit pas précisément faites ce
que j'ai fait, mais « faites comme j'ai fait : quem-
ndmodum ego feci vobis. » C'est-à-dire : sachez
vous abaisser et mettre au service des petits les
prérog*atives, les grandeurs, les biens que vous
avez reçus de Dieu.
Cette leçon a été comprise, Messieurs ; l'histoire
de la charité dans l'Eglise est pleine de faits qui nous rappellent l'amoureuse humiliation du Sauveur. Non seulement l'acte qu'il a accompli s'est perpétué dans la liturgie, mais on a vu, depuis dixhuit siècles, l'humanité se prosterner aux pieds des petits et des pauvres : des riches se dépouiller pour eux, des mains de rois, des bouches de reines laver et baiser leurs plaies, de nobles jeunes gens, de nobles jeunes filles quitter le monde, se couvrir de bure grossière et aspirer à l'insigne bon-
neur d'imiter le Christ dans ses amoureux abaissements. La prodigieuse germination d'oeuvres miséricordieuses et fraternelles qui remplit le monde catholique est comme le prolongement des adieux du Sauveur, un effet permanent de la leçon qu'il a donnée à ses disciples, lorsqu'après s'être humilié à leurs pieds pour les servir il leur a dit : a Je vous ai donné l'exemple, faites comme moi : Exemplum dedi vobis, ut quemadmodum ego feci vobis ita et vos faciatis. »
Messieurs, appliquez-vous cette leçon. Le temps est venu où la chanté fraternelle doit être pour la grande nation des petits et des pauvres, dont on a corrompu la foi, la suprême démonstration de la vérité évangélique. Cette démonstration s'est imposée avec une souveraine puissance à l'origine du christianisme. « Les gentils nous regardent, » disait saint Cyprien aux prêtres et aux laïques qui s'appliquaient avec lui aux œuvres de charité fraternelle ; « les gentils nous regardent et sont forcés de croire : Gentiles coguntur ut credant . »