‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 59 sur 107 · De morlalitale · texte numérisé non relu

De morlalitale

Eh bien, Messieurs, aujourd'hui le peuple gentilisé vous regarde : il vous regarde et il attend, lassé qu'il est par les déclamations des menteurs et des ambitieux qui, après avoir étouffé ses religieuses espérances, exploitent son mécontentement et sa misère en lui prodiguant de trompeuses promesses. On lui a dit maintes fois que ceux qui travaillent et qui souffrent seraient armés légalement contre l'exploitation du capital, et qu'on les ferait entrer par la force des décrets dans leur part de la richesse publique ; que la loi préparait la liquidation sociale, et que de la liquidation sociale naîtrait une fraternelle égalité. Mais il commence à voir que ceux qui le flattent et le leurrent avaient besoin de ses suffrages pour arriver aux affaires, et que, maintenant qu'ils sont pourvus, ils sont plus occupés de leur fortune d'aventure que de la misère des pauvres gens. Le peuple vous regarde et attend. N'aura-t-il sous les yeux que des hommes qui, sans se déranger de leurs affaires et de leurs plaisirs, se contenteront de le plaindre et chercheront à l'éclairer par des discours. Ah! Messieurs, ce ne sont pas des apitoiements et des discours que le peuple demande, mais des faits.

Or les faits, je vous Tai déjà dit ' et je me sens le besoin de le répéter aujourd'hui, les faits ce sont les œuvres par lesquelles la charité fraternelle lutte contre les misères humaines. La multiplicité, l'activité, la prospérité de ces œuvres parleront plus éloquemment que toutes les plaintes et tous les discours au cœur des malheureux. Montrez-leur que -vous avez compris la leçon du Christ humilié aux pieds de ses apôtres ; que votre ambition est d'imiter votre maître, Jésus-Christ, qui n'a été le premier en grandeur et en dignité que pour être le premier à l'abaissement et au sacrifice ; que vous n'avez reçu de Dieu la fortune, l'instruction, le talent, la force et le loisir que pour les employer au service de ceux qui souffrent, que vous aimez les pauvres et les petites gens, non seulement de loin, en leur envoyant par des mains étrangères quelque chose de votre superflu, mais de près, en travaillant personnellement, avec zèle et désintéressement, à l'amélioration de leur sort. Créez des œuvres qui embrassent

1. Cf. Retraitée pascales, semaine sainte 1886, Mardi saint, deuxième instruction : Importance des œuvres catholiques.

toute la vie, correspondent à toutes les conditions, à tous les besoins du pauvre et du travailleur : enfance, maternité, vieillesse, maladie, convalescence, apprentissage, travail, chômage, logement, nourriture, instruction, épargne. Fondez des œuvres de justice sociale, des associations libres, franches, loyales qui mettent le prolétaire à même de se soustraire à l'exploitation criminelle de son temps et de ses forces, et de trouver pour les jours mauvais des ressources sagement administrées, lui permettent de mépriser les offres d'un capital mystérieux et immoral dont l'aristocratie du désordre se sert pour solder toutes les révoltes, Enfin, donnez à vos œuvres l'empreinte de l'amoureuse condescendance dont le Christ a fait un exemple en sa personne. Alors, Messieurs, les malheureux comprendront que l'inégale répartition des biens n'est pas une injustice, puisque le riche a pour mission de représenter ici-bas la providence ; que la condition humiliée des petites gens, en ce monde, n'est pas une honte, puisque l'amour chrétien se fait un honneur de les servir; qu'ils doivent supporter avec patience le poids du travail et de la souffrance et répondre par la reconnaissance et la prière aux bienfaits de la cha-

rite fraternelle ; et que. Finalement, selon la belle parole de l'Apôtre, l'égalité s'établit dans la société par les amoureux échanges de la fraternité chrétienne : « Ut fiât sequalitas l. » En imitant le Christ auprès des petits et des pauvres, vous les rapprocherez du Christ, vous les unirez au Christ dans la vérité et dans l'amour, et vous recueillerez le fruit de cette union dans la béatitude que le Sauveur a promise à ses imitateurs : « Si hxc scitis, beati eritis si feceritis en. »

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