Il Pet., cap. i
n'est plus moi qui vis , c'est Jésus-Christ qui vit en moi1. »
Voilà, Messieurs, la dignité de ceux que le Christ appelle ses petits enfants. Remarquez-le bien, je vous prie, ce n'est pas une dignité de luxe, mais une dignité nécessaire. « Demeurez en moi, dit le Sauveur, comme je veux demeurer en vous. De même que le rameau ne peut porter de fruit s'il ne reste attaché à la vigne, vous pareillement si vous n'êtes fixés en moi. Encore une fois : je suis la vigne, vous êtes les rameaux. Qui demeure en moi, moi demeurant en lui, porte des fruits abondants, parce que sans moi vous ne pouvez rien faire2. »
Vous entendez, rameaux de la vigne sainte, celui qui reçoit du tronc divin auquel il est attaché la sève du Christ porte des fruits abondants. Tout son être transfiguré parla grâce opère divinement. Ses pensées, ses désirs, ses actions, tout prend
1. Jam non ego vivo, vivit vero in me Ohristus. (Gai., cap. il, 4.)
2. Manete in me, et ego in vobis. Sicut palmes non potest ferre fructum a semetipso, nisi manserit in vite, sic vos, nisi in me manseritis. Egosumvitis, vospalmites. Qui manet in me, et ego in eo, hic fert fructum multum: quia sine me nihil potestis facere. (Joan., cap. xv, 4, B.)
en lui comme des proportions infinies, parce que tout est pénétré de la vertu du Très Haut, et surnaturalisé, comme son être, par la vie divine. Et le Père, qui a planté et qui cultive la vigne sainte, est glorifié par son admirable fécondité, en laquelle il reconnaît la vertu de son Fils : « In hoc clarificatus est Pater meus, ut fructum plurimum a,fferati&\ et effîciamini mei discipuli l. »
Au contraire, si le péché obstrue dans vos âmes les vaisseaux par où doit se précipiter la grâce du Sauveur, vous êtes condamnés à une honteuse stérilité ; car Jésus l'a dit : « Sans la grâce vous ne pouvez rien faire, sans la grâce vous ne pouvez point porter de fruits. » Vous aurez des vertus naturelles, c'est possible; vous ferez des actes honnêtes, c'est possible; vous arracherez à la nature ses secrets, vous dompterez ses forces, vous aurez part au gouvernement de la chose publique, vous serez des savants, des illustres, des hommes considérables et considérés dans le monde, c'est possible ; mais tout cela sera inutile à votre réelle grandeur, à votre éternelle gloire, à votre salut.