Manete in dilectione mea. (Joan., cap. xv
A. Mandatum novura do vobis : ut diligatis invicem sicut dilexi vos.... In hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis, si dilectionem habueritis ad invicem. (Joan., cap. xiîl, 34, 35.)
je l'aimerai, moi, et je me manifesterai à lui '. » La foi, l'amour, les œuvres : Voilà donc les signes auxquels on peut reconnaître la mystérieuse et surhumaine dignité du chrétien, laquelle consiste à être uni au Christ et à vivre de sa vie. Mais, môme parmi ceux qui ne se sont pas séparés du tronc divin par une apostasie publique, et qui semblent faire encore partie de la vigne du Seigneur, que ces signes sont rares! Combien n'ont qu'une foi vague et mal formée qui ne sait pas voir Dieu dans le Christ, ni percer les voiles de son humanité pour adorer sa grandeur infinie; une foi craintive, hésitante, endormie, toujours prête à se laisser envahir par les erreurs et les préjugés qui courent le monde; une foi qui ne comprend rien à l'absolue nécessité de vivre continuellement de la vie même de Jésus-Christ, et de demeurer dans sa grâce pour éviter une éternelle réprobation! Combien dont le cœur est tellement rempli de l'amour des créatures qu'il n'y reste pas la plus petite place pour l'amour de Dieu ! Combien qui
1. Si diligitis me, mandata measervate. (Joan.,cap.xiv, 13,; — Qui habet mandata mea et servat ea, ille est qui diligit me. Qui autem diligit me, diligetur a Pâtre meo: et eero dilisram eum, etmanifestaboei meipsum. (Ibid. 21.)
se concentrent dans leurs affections naturelles, et se refusent à cette universelle charité dont le Sauveur nous a donné le précepte et l'exemple ; qui ignorent dans la pratique que, pour aimer chrétiennement son prochain, il faut non seulement sacrifier ses antipathies et ses répugnances, non seulement donner un superflu qui ne coûte rien à la nature, mais, comme le dit énergiquement Bossuet, « prendre sur le vif, en sorte que nous souffrions pour nos frères,... puisque nous devons être disposés, selon le précepte du Sauveur, à donner notre vie pour eux! » Combien surtout se contentent d'observer dans la loi de Dieu ce qui convient à une vulgaire honnêteté, et font bon marché d'un grand nombre de commandements qui les obligent gravement, sans considérer que leur négligence devient rébellion, que leur rébellion est un acte d'inimitié qui les sépare de Dieu. Sarments stériles, bons à couper et à jeter au feu; — n'y en aurait-il pas de quoi faire un bûcher dans cette église ?
Mais non, mon Dieu! ne vous hâtez pas de retrancher de votre vigne les rameaux qui ne donnent pas signe de vie. Voici les jours de salut ! Vos dernières révélations vont éclairer les âmes, vos
paternelles invitations toucher les cœurs, Ceux qui ont résisté à vos saintes volontés vont confesser leurs fautes et rouvrir leurs âmes obstruées par le péché au courant de votre divine sève. Et vous les appellerez encore mes enfants, mes amis; vous accomplirez la promesse que vous avez faite devenir et de demeurer en eux avec votre Père. Unis à vous, ils se feront reconnaître par leur foi, leur amour et leurs œuvres; et vous les récompenserez de ce renouveau de vie chrétienne en leur faisant mieux connaître votre infinie grandeur et perfection, selon votre parole : « J'aimerai celui qui m'aime et je me manifesterai à lui : Qui diligit... ego diligam eumy et manifestabo ei meipsum. »