MERCREDI SAINT TROISIÈME INSTRUCTION
Messieurs,
Le Sauveur, clans ses dernières révélations, a résumé et complété la doctrine qu'il avait enseignée à ses apôtres pendant les jours de sa vie mortelle. Ils connaissent l'infinie grandeur de leur Maître et la surnaturelle dignité de leur propre vie intimement unie à la vie du Christ et divinement transformée par sa grâce. Sont -ils prêts à se manifester au monde par la foi, l'amour et les œuvres? — Pas encore. L'avenir qui s'ouvre devant eux est plein de périls, et le Sauveur, comme
un bon Père, se croit obligé de les avertir de ce qui les attend. Bien qu'ils aient été purifiés par les suprêmes confidences et les attouchements sacrés de leur Maître, ils sont faibles encore, et leur faiblesse doit aller jusqu'à la défaillance. Relevés de cette défaillance, ils seront en butte à la haine et à la persécution, jusqu'à l'heure où le Christ viendra recueillir sur leurs lèvres mourantes le dernier soupir de leur vie immolée. De leur faiblesse et de leur défaillance, de la haine et des persécutions du monde le Sauveur les avertit. Et, parce que ses avertissements pourraient troubler leur cœur jusqu'au découragement, il les rassure par de consolantes promesses.
Méditons ces avertissements et ces promesses, Messieurs, ils vont plus loin que le petit troupeau qui, dans le cénacle et sur le chemin de Gethsémani, assistait aux adieux du Sauveur; ils s'adressent, en tous les temps, à toute la famille chrétienne.
a Mes petits enfants, avait dit le Sauveur, je ne suis plus que pour un peu de temps avec vous. Vous me chercherez, mais, comme je l'ai dit aux juifs, là où je vais vous ne pouvez pas encore venir1. » — Pierre ne l'entendait pas ainsi. Il aimait son Maître, et il avait compris que le départ dont il s'agissait n'était autre que la mort. — « Pourquoi, dit-il, ne pourrais-je pas vous suivre? Je suis prêt à mourir pour vous2. » Infirme qu'il est, il compte sur sa générosité qu'il croit inébranlable ; mais le divin médecin voit ce qu'il y a de faiblesse au fond de ce tempérament ardent qui se promet si facilement d'être héroïque; il en avertit solennellement son apôtre. « Tu es prêt à donner ta vie pour moi? répond-il. Eh bien, en