Act., cap. v} il
Messieurs, car, dans la personne des apôtres, c'est à toute la famille chrétienne que s'adressent les promesses du Sauveur. Ne vous a-t-il pas donné sa vie en vous engendrant surnaturellement ? N'est-il pas présent dans vos âmes, si vous possédez la grâce ? N'avez-vous pas reçu son Esprit, dans les sacrements de votre naissance et de votre accroissement spirituels, et avec son Esprit, la divine vertu de foi, qui peut vous assurer la communication de sa toute-puissance? Chaque jour, et particulièrement dans les jours néfastes que nous traversons, n'êtes- vous pas invités par l'Eglise à prier au nom de Jésus ? Vos âmes sanctiliées ne peuvent-elles pas être les inviolables sanctuaires de sa paix et de sa joie?
Entendez-le bien, Messieurs, rester unis à Jésus- Christ, et sentir dans cette union que l'honneur d'être aimé par lui vaut bien la peine de porter le poids d'une méprisable haine : c'est vaincre le monde. Adhérer fermement, par la grâce de l'Esprit-Saint, aux vérités de notre Credo, pendant que se débitent autour de nous tant d'erreurs et de fausses maximes : c'est vaincre le monde. Voir dans la lumière de l'Esprit-Saint la corruption et l'injustice de cette société réprouvée pour laquelle
le Christ n'a pas voulu prier, comprendre qu'on n'en peut pas être, et vouloir n'en être pas : c'est vaincre le monde. A défaut de miracles, multiplier les œuvres d'amour qui consolent la misère et confondent l'égoïsme : c'est vaincre le monde. Répondre à la haine et à la persécution par une incessante et unanime prière capable de toucher le cœur de Dieu, de l'obliger à délivrer les siens, et, même, à répandre ses grâces sur les misérables qui l'oublient ou le méconnaissent : c'est vaincre le monde. Se refuser une tranquillité qu'on ne peut acheter que par de lâches complaisances ou de criminels compromis, des jouissances qu'on ne peut trouver qu'en des plaisirs coupables, et se contenter de la paix d'une conscience pure, de la joie qu'on rencontre dans la société de Dieu et de ses amis: c'est vaincre le monde. Ne vous troublez pas, Messieurs, de la haine et des persécutions qui vous sont annoncées, mais ayez confiance : confidete. Vous avez la parole du Sauveur, et j'ose dire plus de garanties que les apôtres de la vérité de cette parole. Que de crises depuis dixneuf siècles, crises d'erreurs et de persécutions au bout desquelles on a toujours entendu ce cri de triomphe : « J'ai vaincu le monde : Ego l'ici
mundum. » L'Eglise triomphera de la crise actuelle comme elle a triomphé de toutes les autres, et vous triompherez avec elle. Mais, dussiez-vous n'en pas voir la fin, et mourir opprimés, consolezvous par cette adorable promesse du chef de la famille chrétienne : « Lorsque je serai parti et que je vous aurai préparé une place dans la maison de mon Père, je reviendrai et je vous prendrai afin que vous soyez là où je suis : Et si ahiero et praeparavero vobis locum iterum venio, et accipia,m vos ad meipsum, ut ubi sum ego, et vos sitis1. » Là, la lumière sera sans ombre, la paix sans trouble, la joie sans fin ; là, nous serons unis dans l'éternel amour. — Ainsi soit-il.