‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 88 sur 107 · QUATRIEME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

QUATRIEME INSTRUCTION

Messieurs,

Les leçons que nous a données le Sauveur dans ses. adieux, ses dernières révélations, ses avertis» sements et ses promesses ne sont, en quelque sorte, que la solennité dont il entoure son testament. A la fin de cette dernière pâque qu'il célèbre avec les siens, avant de mourir, il veut faire honneur à l'engagement qu'il a pris publiquement de nous laisser pour héritage le plus grand des trésors : sa chair adorable et son précieux sang.

Ecoutez TEvangéliste : — « Pendant qu'ils sou-

paient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples, disant : Recevez et mangez : ceci est mon corps. Et prenant le calice, il rendit grâces et dit : Buvez-en tous : ceci est mon sang, le sang du nouveau testament, qui sera répandu pour un grand nombre, afin de remettre leurs péchés1. » Ce n'est pas un don passager qu'il fait; c'est un sacrement qu'il institue : legs perpétuel de son amour à tous ceux qui croiront en lui. Il va retourner vers son Père, mais il veut rester avec son Eglise, dans la sainte Eucharistie. N'estce pas, Messieurs, ce qu'il y a de plus important et de plus consolant pour nous dans les adieux du Sauveur ? Admirons ensemble le trésor qu'il nous a légué.

Jésus se donne lui-même dans le sacrement de son amour ; — il se donne sans réserve, et malgré tout ce qui peut offenser sa gloire. — Tel est, pour ce soir, le sujet de notre méditation.

4. Cœnantibus autem eis, accepit Jésus panem, et benedixit, ac fregit, deditque cliscipulis suis, et ait: Acccpite et comedite : hoc est corpus meum. — Et accipiens calioem, grattas egit, et dédit illis dicens: Bibite ex hoc omnes. — Hic est enim sanguis meus novi testamenti. qui pro multis effundetur in remissionem peccatorum. (Matth., cap. xxvi, 26-28.)

Jésus se donne lui-même : rien de plus manifeste ; les répugnances et les fausses délicatesses de la raison ne peuvent rien contre notre foi et l'incomparable trésor qui est devenu notre héritage. La raison attaque par l'absurde le testament du Sauveur, et voudrait bien nous faire passer pour des innocents, trop heureux et trop fiers d'une richesse imaginaire; mais les arguments qu'elle nous oppose ne sont, en fin de compte, que des subtilités et des sophismes, qu'il est facile d'user contre la toute-puissance de Dieu, à qui les miracles qui transforment les substances ne doivent pas plus coûter que le miracle primordial, le grand et incompréhensible miracle qui les a produites. Qu'elle se révolte contre le renversement ou la suspension des lois qui régissent les rapports de la substance avec les accidents, les phénomènes, la quantité, l'étendue, cela ne nous effraie pas; je crois vous l'avoir prouvé quand il

a fallu exposer et justifier devant vous les mi-

racles eucharistiques1. Je n'ai pas à revenir aujourd'hui sur ces questions difficiles, mais simplement à réveiller dans vos âmes les sentiments de respect, d'admiration et de reconnaissance que mérite le legs du Sauveur.

On a peine à comprendre les difficultés que fait Thérésie, qui croit à la divinité de Jésus Christ, pour admettre la pleine vérité de sa donation réelle, personnelle et substantielle dans l'Eucharistie, quand on étudie la clarté de son testament,

— la loi du progrès dans les institutions divines,

— les exigences de l'amour : autrement dit, la parole du testateur, — les intentions du testateur,

— les sentiments du testateur. — Laissez-moi vous rappeler ici des considérations que vous avez déjà entendues ; il est bon de vous en pénétrer.

Jésus-Christ a dit du pain et du vin qu'il présentait à ses disciples, dans la dernière cène : « ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Or, ce n'est pas quand un homme va mourir qu'il enveloppe d'ombres son langage. Pressé par l'amour de ceux qu'il va laisser après lui et par l'attente

1. Cf. Exposition dudogme catholique, soixante-huitième conférence, Les miracles eucharistiques.

des choses éternelles, il sent le besoin d'être clair et sincère. Les ambiguïtés et les réticences nuiraient à la paix de sa famille et à l'honneur de sa mémoire. Il dit simplement ce qu'il sait, il définit clairement ce qu'il donne et sa parole semble réfléchir la lumière du monde meilleur où il va bientôt entrer. Combien plus, Messieurs, si l'homme qui va mourir est un Dieu, père d'une famille immense et impérissable, dont la foi est la vie, où la paix ne peut être assurée que par l'unité de doctrine, où l'unité de doctrine repose sur la clarté des révélations, particulièrement des révélations suprêmes qui prennent la forme du testament !

Evidemment le Sauveur avant de mourir devait parler sans obscurité et sans mystère. Du reste, les apôtres, habitués au langage figuré et parabolique de leur cher Maître, ont si bien compris l'intention et l'obligation qu'il avait de s'exprimer clairement, avant de les quitter pour retourner à son Père, qu'ils lui disent, en entendant ses derniers discours : « Nous reconnaissons maintenant que vous ne parlez plus en paraboles : Eccq nunc palara loqueris et proverbium nullum dicis; il n'est plus besoin de vous interroger da-

vantage : Non opus est tibi ut quis te interrogat1. »

Ils étaient mieux placés que qui que ce soit pour interpréter les paroles de leur Maître instituant l'Eucharistie. Or, la foi traditionnelle nous est un sûr garant de l'interprétation littérale qu'ils ont donnée à cette parole. Elle s'exprime, cette foi traditionnelle, non seulement par des textes explicites dont on pourrait remplir plusieurs volumes, mais par des actes solennels et des monuments. Toute la liturgie et ses incomparables beautés proclament la réalité et la divine richesse du legs que nous a fait le Sauveur. C'est pour abriter son humanité sacramentellement anéantie qu'on a construit des temples et des tabernacles merveilleux. C'est vers lui que toute l'harmonie, tout le symbolisme de nos édifices sacrés semblent converger. La nature entière est mise en réquisition pour lui rendre honneur : l'or, les pierreries, les étoffes précieuses, la lumière, les fleurs, les parfums, les chants. Aux magnificences du culte catholique, dans tous les âges et dans tous les lieux, il est facile de reconnaître que nos taber-

Page 1