Malac, cap. n
quer pour nous mettre en rapport avec lui, où l'on traite à la légère, sinon avec mépris, les pratiques de piété et de pénitence que l'Eglise nous impose, sous peine de péché grave ; toutes ces vies où l'âme ne s'inquiète jamais ni de sa fin dernière, ni de son état présent, où la foi réclame sans cesse contre la fausse conscience, quand elle ne s'endort pas avec elle du profond sommeil de l'indifférence et de l'oubli ; toutes ces vies, enfin, dont on pourrait presque dire, comme saint Paul de la vie des païens, qu'elles sont sans Dieu, n'est-ce pas un vol, un vol considérable, perpétuellement fait à la gloire de Dieu ?
Pour ce qui regarde le prochain, les honnêtes gens selon le monde n'ont sans doute pas à se reprocher ces grossiers attentats qui peuplent les prisons de voleurs, d'escrocs, de filous, de faussaires; mais ne sont-ils pas imbus de cette détestable maxime : qu'il faut avoir, avoir beaucoup et promptement, afin de jouir le plus tôt possible ? Sous l'influence de cette maxime, combien traitent les affaires avec une activité fiévreuse qui les transforme en un jeu immoral, avec cette habileté suspecte qui sait se livrer, sous le couvert de la légalité, à des opérations qu'une conscience hon-
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nête ne peut absoudre ; combien seraient empêchés d'écrire sur tout ce qu'ils possèdent ces deux mots : Fructus justitiœ. Fruits de la justice !
Dans un autre ordre de bien et de propriété, n'est-il pas vrai, Messieurs, que la criminelle indulgence du monde pour les amours adultères pousse à ces brigandages domestiques qui désho* norent secrètement les familles? Et n'est-ce pas Un voleur de la pire espèce celui qui ne ravit un cœur à qui doit seul le posséder que pour outrager dans la chair ses droits les plus délicats et les plus sacrés ?
Je veux bien que les mains soient nettes de sang et les cœurs vides de désirs homicides. Cela veutil dire que personne ne conspire contre la vie humaine, que personne n'attente à la vie humaine ? — Non, Messieurs. ■ — Vous savez trop bien qu'il y a par le monde des calculateurs défiants et abjects, qui, par un vice honteux et lâche, suppriment la vie, au moment même où, selon les lois de la Providence, elle devrait se produire ; qui, pour s'épargner les soucis et les embarras de la paternité, sans se priver d'une jouissance, ont recours à des artifices inconnus de la bête; qui, en
limitant la famille, épuisent la féoondité des peuples dont ils devraient accroître la force vitale, et les condamnent à l'écrasement des nations prolifiques, toujours prêtes à envahir et à posséder le monde. « Que celui qui peut comprendre comprenne : Qui potest capere capiat1. »
Mais ce que tout le monde peut comprendre, c'est qu'il est une vie qu'on doit respecter plus que la vie du corps, la vie publique. Vie de notre bonne renommée, circulant dans les artères et les veines de la société, vie de notre honneur, faite d'estime et de considération, vie si chère aux nobles âmes qu'elles la préfèrent à la vie de la chair et du sang, et sont accoutumées de dire : — J'aimerais mieux mourir que de vivre déshonoré. ■** Or, Messieurs, on attente à cette vie par des coups de langues pires que des coups de poignards; on peut tuer cette vie par des calomnies qui imputent de faux crimes, ou par des médisances qui font sortir de l'ombre et livrent en pâture à la curiosité publique des secrets honteux, dont aucun autre intérêt que ceux de la haine, de la jalousie ou de l'amour-propre ne réclamait la révélation.