‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 90 sur 107 · Jonn , cap. xiïl · texte numérisé non relu

Jonn , cap. xiïl

sentiment qui l'a penché vers notre misère est si fort que toutes les perfections divines se sont mises à son service. Plus que les autres, la toutepuissance est prête à faire ce qu'il commande.

Or, Messieurs, vous le savez par expérience, une des exigences de l'amour c'est l'union. L'union intime et profonde des cœurs, l'union sans les douloureuses intermittences qui font souffrir les âmes amies. Les affections dévouées, pures et saintes, auxquelles Dieu sourit et qu'il bénit, ont naturellement horreur de la séparation. On voudrait ne jamais se quitter mais toujours jouir de la présence de ses amis, toujours entendre leur voix si chère. Et quand on est obligé de leur dire adieu, dans l'impuissance où Ton est de rester tout entier auprès d'eux, on leur laisse un tout petit objet qu'on a touché, une fleur qu'on a cueillie, la frange d'un vêtement qu'on a porté, une image, un signe, un de ces riens, à la fois misérables et charmants, qui rappellent sans cesse le souvenir des absents. Pauvres chères reliques! On les conserve avec soin, on les touche avec respect, on les regarde tendrement, on les baise pieusement, et il semble qu'on est plus près, dans ces effusions, du cœur de ceux dont on est séparé. Quelquefois

le cœur épanché sur des pages discrètes traverse de longues distances pour revenir errer aux lieux où sont ses amours. Ah ! si l'on pouvait faire un mystérieux partage de soi-même, ou plutôt si l'on pouvait s'en aller et rester en même temps ! Impossible, hélas! notre infirmité ne nous permet pas ce miracle.

Mais Celui qui nous a tant aimés et qui déclare vouloir nous aimer jusqu'à l'extrême limite de l'amour, Jésus-Christ, notre cher Sauveur, n'estil pas tout-puissant? Est-ce que le temps et l'espace peuvent limiter son pouvoir infini qui unit le ciel et la terre, les jours qui passent à l'éternité ? Sans se diviser ne peut-il pas multiplier sa présence, être assis à la droite de son Père, et en même temps au milieu de nous? — Oui, Messieurs, il le peut, et, parce qu'il le peut, j'ose dire qu'il doit le vouloir, car, sans cela, il manquerait quelque chose à la perfection de son amour. L'Eucharistie, fût-elle un signe plein de souvenirs, si elie ne contient pas réellement et substantiellement la personne même de Jésus-Christ, il m'est impossible d'y voir l'accomplissement de cette parole : « Le Christ, ayant aimé les siens qui étaient et devaient rester dans le monde, les aima

jusqu'à l'extrême limite de l'amour : Christus, cûm dilexisset suos qui erant in miindo, in ftnem dilexit eos. »

Le testateur a parlé ; ses intentions bien connues, ses sentiments si tendrement exprimés, ajoutent une nouvelle lumière aux clartés de sa parole. Nous n'en pouvons plus douter : le legs du Sauveur n'est pas un simple mémorial qui doit nous rappeler son passage en ce monde, une figure, un symbole ; c'est lui-même.

0 merveille de puissance et d'amour, Jésus se donne ! — « Il se donne, — dit un pieux et savant auteur, qu'on croit être saint Thomas, ou son maître Albert le Grand, — ■ il se donne comme compagnon de notre pèlerinage, comme prix de notre rédemption, comme nourriture de notre mortalité1. »

a Comme compagnon de notre pèlerinage : In socium nostrde peregrinationis. » — Ce n'est pas un maître qui vient surprendre et surveiller ses serviteurs tremblants à l'heure du travail ; ce n'est pas un roi fier et hautain qui traverse la foule éblouie de ses sujets; c'est un doux et tendre ami

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