Joan., cap. XYI
nacles contiennent, non pas une figure, un symbole, un pur signe, mais, sous ce signe, réduit à la condition de simples apparences, une divine réalité, une personne vivante, un Dieu.
Du reste nous connaissons les intentions du testateur ; si sa parole était moins claire elles en détermineraient le sens.
Jésus-Christ est venu pour remplacer la loi judaïque par une loi plus parfaite, et les figures de l'ancienne alliance par des réalités, « Tout était ligure pour nos pères, » dit l'apôtre saint Paul : « Omnia in ftguris contingebant Mis1 : » les personnes, les événements, les cérémonies, le culte. Dans ce vaste ensemble de symboles, les sacrements étaient représentés par des signes et, entre tous les sacrements, celui que le Sauveur institua en faisant ses adieux. Le pain et le vin offerts par Melchisédech, la manne, l'agneau pascal, les sacrifices étaient des figures de l'Eucharistie. Prenons à la lettre les paroles du Christ nous léguant son corps et son sang, toute sa personne adorable, le progrès de la loi nouvelle sur la loi ancienne est immense, et les intentions du Sau-
l. I Cor., cap. x, 11.
veur sont remplies au delà de toute espérance. Au contraire, supprimons la donation réelle, personnelle, substantielle que Jésus-Christ fait de lui» même, ne voyons que du pain et du vin dans l'Eucharistie, nous ne sortons pas de l'ère des figures et des symboles ; la loi nouvelle reste au niveau de la loi ancienne; je dis plus : — - elle tombe au-dessous d'elle.
Vous n'ignorez pas, Messieurs, que le grand acte religieux de la loi ancienne, le sacrifice, n'était que la figure du sacrifice de la croix; mais quelle figure pompeuse et saisissante! Les victimes couronnées de fleurs étaient amenées par les lévites qui les couchaient sur l'autel ; les prêtres, revêtus des ornements sacrés, les égorgeaient; le peuple, dans le recueillement et la stupeur, attendait la fin de cette tragédie sacrée, pendant que le chœur aux mille voix chantait des hymnes prophétiques. Et ce n'était pas une seule victime qu'on immolait, c'était cent, c'était mille,... des hécatombes dont le sang coulait sous le couteau des sacrificateurs. Rien de plus auguste et de plus expressif pour figurer les milliers de vies concentrées, en quelque sorte, dans la personne et l'immolation du Verbe rédempteur.
Pouvez-vous croire, Messieurs, que de ce spectacle grandiose, il ne nous reste rien, rien qu'un acte vulgaire s'accomplissant sur de vulgaires substances? — Mais cet acte, de quelque pompe qu'on l'entoure, n'est qu'un rite méprisable, si on le compare à l'œuvre de mort qui faisait jaillir un fleuve de sang, dans lequel Israël venait se purifier de ses iniquités. Réduite à la condition d'un pur et simple mémorial qui nous rappelle le sacrifice cle la croix, sans une réelle présence et immolation de Jésus-Christ , l'Eucharistie parle moins éloquemment que les figures du judaïsme ; la loi nouvelle est inférieure à la loi ancienne, et les institutions divines vont en décroissant. Qui ne comprend que cette déchéance est contraire aux intentions du Sauveur qui venait appliquer aux institutions divines la grande loi du progrès?
La loi du progrès appelle Jésus-Christ clans l'Eucharistie; mais combien plus les exigences de l'amour !
Jésus nous a aimés, il nous l'a fait dire par le confident de ses sentiments les plus intimes, d'un amour qui va jusqu'à l'extrême limite: « Christus, cmn dilexisset suos, in finem dilexit eos * . » Le