‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 93 sur 107 · Opuscul. cit. sup · texte numérisé non relu

Opuscul. cit. sup

.Mais s'il est grand dans sa libéralité à leur égard, « combien plus quand il se donne à des serviteurs et à des servantes : Majus estancillis et servis. » Et j'entends par là ces âmes qui ne marchent qu'à petits pas dans le service de Dieu, qui ne se soumettent qu'aux strictes exigences de sa loi, et qui refusent à leur vie médiocre le plus petit acte de perfection. Cependant, Jésus ne dédaigne pas de s'approcher d'elles et de récompenser par le don de tout lui-même leur parcimonieuse charité.

Arrêtez-vous ici, mon Sauveur, c'est assez. — Mais non, il veut aller au comble de la munificence : « faire de grands dons à des passagers et à des inconnus : Maximum est peregrinis et ignotis. » Ames tièdes et indifférentes dont la vie chrétienne est déshonorée par des intermittences coupables. Emportées dans le tourbillon des affaires de ce monde, en proie à la lièvre du plaisir, elles oublient pendant des années entières leurs plus graves devoirs. Et, quand, par aventure, elles se souviennent de la loi qui les appelle à la table sainte, Jésus n'ose pas leur dire : « Qui êtesvous ? Je ne vous connais pas, » il se donne, sachant

bien qu'elles vont, en le quittant, retomber dans leur même tiédeur et indifférence.

Vous ne pouvez pas faire davantage, mon doux Sauveur, car votre libéralité est épuisée, puisque vous êtes au comble de la munificence. — Eh bien, non. — Jésus va jusqu'à l'excès, « il se donne à ses ennemis : nimis inimicis. » — Horreur! il y a des chrétiens qui, sous les dehors de la piété, s'approchent du Dieu caché dans le sacrement d'amour, et qui ne craignent pas de lui faire sentir l'odeur cadavéreuse de leur âme empoisonnée par le péché. Comment, ô mon Jésus, ne vous échappez-vous pas des mains du prêtre au lieu d'entrer dans ces sépulcres blanchis ? — Prodige d'amour! votre miséricorde affronte un si grand outrage, et souvent il arrive que la plus lâche des trahisons n'est punie que par la grâce d'un remords salutaire.

On a dit de l'amour qu'il fait faire des bassesses et des folies : Àmor ad ima provocat ; amor fecit insanire. On oublie honneur et gloire; on brave toute honte pour se donner à ceux qu'on aime ; on leur sacrifie ce qu'on a de plus cher. Et voilà ce que vous faites, ô mon Jésus, votre honneur, votre gloire, tout est sacrifié. Les humilia-

tions et les injures ne peuvent triompher de votre amour pour nous. 0 sainte bassesse! ô divine folie! Après cela, je n'ai plus rien à dire.

Jésus! maître, père et ami de nos âmes, votre testament est ouvert sous nos yeux, et devant votre adorable legs nous sommes plongés dans la stupeur, ravis d'admiration et touchés jusqu'au fond du cœur. Cohéritiers des apôtres, nous voulons être avec eux et comme eux des héritiers respectueux, reconnaissants et dévoués.

Ils ont confessé votre présence adorable dans l'Eucharistie, et leur voix convaincue retentit encore à nos oreilles, à travers les ondes sonores de la tradition. — Comme eux nous croyons, ô Seigneur! Puisse le cri de notre foi réveiller autour de nous et après nous les générations qui douteraient de votre sainte parole.

A vos largesses les apôtres ont répondu par une tendre piété. Leur âme ouverte par l'amour s'est remplie de votre divine vertu. En visitant le tabernacle purifié de leur cœur, vous avez pu leur dire, mieux qu'à l'heure de vos adieux: « Vos amici moi estis* : Vous êtes mes amis. » — Dites-

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