CINQUIEME INSTRUCTION
Messieurs,
Après avoir fait ses adieux, et légué à ses enfants l'adorable trésor de son corps et do son sang, dans le sacrement de l'Eucharistie, le Sauveur, comme le père de famille à sa dernière heure, leva les yeux au ciel et étendit les mains pour prier et bénir. Rien de plus solennel et de plus touchant que cet acte sacré par lequel Jésus-Christ sort de sa vie publique pour entrer dans sa passion. C'est, dit un pieux interprète, « le dernier chant du cygne, plein de douceur, d'amour et de sainte ar-
(leur*. » Le divin Maître, selon la remarque de saint Augustin, y continue son rôle de docteur. « Il aurait pu prier en silence et dans le secret de son cœur, mais il parle à haute voix, parce que dans sa vie tout doit nous instruire, sa prière aussi bien que ses discours2. » Il résume donc dans le suprême épanchement de son âme au sein du Père céleste tout ce qu'il vient de dire à ses disciples : révélations, avertissements et promesses, et il y ajoute des désirs et des volontés dont Dieu seul peut être le confident.
Car, n'oublions pas, Messieurs, que la prière de ce docteur qui achève d'instruire est aussi la prière d'un Dieu qui va mourir pour le salut du genre humain : Prière sacerdotale dans laquelle le Sauveur déclare les intentions de son sacrifice, et demande à son Père d'en assurer les fruits.
1. Ultima et quasi cygnea oratio, ideoque plena dulcedinis, amoris et ardoris. (Cornel. a Lapid. Comment., in cap. xvi, Joannis.)
2. Poterat Dominus noster.... orare silentio; sed ita se Patri exhibere voluit precatorem ut meminisset nostrum esse doctorem. Proinde, eam quam fecit orationem pro nobis, notam fecit et nobis; quoniam tanti magistri non solum apud ipsos sermocinatio, sedetiam ipsius proipsis ad Patrem oratio, discipulorum est redifîcalio. {Tract, in Joan.)
PRIÈRE SACERDOTALE DU SAUVEUR. 2i0
« L'âme du sacrifice, dit Bossuet, c'est la prière qui déclare pourquoi on l'offre et qui est l'oblation même ou l'action d'offrir. C'est ainsi que dans la prière du canon, où commence l'action du sacrifice, l'Église déclare à qui, pour qui, et pour quelle cause elle l'offre. C'est ce que va faire Jésus-Christ prêt à consommer son sacrifice et à se consacrer soi-même : et cette prière, si je l'ose dire, est comme le canon, ou, pour parler plus dignement de Jésus-Christ, est la prière expresse et solennelle qui devait accompagner son sacrifice, La disposition de son cœur et les demandes qu'il fait à son Père !e suivent partout dans le cours de sa passion et jusqu'à la mort; et c'est l'âme de son sacrifice. — Soyons donc attentifs à cette prière qui comprend et renferme en soi toute la vertu du sacrifice de la croix, et qui renferme surtout la consécration que Jésus-Christ fait de lui-même par la croix. — Combien doit-on imposer silence * à tout le créé, pour entendre au fond de son cœur les paroles que Jésus -Christ adresse pour nous à son Père, dans cette intime et parfaite communication ! Taisons-nous, Jésus-Christ va parler1. »
l. Méditations sur l'Evangile, Sermon de la Cène: Deuxième partie, XXXIVme jour.
Ce qu'il veut obtenir en se sacrifiant, — c'est la gloire de son Père avec sa propre gloire; — l'affermissement, la sanctification de son Eglise. — Appliquons-nous à ces deux pensées, en écoutant le divin Prêtre.
PJUÈRE SAGEKDOTALE DU SAUVEUR. 251
« Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils, « pour que votre Fils vous glorifie.
« Car vous lui avez donné puissance sur toute « chair pour qu'il donne lui-même à tout ce qu'il « a reçu de vous la vie éternelle.
« Or, la vie éternelle c'est qu'on vous connaisse, « vous seul, vrai Dieu, et celui que vous avez « envoyé, Jésus-Christ.
« Je vous ai glorifié sur la terre, j'ai consommé « l'œuvre que vous m'avez donnée à faire.
« Maintenant, glorifiez-moi, vous, mon Père, de « la gloire que j'ai eue en vous avant que le monde « f ût * . »
Vous entendez. Messieurs : Jésus est arrivé à la consommation de l'œuvre pour laquelle son Père l'a envoyé sur la terre. îl a glorifié Dieu par ses anéantissements, par ses adorations solitaires, par sa doctrine, par ses vertus, par ses prodiges, et il