Joan., cap. xvn
To2 PRIÈRE SACERDOTALE DU SAUVEUR.
s'est montré si grand et si puissant qu'il a pu dire à ses apôtres : « Qui me voit, voit mon Père. » Mais « l'heure est venue : venit hom, » l'heure de l'acte suprême, terrible, solennel, par lequel le Sauveur va ouvrir au monde les portes du ciel, en lui révélant le véritable but de sa mission, et en lui faisant connaître, mieux que par tous les moyens de connaissance, les sublimes perfections du Père qui l'a envoyé.
Dieu se connaît lui-même, par lui-même. La simple et tranquille lumière de son essence lui montre, en un seul acte, tout ce qu'il a de beauté et de perfection. Dieu se fait connaître par luimême aux esprits supérieurs dont il a ordonné les chœurs harmonieux autour de sa majesté infinie, et aux âmes choisies dont la course est consommée et dont la béatitude éternelle couronne les vertus. Il les entoure, il les pénètre, il les fait entrer par ses amoureux embrassements clans les mystères de son essence. Mais cette connaissance de Dieu par lui-même demeure au dedans des cieux. Plus bas, il y a un voile impénétrable où s'arrête la clairvoyance des mortels. Créatures imparfaites, nous nous acheminons vers notre dernier terme dans un demi-jour salutaire aux hum-
bles et funeste aux superbes. Dieu s'y cache et Dieu s'y montre. Il s'y cache, puisqu'il nous dérobe la claire vision de son essence; il s'y montre, puisqu'il nous laisse apercevoir le reflet de ses perfections et les vives empreintes de son éternelle beauté. Il n'est personne qui ne puisse se convaincre, au spectacle des choses, de son existence, de sa présence et de sa perpétuelle action : .« Le Dieu éternel, disait un grand^naturaliste, le Dieu immense, sachant tout, pouvant tout, a passé devant moi. Je ne l'ai pas vu en face, mais ce reflet de lui, saisissant soudainement mon âme, l'a jetée dans la stupeur et l'admiration. J'ai suivi sa trace parmi les choses de la création, et dans toutes ses œuvres, même les plus petites, les plus imperceptibles, quelle force! quelle sagesse ! quelle indéfinissable perfection!... Evidemment, il faut croire qu'il est un Dieu immense, éternel, que nul être n'a engendré et que rien n'a créé, sans lequel rien n'existe, qui a fait et ordonné cet ouvrage universel. Il échappe à nos yeux qu'il remplit toutefois de sa lumière, seule la pensée le saisit; c'est dans ce sanctuaire profond que se cache cette majesté '. »