Quam bonus Israël Deus! (Psalm. LXXII
de la nature et ne pas ouvrir les Livres saints ; il est une merveille, il est un livre qui nous fait connaître Dieu mieux encore : c'est le crucifix. Saint Paul ne voulait connaître que cela : « Je n'ai pas jugé à propos, disait-il, d'avoir d'autre science que celle de Jésus, et de Jésus crucifié '. » Le docteur séraphique, saint Bonaventure, l'appelait sa bibliothèque, il s'enfermait avec lui dans sa cellule, il le regardait avec attendrissement, et des torrents de lumière descendaient en son âme émue de toutes les plaies de son amour crucifié. 0 Christ immolé, chère et sainte victime, c'est bien vrai; vous êtes le plus éloquent des révélateurs. Quand on vous contemple, quand on interroge votre front couronné d'épines, vos pieds et vos mains percés de clous, votre côté ouvert, votre chair en lambeaux, votre âme brisée comme les ilôts de la mer par les fureurs de la tempête, on croit entendre sortir de toutes vos plaies et de toutes vos douleurs une voix qui dit : Dieu est grand, Dieu est juste, Dieu est miséricordieux, Dieu est sage, Dieu est tout-puissant, Dieu est infiniment bon.
1. Non judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesura Christum, et hune crucifixum. (I Cor., cap. If, 2*1
PRIKRK SACERDOTALE DU BAUV8UR. 25"
Dion es! grand! — Qui peut en douter, quand on voit se sacrifier pour lui une pareille victime? Je vous L'ai dit : < Rien n'est plus propre que le sacrifice de te vie pour attester que Dieu est le Maître des maîtres; que la destruction de ce qui existe pour exprimer le néant de la créature. Aussi l'histoire religieuse du genre humain n'estelle qu'un long et sanglant récit de destructions sacrées, ayant pour but de rendre hommage ù l'absolue souveraineté de Dieu, et de grandi] être nécessaire Bur les ruines de l'être communiqué. Mais aucune victime n'égale l'infinie made Dieu qu'elle honore et tous les holocaustes ensemble ne peuvent lui dire avec assez
d'éloquoiuv : * M;icjnn$ Domina* et lnu<lnbili.<
ni mis : Tu es grand, Seigneur, et au-dessus de toute louange. II n'y a que le Fils de Dieu, revêtu d'une chair passible et mortelle, qui pui en B'immolant, rendre à son Père l'honneur qu'il mérite. Jésus crucifié nous apprend combien Dieu çrand, combien il est maître, puisqu'il a fallu grandeur el souveraineté le sacrifice
«Tune telle vie.
Dieu est juste! — I >n Le voit bien dans les tourments que le Christ endure pour l'expiation du
péché. Le Père offensé a comme concentré toutes ses colères en son Fils pour l'en accabler : « Il l'a frappé, maltraité, blessé, broyé à cause de nos iniquités et de nos scélératesses : Ipse vulneratus est propter iniquitates nostras, attritus est propter scelera nostra. •» Et il n'y a rien de trop dans cet acte de justice. L'outrage fait à une majesté infinie ne pouvait être réparé que par un Dieu victime qui, en expiant nos fautes, devait nous donner la mesure des peines que la justice divine réserve au pécheur impénitent.
Dieu est miséricordieux ! — La mort cruelle de son Fils innocent est la plus touchante preuve de sa profonde pitié pour notre misère. Il savait bien que, même en passant par tous les supplices, nous ne pouvions pas le satisfaire, ni obtenir de lui le pardon de nos fautes. En sacrifiant son Fils, il nous donne un répondant et nous met en mains le prix infini qui doit payer notre dette de péché et nous réconcilier avec le ciel.
Dieu est sage! — Puisqu'il sait accorder ses droits de Maître avec sa paternelle condescendance, et faire s'embrasser sur la chair martyrisée d'un Sauveur deux perfections jalouses qui semblent se repousser et s'exclure : la justice qui
veut des douleurs et du sang, la miséricorde qui veut des pardons.
Dieu est tout -puissant ! — Car il donne à un éternel l'étrange pouvoir de mourir ; il abat l'orgueil de Satan par des humiliations et des opprobres ; il brise son joug tyrannique par l'obéissance; il triomphe de sa force audacieuse, maîtresse du genre humain, par la faiblesse d'un homme condamné au supplice des esclaves ; il détruit l'empire de la mort par la mort même.
Enfin, Dieu est infiniment bon, Dieu nous aime, Dieu est amour. — Il nous a donné ce qu'il y a de plus cher, son Fils, le fruit de sa vie, son image, la splendeur de sa substance. Il l'a donné autant qu'il était possible de le donner, le livrant à des puissances ennemies, jusqu'au sang, jusqu'à la mort : Sic Deus dilexit munclum !
0 Père ! quand on voit votre Fils sacrifié et mourant sur la croix, on peut dire que l'on vous .connaît. Vous êtes une majesté infinie, une justice infinie, une miséricorde infinie, une sagesse infinie, une puissance infinie, un amour infini. La passion du Sauveur est une merveille dans laquelle on vous voit tout entier, et par laquelle vous êtes glorifié mieux que par toutes les œuvres
où vous avez mis l'empreinte de vos perfections. Le Père est glorifié , mais la gloire du Fils n'est- elle pas sacrifiée dans les humiliations, les opprobres, les douleurs de sa passion et la honte de sa mort? — Ne le croyez pas, Messieurs. L'immolation du Christ est la cause de sa gloire1, car son Père a résolu de le faire d'autant plus grand qu'il s'est plus profondément abaissé pour honorer la majesté divine. « Il s'est anéanti, dit l'Apôtre, en prenant notre forme d'esclave ; il s'est humilié en se faisant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix. Pour cela Dieu Ta exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms, afin qu'à ce nom de Jésus tout genou fléchisse sur la terre, dans le ciel et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus est dans la gloire de Dieu son Père2. » — Et l'apôtre saint
1, Vidimus Jesum propter passionem mortis gloria et honore coronatum. (Heb., cap. ir, 7.)
2. Semetipsum exinanivit formam servi accipiens. — Humiliavit semetipsum factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. — Propter quod et Deus exaltavit illum, et donavit illi noraen, quod est superomne nomen. — Ut in nomine Jesu omne genu flectatur cœlestium, terreslrium et infernorum ; — et omnis lingua confiteatur quia Dominus Jésus Christus est in gloria Dei Patris. (Philip., II, 7-10.)
Pierre ajoute : « La mort qu'il a dévorée dans son supplice pour nous assurer l'héritage de la vie éternelle, la mort vaincue Ta conduit jusqu'à la droite de Dieu, d'où il voit les anges, les principautés et les vertus des cieux soumis à son éternel empire '. » Il avait dit à son Père : Glorifiez-moi, et voilà que, quelque temps après sa mort, on entend retentir en place publique ces étranges paroles : « Hommes d'Israël, pourquoi vous étonnez-vous de nous voir faire des miracles? Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos Pères a glorifié son Fils Jésus que vous avez trahi et renié en face de Pilate qui voulait le délivrer. Vous avez nié le saint et le juste et vous avez demandé qu'on délivrât à sa place un homicide. Vous avez tué l'auteur de la vie que Dieu a ressuscité d'entre les morts : ce dont nous sommes les témoins2. »
1. Qui est in dextera Dei, deglutiens mortem ut vitre ceternse hseredes efficeremur : profectus in cœlum, subjectis sibi angelis, et potestatibus, et virtutibus. (I Pet., cap. ur, 22.)
2. Viri Israélite quid miramini in hoc ?.... — Deus Abraham, et Deus Isaac, et Deus Jacob, Deus patrum nostrorum glorificavit fîlium suum Jesum, quem vos quidem tradidistis, et negastis ante faciem Pilati, judicante illo dimitti. — Vos autem sanctum et justum ne-
Le Père a glorifié son Fils immolé : Or, entendez-le bien, Messieurs, la gloire que Dieu donne à son Christ est bien celle qu'il a demandée dans sa prière sacerdotale, en déclarant les intentions do son sacrifice : la gloire qu'il avait dans le sein de son Père avant que le monde fût : Et nunc clarifica me, Pater, apud temetipsum, çlaritate quam habui) priusquam mundus esset, apud te. Alors le plan de Dieu était fait. Le Christ était prédestiné à la mort et à la gloire, et son Père, « introduisant ce premier-né de toute créature, à l'heure où le monde parut, s'écria : Vous, qui êtes ses anges, adorez: Adorate eum omnes angeli ejus1. » Il recevait, comme Verbe incarné et immolé, les hommages des hiérarchies célestes, pendant que les oracles, les figures et les événements préparaient son apparition visible au sein de l'humanité. Et lorsque sa course en ce monde fut terminée, lorsque son sacrifice fut consommé, lorsqu'il en eut reçu le premier prix dans sa glorieuse résurrection, il s'élança vers les cieux et, frappant
gastis. et petistis virum homicidam donari vobis. — Auctorera vero vitse interfecistis, quem Deus suscitavit a mortuis, cujus nos testes sumus. (Act., cap. m, 4 2-15.) I. Psalm. LXXXXVI.
aux portes de l'éternelle Jérusalem : « Princes, dit-il, ouvrez vos portes; enlevez-vous; portes superbes, et le roi de gloire entrera. — Quel est ce roi do gloire? C'est le Dieu fort et puissant; le Dieu puissant dans le combat, le Dieu maître de toutes les vertus célestes, voilà le roi de gloire ! Dominus virtutum, ipse est rex glorise '. »
Jésus est glorifié dans les cieux. Mais parce qu'il a fait connaître son Père et Ta glorifié sur la terre par son sacrifice, par son sacrifice aussi il s'est fait connaître et glorifier sur la terre. Verbe incarné, il eût pu nous apparaître dès le commencement, et illuminer de sa radieuse majesté les origines du monde, mais il eût manqué à son front la double couronne du vainqueur et du sauveur, la plus belle gloire qu'un roi puisse ambitionner. Au sortir de l'effroyable et sanglante bataille dans laquelle, couvert de blessures et succombant sous les coups, il a vaincu le péché et la mort, comme il est grand, comme il est beau, le cher Fils de Dieu ! Autour de sa croix, instrument de son supplice et de son triomphe, il rallie l'humanité, et l'on entend la foule immense de ceux qu'il a ra-
i. Psalm, XXIII.
chetés et sauvés de la mort éternelle chanter en chœur: « Nous t'adorons, ô Christ, nous te bénissons, car par ta sainte croix tu as racheté le monde : Adoramus te, Christe) et beneaicimus tibi, quia per sanctain crucem tuam redemisti mundurn. »
Entrons plus avant, Messieurs, dans les intentions sacerdotales du Christ, à l'heure de son sacrifice, et, après avoir entendu la prière qu'il adresse à son Père pour leur commune glorifification, écoutons ce qu'il demande pour son Eglise.
Comme je vous l'ai dit, lorsque nous traitions de l'efficacité de la Rédemption1: « A ne considérer que la puissance absolue de Jésus-Christ, il est évident qu'il pouvait se mettre directement en rapport avec chacun de nous, et achever son œuvre dans nos âmes, sans que nous fussions unis ensemble autrement que par une secrète participation à ses miséricordieuses opérations. Mais ce n'est point ainsi qu'il a entendu et déterminé l'efficacité de son sacrifice. Les rachetés devaient être la matière d'une création sublime, d'un monde
I. Cf. Exposition du dogme catholique, cinquante et unième conférence : La Société des rachetés.
spirituel destiné à grandir sous l'influence d'une puissante circulation de vie, et à chanter, par ses harmonies, la gloire de son auteur. Cette création, ce monde, c'est la société des âmes : l'Église. Pendant le cours de sa vie apostolique, Jésus-Christ a déclaré le dessein de l'établir sur d'inébranlables fondements : — « J'édifierai mon Eglise, a-t-ii dit, et les puissances d'enfer ne prévaudront pas contre elle1. »
Or les fondements de l'Eglise ce sont les apôtres ; le Sauveur prie d'abord pour les affermir. Ils sont dignes des bontés du Père céleste, car iîs ont cru simplement à la divine mission du Fils qui les a appelés.
« Père, dit le Sauveur, j'ai manifesté votre « nom à ceux que vous avez tirés du monde « pour me les donner. Ils étaient à vous; vous « me les avez donnés, et ils ont gardé votre « parole. — Ils comprennent maintenant que « tous les dons que vous m'avez faits viennent « de vous, et que toutes les paroles que je leur « ai fait entendre sont vos paroles. Ils les ont ac-
1. /Çdificabo Ecclesiam meam et portse inferi non prsevalebunt adversus eara. (Matth., cap. xvi, 18.)
« cueillies, et reconnaissent comme vrai que je a suis sorti de vous ; ils croient que vous m'avez « envoyé1. »
Les apôtres ont la foi, mais leur foi, mal affermie, a besoin d'être protégée et fortifiée. Le monde les attend, plein de haine contre eux parce qu'ils ne lui appartiennent pas, et qu'ils sont séparés de lui, comme le Christ qui les a choisis. Il faut les préserver des pièges, des embûches, des trahisons, des attentats qui menacent leurs âmes naïves et confiantes. Pour obtenir cette grâce de son Père, le Sauveur oublie tout, et concentre sur les candides auditeurs de sa parole, les chers compagnons de sa vie apostolique, les témoins de ces prodiges, sa toute-puissante intercession et les mérites infinies de son sacrifice.
« En ce moment, dit-il, je prie pour eux et non « pas pour le monde : pour eux que vous m'avez « donnés parce qu'ils sont à vous. — Tout ce « qui est à moi est à vous, tout ce qui est à vous « est à moi. Souvenez-vous qu'ils sont ma gloire. « — Déjà je ne suis plus de ce monde, mais ils « vont y demeurer, tandis que je retourne vers