LUNDI SAINT PREMIÈRE INSTRUCTION
LE BON GRAIN ET L.'l VRAIE
In illo tempore dixit Jésus turbis :
Simile faction est regnum cœlorv.m homini, qui seminavit bonum semen
in agro suo et reliqua. ( Matth.
cap. xiii, 24,)
Messieurs,
Dans l'étude que nous avons faite de l'œuvre de Jésus-Christ, les questions générales qui intéressent notre foi se complètent par des questions personnelles qui intéressent notre vie pratique. Ces questions je les ai réservées, me proposant de les soumettre à votre attention recueillie pendant les jours de cette retraite. Je n'irai pas les chercher autre part que dans le livre qui nous a enseigné la
Le bon grain et l ivraie.
vérité de notre rédemption ; ma parole ne sera que l'humble commentaire de la parole même du Sauveur. Par ses sentences, ses discours et ses paraboles, il nous apprend à reconnaître et à choisir la ' place que nous devons occuper dans son œuvre, à correspondre à son action sainte par une généreuse et vigilante coopération, et à redouter les malheurs auxquels nous expose notre infidélité.
Je laisse de côté les sentences et les discours, et je m'applique aux paraboles, que j'appellerai les paraboles du salut. Sous un voile discret, elles cachent des vérités profondes qu'on est heureux de découvrir, et, sous l'impression de l'image, elles gravent plus fortement ces vérités dans les âmes.
Commençons.
« En ce temps-là, Jésus dit aux foules qui le suivaient : Le royaume des cieux est devenu semblable à un homme qui sema le bon grain dans son champ. Or, pendant qu'on dormait, l'ennemi vint, sema de l'ivraie par dessus le bon grain et s'en alla. Lorsque l'herbe fut poussée et eut montré ses fruits, on vit apparaître l'ivraie. Alors les serviteurs du père de famille allèrent le trouver et lui dirent: Seigneur, n'avez-vous pas semé du
LK NON GIUIN ET L'iYRAIE-
bon grain dans votre champ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? Et le père de famille leur répondit : C'est l'homme ennemi qui a fait cela. Les serviteurs reprirent : Voulez-vous que nous allions cueillir l'ivraie. — Non, dit-il, de peur qu'en l'arrachant vous ne déraciniez le froment. Laissez tout croître jusqu'à la moisson. En ce temps-là, je dirai aux moissonneurs : Cueillez d'abord l'ivraie et liez-la en faisceaux pour la faire brûler, et puis ramassez le froment dans mes greniers1. »
Il y a trois choses à considérer dans cette parabole : le semeur, le champ, la moisson.
Notre-Seigneur a daigné nous donner l'explication de sa parole : « Celui qui sème le bon grain, dit-il, c'est le Fils de. l'homme : Qui seminat bonum semen est filius hominis*. » Verbe éternel, vivant et efficace, par lequel Dieu exprime ses perfections et ses plans admirables, il a semé,