‹ Retraites pascales (volume 4)Chapitre 2 sur 61 · ïbid.f · texte numérisé non relu

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LE BON GRAIN" ET L IVRAIE

dons le vaste champ de la création, l'être, la vie, Tordre, la beauté : tout ce qui nous révèle la puissance, la sagesse et l'amour de notre Dieu. Il a semé dans l'âme humaine, fraîchement éclose de son souille, la raison, la conscience, l'amour, la liberté, et, pour diriger ces nobles facultés vers leur dernier terme, il a semé des vérités supérieures et des grâces fécondes qui élèvent la nature au-dessus d'elle-même, transforment ses puissances et divinisent ses opérations. Il a semé, dans le cœur de l'homme déchu, de douces et consolantes promesses. Il a semé, sur les pas des patriarches errants, des révélations et des prophéties toujours grandissantes. Il a semé, sur la cime flamboyante du Sinaï et sous la plume ardente de ses chérubins, une loi sainte qui 'séparait définitivement son peuple de la foule corrompue des Gentils. Il a semé de lumineux oracles, dans l'âme exaltée et sur les lèvres éloquentes des prophètes. Pendant les jours de sa chair, amoureusement anéanti sous le manteau de notre nature, il a semé ses sublimes enseignements, ses divins exemples, son sang précieux, et, dans son sang, des grâces nouvelles de vie et de perfection surnaturelles. Il sème encore, il sèmera jusqu'à la

LE BON GRAIN ET L IVRAIE

fm des siècles par la bouche et par les mains des apôtres à qui il a dit : « Allez, enseignez tous les peuples et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Infatigable et inépuisable semeur, le Fils de l'homme ouvre en tout temps sa main généreuse sur son champ. Il ne sème et ne peut semer que le bien ; car il est le bien par essence ; mais il veut que, dans l'épanouissement et la croissance des germes qu'il confie à la terre, dans l'acheminement de tout ce qui est bon vers sa consommation, l'homme ait sa part de responsabilité. Il sème et l'homme garde, chargé par lui de veiller à ce qu'aucune semence étrangère et malsaine ne se mêle à la semence divine. Tout pouvoir, dans la société, et chacun de nous, clans sa propre vie, doit surveiller le champ de Dieu et en écarter les sinistres travailleurs qui prétendent l'exploiter à leur profit. Tout irait bien, si la vigilance ne s'endormait pas ; mais, il y a dans la vie morale de l'humanité des nuits calamiteuses pendant lesquelles les gardiens du champ de Dieu se laissent surprendre par le sommeil ; sommeil imprudent de la négligence et de la présomption, lourd sommeil de la fatigue et de l'ennui, plus lourd sommeil d'une fascination

impie qui étouffe la raison sous les vapeurs des passions trop vivement sollicitées, suprême sommeil de la mort. C'est l'heure qu'attend l'ennemi. Il arrive et répand, à pleines mains, l'ivraie par dessus le bon grain. L'ivraie c'est le mal. On le voit toujours apparaître après le bien, parce qu'il n'en est que la déformation1.

Vous connaissez, Messieurs, celui que l'Écriture appelle le père du mal, Satan. Toujours puissant dans l'opprobre et le châtiment, il applique à mal faire son génie perverti, toute sa nature retournée, n'ayant plus d'autre ambition que de contrarier Faction bienfaisante de celui qui l'a maudit. Partout où Dieu a semé le bien, il sème le mal. Il vient dans l'ombre, car il hait la lumière, parce que ses œuvres sont perverses comme ses desseins : Odit lucem quia mata sunt opéra, ejus *. Il vient il se hâte de mal faire et il s'en va : Venit superseminavit... et abiit. Il s'en va, craignant de se montrer; car s'il nous laissait voir les prodigieuses

1 . Primo fonte notare debetis quod bonum est magnum et victoriosum supra malum, quia bonum potest esse sine malo, malum autem non sine bono. (S. Thom., Expositio in Matth., cap. xni.)

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