‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 1 sur 90 · LUNDI SAINT PREMIÈRE INSTRUCTION · texte numérisé non relu

LUNDI SAINT PREMIÈRE INSTRUCTION

l'amour pur et fidèle

Messieurs,

Nous avons dit que la donation mutuelle et totale qui se fait dans le mariage ne peut s'expliquer honnêtement, si Ton n'en cherche la cause en ce puissant et profond sentiment qui fait battre le cœur et que nous appelons l'amour1. L'amour était grand et noble dans le cœur tout jeune de notre premier père, lorsqu'il ouvrait ses bras à sa mystérieuse fiancée, l'os de ses os, la chair de sa chair. Il peut être plus grand et plus noble dans le cœur

I. Cf. Exposition du dogme catholique, quatre-vingtsixième conférence : Le Lien conjugal, deuxième partie.

L AMOUR PL'R ET FIDELE

de ceux qui .s'épousent en face des autels du Christ, et sous l'action du sacrement qu'il a institué pour sanctifier l'union de l'homme et de la femme.

La grâce de ce sacrement, dit le concile de Trente, perfectionne l'amour naturel, c'est-à-dire qu'elle fait de l'amour naturel l'amour chrétien. Je vous ai donné en plusieurs rencontres un aperçu de ses effets J ; nous allons les méditer pendant cette retraite, et suivre, pas à pas, le perfectionnement de l'amour naturel dans l'union conjugale elle-même, dans la vie commune, dans le gouvernement domestique et dans la religion du foyer.

Par rapport à l'union conjugale la grâce fait l'amour pur et fidèle.

Par rapport à la vie commune, la grâce fait l'amour patient et dévoué.

Dans le gouvernement domestique, la grâce éclaire, dirige, rectifie l'amour paternel et maternel.

Enfin, elle fait prévaloir l'amour divin sur toutes les affections humaines et établit le règne de Dieu dans la famille, la sainte religion du foyer.

i. Cf. Exposition du dogme catholique, quatrevingt-cinquième conférence : La Sainteté du mariage. deuxième partie.

L AMOUR PUR ET FIDELE

Etuclioiîs aujourd'hui le premier perfectionnement de l'amour dans la pureté et la fidélité.

La forme la plus grossière de l'amour naturel, et la plus vile, est cet appétit charnel qui nous est commun avec la brute, et dont le tourment est la grande honte de notre nature déchue. Je ne veux point m'y arrêter, Messieurs, par respect pour les oreilles et les cœurs chastes, « Il est permis à l'homme, dit l'Apôtre, d'y chercher un remède dans le mariage : Melius est nubere quam uri1. » Mais si l'on s'en tenait là ; si l'on n'aimait que la chair pour satisfaire, ou du moins pour apaiser la chair, on n'échapperait pas à l'opprobre de s'entendre dire : — Vous n'avez qu'un amour de bête.

Au-dessus de l'appétit charnel, mais encore tout près des sens, dans cette région agitée où se précipitent les images du monde extérieur et où

Page 1