‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 2 sur 90 · I Cor., cap. vu · texte numérisé non relu

I Cor., cap. vu

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l'âme en reçoit les vives impressions, il est un amour qui s'attache à la beauté des formes et Y enveloppe d'une sorte d'adoration. Je l'appellerai l'amour d'imagination. Il ne voit que les traits, les regards, les sourires qui le charment, et ne veut pas croire que la perfection de l'image extérieure qu'il contemple n'est que l'épanouissement d'une Heur fragile que l'âge aura bientôt flétrie. Bien loin de se garantir de l'inévitable désenchantement que lui ménagent les trahisons du temps, il semble s'appliquer à se décevoir. Il prête inconsidérément toutes sortes de perfections à l'idole qu'il admire. Il juge de l'âme par son enveloppe, du caractère et des vertus par les séductions du masque où la nature a mis tout son savoir-faire. Sa courte philosophie lui persuade que la beauté qui enchante les yeux doit toujours être le reflet de mille beautés cachées, et que l'on peut compter sur toutes les perfections de l'intelligence et du cœur, lorsqu'elles ont, dans la pureté des traits, la flamme du regard, l'expression d'une heureuse physionomie, de si éloquents et de si gracieux interprètes. — Quand on aime ainsi, Messieurs, c'est un amour de fou. Il est un autre amour que n'aveuglent ni les surprise- des -eus ni les fantaisies de l'imagina-

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tion et qui ne veut s'attacher qu'à l'immatérielle beauté de l'âme. Il ne la suppose pas, il la cherche dans ses réelles manifestations. Ce qui séduit les yeux ne lui paraît pas un sur garant des perfections solides qui, seules, méritent notre estime et nos choix. Il ne passera jamais, par la considération d'un intérêt où la cupidité trouve à se satisfaire, sur des répugnances pleines de menaces pour l'avenir d'une union que la mort seule peut briser, mais il est prêt à sacrifier la beauté voyante, quele monde admire, à la beauté cachée, dont l'acre et l'expérience ne font qu'accroître les charmes. Une belle intelligence le ravit plus sûrement que les lignes harmonieuses d'un corps accompli. Mais aux brillantes qualités de l'esprit, il préfère encore un jugement droit, un heureux caractère, un cœur bon et généreux. Et ce qu'il admire dans une âme, ce qu'il estime, ce qu'il choisit par-dessus tous les biens, c'est l'harmonie des saintes habitudes qui se sont établies par une longue suite 'de courageux efforts et de bonnes actions : la splendeur des vertus. — Voilà, Messieurs, l'amour du sage : tout ce que la nature peut produire de plus pur et de plus propre à assurer le bonheur de l'union conjugale. J'ai peine à croire qu'elle y arrive facilement par

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ses propres forces, et je ne crains pas d'affirmer que, généralement, là où vous rencontrez l'amour du sage, la grâce n'y est pas étrangère.

Quelles que soient la noblesse et la pureté des motifs qui déterminent et règlent ses affections, l'homme ne peut pas se dépouiller de l'élément grossier qui, dans sa nature, conspire contre la perfection. « La chair convoite au rebours de l'esprit, dit l'Apôtre, et tend à l'avilir : Caro conçupiscit adversus spiritum*. » Cette convoitise est de tous les instants, et devient d'autant plus dangereuse qu'on se persuade aisément qu'il est permis de céder à toutes ses exigences, lorsqu'une union légitime l'a purgée du déshonneur. Il n'est donc pas étonnant que l'homme, après s'être élevé jusqu'à l'amour du sage, soit tourmenté parl'amour de la bête et s'y laisse choir. D'autre part, l'imagination, un instant disciplinée par la raison, n'a n'a pas renoncé à toutes ses folies. Pour peu qu'on la mette à Taise, elle se prend à rêver aux biens qu'on n'a pas, et finit par faire regretter les charmes extérieurs qu'on a sacrifiés à des avantages d'un ordre plus élevé.

\. Galat , cap. v, 17.

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Que le sage puisse, dans cette lutte, faire prévaloir V amour pur par les seules forces de sa raison et de sa volonté, ce n'est peut-être pas impossible ; mais je suis certain que rien n'est plus propre à l'aider en cela que la grâce du sacrement. Le premier acte de perfectionnement de la grâce a pour effet de purifier l'amour des convoitises de la chair et des illusions de la fantaisie, et de le fixer à son véritable et légitime objet.

Ce n'est que le premier acte, Messieurs ; car, la purification achevée, le suprême perfectionnement de l'amour naturel lui vient de l'Esprit-Saint qui, parla grâce du sacrement, le transforme en amour chrétien. Ecoutez, à ce sujet, les belles et aimables paroles de saint François de Sales.

« J'exhorte surtout les mariez à l'amour mutuel que le Saint-Esprit leur recommande tant en l'Ecriture. 0 mariez! ce n'est rien de dire, aymezvous l'un l'autre de l'amour naturel ; car les paires de tourterelles font bien cela ; ny de dire, aymezvous d'un amour humain; caries payens ont bien pratiqué cet amour-là. Mais je vous dis, après le grand Apôtre : — Marys, aymez vos femmes comme Jésus-Christ ayme son Eglise! 0 femmes, aymez vos marys comme l'Eglise ayme son Sauveur. —

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Ce fut Dieu qui amena Eve à nostre premier père Adam, et la lui donna à femme : C'est aussi Dieu, mes amis, qui de sa main invisible a faict le nœud du sacré lien de vostre mariage, et qui vous a donnés les uns aux autres. Pourquoy ne vous chérissez-vous d'un amour tout sainct, tout sacré, tout divin l ? »

Or, Messieurs, l'amour tout saint, tout sacré, tout divin dont parle le saint docteur, c'est l'amour du chrétien plus élevé et plus pur que toutes les affections humaines. Comme le sage, le chrétien va droit à la beauté cachée. Mais ce n'est pas seulement l'humaine beauté de l'esprit, du cœur, du caractère et des vertus naturelles qu'il veut aimer. Son regard profond cherche dans l'âme la surhumaine beauté qu'elle reçoit de l'irradiation des lumières surnaturelles de Dieu et de la communication intime de sa vie.

C'est un grand bien pour une intelligence d'être ornée des connaissances naturelles qui lui assignent un rang de choix et de distinction dans le monde des esprits. Toutefois, la connaissance des vérités saintes que Pieu a révélées au monde, la

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