Luc, cap. xii
secrets divins qui doivent la mettre en communion avec son Esprit ; il lui a appris à aimer divinement, il lui a donné sa règle de vie, il l'a instruite des devoirs de sa maternité spirituelle, il lui a révélé le mystère de ses destinées. La voilà prête à lui tendre la main, il est temps de l'épouser.
N'est-ce pas ce que le Christ demande à son Père par cette dernière et touchante prière dans laquelle il épanche son cœur? — « Père saint, dit-il, l'heure est venue ; glorifiez votre Fils afin que votre Fils vous glorifie... Ceux que vous m'avez donnés je les ai gardés... et maintenant je voudrais que leur joie fut complète... Ce n'est pas pour eux seulement que je vous adresse ma prière, mais pour tous ceux qui croiront en moi sur leur parole... La gloire que vous m'avez donnée je veux la leur donner, afin qu'ils me soient unis comme je vous suis uni; qu'ils soient un seul avec moi comme je suis un seul avec vous... Je serai en eux et vous serez en moi, et tous seront consommés dans l'unité... Père, il est temps; je veux qu'ils soient avec moi là où je suis ; je veux qu'ils voient la gloire que vous m'avez donnée, je veux que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux,
je veux être à eux, je veux être en eux1. » 0 Père de mon Sauveur, pouvez-vous résister à cette prière ? — Non, Messieurs, le Père ne résiste pas. Il veut bien consentir à l'union demandée par son Fils ; mais vous allez voir à quel prix. — Venit hora ; l'heure est venue ; nous allons assister aux noces sanglantes du Christ et de son Église.
C'était la coutume dans l'antique Orient que Fhomme achetât par des présents la femme qu'il désirait épouser ; voulant ainsi se l'approprier davantage, et croyant pouvoir la mieux aimer, s'il la voyait ornée de ses dons. Le vieil Eliézer, au nom de ses maîtres Abraham et Isaac, offrit à Rébecca et à sa famille des anneaux, des bracelets, des vases d'or et d'argent, des vêtements et autreschoses précieuses, pour obtenir la main de la jeune vierge qu'il était venu chercher loin du pays de Chanaan. Et quand il l'amena à ses maitres, Isaac,
1 Joan., cap. xvn, 1-26.
la voyant parée des joyaux qu'il lui avait envoyés, l'aima d'un tendre amour, qui tempéra dans son cœur la cruelle souffrance que lui avait causée la mort de sa mère l. Jacob, appauvri par l'exil, paya de ses labeurs et de ses services la belle Rachel, fille de son oncle Laban. Les quatorze ans de sa peine lui semblèrent des jours à cause de la grandeur de son amour : « Et videbantur illi pauci dles prse amoris magnitudine* . »
Le Christ, fils d'Abraham, d'isaac et de Jacob, selon la chair, voulut se conformer à la coutume de ses pères. Et, parce qu'il était pauvre des biens de ce monde, parce qu'il n'avait que son humanité sainte à offrir pour témoigner son amour, il Ta donnée, il s'est livré lui-même : « Christus dilexit Ecclesiam et tradidit seipsum pro ea. » Il s'est livré, non seulement pour avoir son Eglise, pour la posséder comme l'époux possède son épouse, mais pour la rendre cligne du grand honneur d'être unie à un Dieu; « pour la sanctifier : ut illam sanctificaret ; pour se donner une épouse glo-
1 . In tantum dilexit eam. ut dolorem, qui ex morte matris ejus acciderat, temperaret. (Gen.. cap. xxiv, 1-67.)