Jerem., cap. xxxi
nion des services et l'opération de chaque membre, plein d'amoureuses ambitions, et tous les jours augmenté par l'accession et l'incorporation des fruits de sa propre fécondité1. » Ce beau corps, c'est l'Église. Il est en germe dans les familles bénies de Seth, de Xoé, d'Abraham et des patriarches. Retiré du milieu corrompu de la gentilité, ce germe devient un peuple que des fortunes diverses amènent, à travers les siècles, jusqu'à cette solennelle époque que l'Apôtre appelle la plénitude des temps. Les temps sont pleins d'erreurs, de crimes, de désirs, de promesses, de figures, d'oracles, de prodiges et de catastrophes. Tout cela aboutit à l'universelle domination d'un peuple qui cédera à l'Eglise son pouvoir transformé, et, en même temps, à la concentration de tous les éléments si longuement préparés dans une merveille de pureté et de grâce, une vierge dont le grand cœur, résumant en ses désirs tous les désirs des vrais Israélites, appelle l'Epoux divin.
1 Christus, ex quo totum corpus compactum et connexum, per omnem juncturam subministrationis, secundum operationem in mensurara uniuscujusque membri, augmentum corporis facit in œdificationem sui in charitate. iEphes.,cap. iv, v, 16.)
Le voici ! Il vient : Ecce sponsus venit. Le Verbe descend dans le paradis vivant qu'il a sanctifié. C'est là qu'il célèbre ses fiançailles par l'ineffable union de sa nature divine avec la nôtre. Il n'est plus seulement le Verbe resplendissant dont la gloire eût effrayé toute créature invitée par lui à contracter l'alliance intime qu'il médite, il est le Christ. Rapproché de son humble et craintive fiancée, en prenant à ses yeux un air de famille, il rend public rengagement secret qu'il a pris de l'épouser, et va la préparer à ses mystérieuses noces.
L'Église n'est d'abord qu'un couple virginal qui adore, au fond d'une grotte sombre, le divin fiancé couché sur la paille d'une crèche. Ce couple «st comme le germe sublime que les préparations de la loi ancienne ont si longuement élaboré. Autour de lui viennent bientôt se grouper des âmes simples et naïves, des savants et des rois, des vieillards pieux, appelés par les anges, les astres et l'esprit de Dieu à la fête des fiançailles. Fête à la fois triste et charmante, suivie de trente années <le silence et de recueillement.
Mais, enfin, les noces approchent et le Christ sort de l'ombre de Nazareth. A son entrée dans
la \ic publique, il est salué par un prophète qui marie en sa personne les temps anciens et les temps nouveaux; et qu'il appelle lui-même le plus grand des enfants des hommes. Jean- Baptiste révèle au monde son origine divine et le but de sa mission. Le Christ existait avant lui : il est l'agneau de Dieu qui doit effacer les péchés du monde; mais aussi, il est « l'époux qui vient prendre ici-bas son épouse : Qui habet sponsam ipse sponsas est. » Sa présence et sa douce voix font tressaillir les cœurs amis qui l'attendent, et les remplissent de joie : « Hoc ergo gaudium mewni impAetumëst : Ma joie est complète, » s'écrie le précurseur [,
Cette joie des noces divines qui se préparent, le Christ lui-même la répand dans tous les coeurs de ceux qu'il instruit par ses discours et ses paraboles. — « Il est le Fils du roi des rois ; c'est à ses noces que le Père céleste convie le genre humain, — c'est la robe nuptiale qu'il faut revêtir pour approcher de lui et s'asseoir à son festin ; —
l. Qui habet sponsam sponsus est: amicus autem sponsi, qui stat. et audit eum, gaudio gaudet propter vocem sponsi. Hoc ergo gaudium meum impletum est. (Joan., cap. ni, 29.
LES NOCES SANGL1NTES DU CHRIST. 11!
on ne doit ni s'attrister ni pleurer tant qu'il est là ; ce sera bien assez tôt quand il sera parti '-. »
Il est l'époux, et son humble fiancée grandit auprès de lui. Il lui prodigue sa parole et ses bienfaits. Les pauvres qu'il évangélise, les malades et les infirmes qu'il guérit, les démoniaques qu'il délivre, les morts qu'il ressuscite, les pécheurs qu'il convertit, les apôtres et les disciples à qui il confie sa mission, c'est son Église. Bien petite chose, en regard de l'humanité où la force a créé d'immenses empires, où la sagesse humaine a fondé d'illustres écoles, où la superstition et le fanatisme rivent les âmes à de fausses religions. Le Christ voit cela; mais qu'importe : c'est son Église. Il la rassure contre sa bassesse et son infirmité par ces tendres paroles : « Xolite timere, pusiilus grex, quia complacuit Patrivestro dare vobis regnum*. Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à ton Père qui est le mien de te donner l'empire du monde en t'associant à ma vie. » C'est son Église : En trois années, il lui a enseigné les
1. Numquid possunt fîlii sponsi lugere quandiu cura illis est sponsus? Venient autem dies cum auferetur ab eis sponsus et tune jejunabunt. (Matth., cap. ix, iû.j